Sénégal : Sonatel et le retour de l’Etat

L’information :

Source : Agence Ecofin – www.agenceecofin.com/gestion-publique/2209-22946
La fin de concession d’Orange sur Sonatel au centre d’une réunion présidée par Macky Sall

• – lundi, 22 septembre 2014

(Agence Ecofin) – La semaine dernière, le président de la République du Sénégal, Macky Sall, a réunit huit de ses ministres pour échanger sur le dossier de fin de concession d’Orange sur la Société nationale des télécommunications Sonatel en 2017. La rencontre qui s’est tenue au palais présidentiel a regroupé le Premier ministre, le ministre de l’Economie et des Finances, le ministre délégué en charge du Budget, celui des Affaires étrangères, celui des Postes et Télécommunications, le ministre directeur de cabinet et le ministre Secrétaire général de la Présidence. À leurs côté, les administrateurs de Sonatel pour le compte de l’Etat.

Pendant les trois heures qu’ont duré les échanges, le président de la République a tenu à faire comprendre à ses ministres l’importance que revêt l’opérateur historique pour le pays. Il a déclaré à cet effet qu’à travers la ré-étude du dossier de convention de concession de service public d’Orange sur Sonatel, « il s’agit de mettre en avant l’intérêt stratégique et financier du Sénégal, tout en veillant à la viabilité du modèle économique du partenaire (…) Pour les négociations à venir, je veux que le passé nous serve d’enseignement en terme de prudence, de gouvernance et d’éthique. La reddition des comptes s’appliquera à tous les acteurs du processus ».

Avant une éventuelle reconduction du contrat de concession d’Orange sur Sonatel, Macky Sall a instruit le Premier ministre de procéder à l’inventaire du patrimoine des télécommunications de l’Etat du Sénégal dans le cadre de l’évaluation de cette convention de concession : il s’agit d’élaborer, avant le 10 octobre 2014, un plan de négociation comportant « des hypothèses objectives, soutenables et économiquement viables », aussi bien pour l’Etat que pour l’opérateur privé, définir un nouveau cahier de charges qui prendra en compte la problématique de l’emploi, du service universel, de la protection des données personnelles, l’externalisation.

D’ici le 17 octobre 2014, il a été demandé à l’Autorité de régulations des télécommunications et de la poste (Artp) de finaliser le dispositif de monitoring des appels et du trafic électronique qui est en cours d’installation et de proposer «un modèle d’appréciation technique de l’offre financière que fera le postulant à la nouvelle convention de concession».
Lire aussi
24/04/2014 – Sénégal : l’Etat a pris « toutes ses dispositions » pour reprendre le contrôle de Sonatel à Orange

Voir ci-dessous :

Sénégal : l’Etat a pris « toutes ses dispositions » pour reprendre le contrôle de Sonatel à Orange

- jeudi, 24 avril 2014

(Agence Ecofin) – La concession d’Orange sur la Société nationale des télécommunications Sonatel prend fin en 2017. Cela veut dire que l’opérateur historique des télécommunications appartiendra de nouveau entièrement à l’Etat. Afin de bien gérer cette étape qui annonce un retour des pleins pouvoirs de l’Etat sur Sonatel et conserver l’actuel caractère, fort productif, de cette entreprise télécom, Cheikh Bamba Dièye, le ministre de la Communication et de l’Economie numérique, a déclaré que toutes les dispositions nécessaires ont été prises par l’Etat du Sénégal.

Un arrêté a été demandé au Premier ministre afin qu’à cette étape cruciale, tous les acteurs travaillent ensemble pour aider la Sonatel à conserver le rayonnement financier qu’elle a gagné au fil des années en Afrique de l’Ouest. Il a indiqué : « Nous sommes parfaitement informés sur ce que France Télécom propose en matière de modernisation, car ils sont dans un grand groupe (…) Mais chaque élément posé doit être regardé avec toute la réserve et la froideur qu’il faut, pour voir ce qui est pertinent, sur le fait de matérialiser et de généraliser l’ensemble des activités, de les uniformiser (….). La Sonatel reste une entreprise sénégalaise avec des billes sénégalaise à l’intérieur, et c’est pourquoi toute croissance économique au niveau de la Sonatel est immédiatement répertoriée dans notre économie nationale ». D’où l’importance de conserver l’ancrage territorial de Sonatel et son contrôle par l’Etat.

Les déclarations du ministre de la Communication et de l’Economie numérique semblent épouser les idées des travailleurs de la Sonatel qui, farouchement opposés au programme d’externalisation d’Orange qui fragiliserait le tissu économique du pays, avaient appelé l’Etat à reprendre le contrôle de l’opérateur historique.
Cependant, il n’est pas exclu que l’Etat renouvelle le contrat de concession d’Orange sur Sonatel. Le 16 avril dernier, Stéphane Richard, le président directeur général d’Orange, reçu en audience par Macky Sall, le président de la République, a assuré que le groupe français des télécommunications tenait à contribuer encore au développement national et international de la Sonatel.

