Sénégal : Tambacounda-Moussala – Un projet de câble FO intéressant et à suivre

Bientot la fin des soucis de telecommunication? (src: Xibbaru 6 septembre 2014)

La salle de réunions du cdeps de Kédougou a abrité ce jeudi 4 Septembre 2014, une audience publique de validation du Projet de pose de câbles à fibres optiques sur l’axe Tambacounda-Kédougou-Moussala. (Note 1)(Note 2)

Ce projet entre dans le programme d’investissement de la Sonatel qui vise entre autres à moderniser les infrastructures de communication par le remplacement du réseau (Note 2). Cette modernisation de la technologie aura comme avantages la garantie de la sécurité des populations, la facilitation de la communication, la rapidité dans le téléchargement des fichiers, l’amélioration de la qualité de la connexion internet.
Estimé à un coût de 1 946 081 998 FCFA, ce projet s’accompagnera de la mise en œuvre d’un Programme de Gestion Environnementale et Sociale évalué à 158 069 400 FCFA.

De l’avis de M Ndiaga Dème, environnementaliste de la Sonatel, des négociations sont en cours avec la Direction des parcs nationaux (Note 3) et de la Direction des eaux et forêts en vue de revoir à la hausse le montant alloué au PGES.
Dans sa mise en œuvre, ce projet va recruter entre 300 et 400 personnes pour le creusage des tranchées. (Note 5) D’une profondeur de 1,20 m sur une longueur totale de 371 km.
Cependant, les impacts négatifs de ce projet tournent autour du déboisement, des problèmes de sécurité, des dégâts sur les biens matériels, sur les champs, des problèmes d’accessibilité de certains édifices publics, des dommages sur les zones de stabilisation des ponts entre autres.
Les recommandations formulées par l’assistance portent sur les modalités de recrutement des ouvriers, la prise en charge des problèmes de télécommunications dans certaines poches de la région comme Salémata et Saraya, les retombées de ce projet pour les collectivités locales entre autres…
Il faut préciser que de façon spécifique la mise en œuvre de ce projet ne s’accompagnera pas de création d’infrastructures à caractère social. Certaines de ces questions pourront être prises en charge par la Fondation Sonatel.
Le projet de pose de câbles à fibres optiques sur l’axe Tambacounda-Kédougou-Moussala a été validé par les populations, les élus sous-réserve de prendre en compte les différentes recommandations formulées au cours de cette rencontre.

Adama Diaby à Kédougou pour xibaaru.com

 

Mon commentaire :

Note 1 : Ainsi, le projet est validé à la suite d’une consultation publique ! Un grand bravo au Sénégal qui est un pionnier en Afrique en termes de démarche citoyenne ! Il devrait servir d’exemple aux autres pays de la CEDEAO, voire à l’ensemble de l’Afrique.

Note 2 : Moussala est village frontière au Mali, à proximité de Mahina-Mine (Mali) et à environ 15 km de Kénieba. La société Robex projette d’y réaliser une importante exploitation aurifère.

Note 3 Le câble FO serait-il posé en remplacement du faisceau hertzien actuel ? Pour quelle(s) raison(s) ? Obsolescence ? Dans ce cas on perdrait une possibilité de route de secours en cas de panne de la liaison en câble sur la section Tambakounda-Kédougou. Quel schéma de routage de secours a-t-on alors adopté ?

Note 4 : Le câble traverse le Parc National Niokola-Koba sur environ 120 km

Note 5 : La Sonatel confie donc les travaux de terrassements (tranchée) à la population locale ce qui est une autre nouveauté. Il faut cependant un suivi rigoureux et permanent du chantier pour veiller à la conformité des travaux. La Sonatel dispose d’un personnel technique qui devrait être à la hauteur de cette tâche. Il faut lui souhaiter un très bon succès, car la démarche de la Sonatel donne non seulement un revenu à des centaines de personnes de cette région très excentrée, mais elle limite aussi à un niveau minimal le coût de réalisation de la liaison en câble.
Il faut féliciter le Sénégal –ses autorités, la Sonatel et la population- pour cette démarche citoyenne dans le cadre du projet de la liaison par fibre optique (FO) Tambakounda –Kédougou- Moussala. On aimerait que cette démarche devienne une règle dans l’ensemble de l’Afrique ; aux hommes politiques et à la société civile de s’en inspirer et de la mettre en œuvre. On est ici très loin des proclamations et de la liturgie de l’UIT, célébrant les bienfaits des TIC. La population s’exprime et recommande à la Sonatel « les retombées de (son) projet pour les collectivités locales ». On n’est plus dans la « com » mais dans le concret, à travers l’échange dans la perspective du bien commun.

Une vraie leçon de civisme … et de gouvernance !

En outre, le fait de confier à la main d’œuvre locale les travaux de terrassement pour le creusement de la tranchée de pose du câble, diminue sensiblement le coût du projet, à condition d’exercer une surveillance de chantier (et, peut-être, d’assurer une mini-formation préalable des ouvriers recrutés) permanente, rigoureuse et efficace. Le coût de réalisation, extrapolé de l’estimation du coût total de la liaison (2 milliards de francs CFA, soit 3 millions d’euros), soit 8,1 k€/km, est, en effet, nettement inférieur au coût moyen relevé dans la CEDEAO, soit 12 à 15 k€/km. Il restera toutefois à le confirmer.

En conclusion, voilà un chantier intéressant à tous les points de vue, qu’il sera recommandé à suivre car il comporte un bon nombre d’apports originaux voire innovants. Le « secteur des télécommunications » en Afrique ne nous donne pas souvent une image aussi positive et porteuse d’espoir. Nous verrons dans une prochaine chronique sur mon blog (http://jlfullsack.eu) un contre-exemple flagrant dans la République démocratique du Congo.

A Strasbourg, le 9 septembre 2014
Jean-Louis Fullsack

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