 

Mon commentaire :

L’échéance de la Délégation de service public (DSP) de la Sonatel devient un sujet intéressant à suivre à beaucoup d’égards avec, en arrière- plan, le retour de l’Etat dans ses prérogatives, afin d’assumer son rôle moteur de l’économie et d’élaborer sa stratégie du développement. Pour ses responsables actuels, il ne fait pas de doute que le secteur des télécommunications fait partie intégrante de cette stratégie. On est bien loin des discours aussi emphatiques que nébuleux d’Abdoulaye Wade …

Ainsi ce pays envisage de tourner le dos à la doxa néolibérale qui prévaut depuis 25 ans, imposée par institutions financières mondiales, et mise en œuvre avec zèle par l’UIT dans le secteur des télécommunications. On suivra donc avec un grand intérêt, et bien au-delà des frontières du Sénégal, le choix des autorités nationales et des responsables de Sonatel.

Parmi les éléments de l’inventaire à réaliser en vue de la la prise de décision des autorités l’article ne mentionne que les valeurs patrimoniales, les actifs financiers, le rôle et le poids économique de l’opérateur national dans la perspective d’une prise de décision quant à son statut futur. Il relève en particulier la vocation de l’opérateur national à continuer d’être le moteur du développement du pays.

Cette vocation est cependant largement conditionnée par la capacité et l’expertise du personnel de la Sonatel -agents, techniciens, cadres et dirigeants- pour planifier et mettre en œuvre son réseau. Ces mêmes qualités sont requises pour le gérer, l’étendre et le développer. Deux objectifs doivent être visés : d’une part il faut compléter le réseau dorsal en fibres optiques en le complétant par une organisation opérationnelle efficace, d’autre part il faut créer les réseaux d’accès à cette infrastructure nationale afin d’y connecter les utilisateurs privés, les entreprises et les services publics. Enfin, l’organisation –fonctionnelle et opérationnelle- est un troisième facteur déterminant pour la prise de décision. C’est elle qui, combinée avec le patrimoine et les ressources humaines, permettra à la Sonatel de remplir ses missions sur l’ensemble du territoire national :
- fournir un accès conforme à leurs besoins aux particuliers, aux entreprises, aux entités administratives et éducatives, aux collectivités locales et aux services gouvernementaux ;
- maintenir le niveau de qualité du réseau pour garantir la qualité de service (QS) nécessaire aux services acheminés, de même que sa disponibilité, c’est-à-dire assurer son fonctionnement normal quasi permanent ;
- assurer la formation permanente du personnel, entretenir ses capacités, et motiver les agents, techniciens et cadres, en tant que garants d’une entreprise citoyenne au service des acteurs socio-économiques et politiques de leur pays ; en échange, le personnel bénéficiera de la reconnaissance de ses activités et fonctions, ainsi que d’une juste rémunération.

Dans cette perspective, l’apprentissage des métiers, l’enseignement professionnel et la formation spécialisée sont des facteurs déterminants. Le Sénégal dispose d’établissements dont la qualité est reconnue. Il dispose en outre, pour les formations spécialisées et supérieures de l’Ecole Supérieure Multinationale des Télécommunications (ESMT), un pôle d’excellence par principe, que l’on aimerait voir jouer un rôle de tout premier plan dans la mise en œuvre de l’évolution préconisée ci-dessus. Elle sera alors un véritable vivier non seulement pour les cadres et ingénieurs du Sénégal, mais pour les pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale qui s’inspireront de l’exemple du Sénégal et auront comme priorité la formation de leurs cadres afin qu’ils soient en capacité d être des acteurs, engagés et efficaces, du développement de leur pays.

Il reste un point important pour statuer sur l’évolution souhaitée par les autorités du Sénégal et par une (bonne) partie de la société civile : l’avis du personnel de la Sonatel. Il est le premier concerné dans cette nouvelle voie et sans son concours et son engagement cette réorientation des finalités de leur entreprise est vouée à un échec patent.
Je rappelle pour compléter l’information, sa prise de position exprimée dès décembre l’année dernière et rapportée par l’Agence Ecofin :

Sénégal : les travailleurs appellent l’Etat à reprendre le contrôle de la Sonatel

• jeudi, 19 décembre 2013

(Agence Ecofin) – Toujours farouchement opposés au programme d’externalisation programmé par Orange sur la société nationale des télécommunications (Sonatel), les travailleurs de l’opérateur historique se sont tournés vers l’Etat.
Le 18 décembre 2013, ils l’ont appelé a reprendre le contrôle de la société nationale des télécommunications. Ceci, en rachetant déjà les 9 % d’actifs « vendus en catimini » à France Telecom en 1998. Ce sont ces 9% qui auraient donné à France Télécom aujourd’hui Orange, le contrôle de 42,33% du groupe. L’Etat n’en détient plus que 27% tandis que le reste des actions est partagé entre d’autres investisseurs.
Pour les membres du Syndicat des travailleurs de la Sonatel (SYTS), en plus « de couler l’entreprise et de les conduire à la précarité », les projets d’Orange vont provoquer « la perte de souveraineté de l’Etat sur l’exploitation des réseaux de Sonatel ». Plus grave, le SYTS évoque « des risques sur la protection des données personnelles et sécuritaires du pays ».

Mon commentaire :

Je salue cette prise de position en tous points justifiée, en particulier sur le plan de l’externalisation de certaines fonctions de la Sonatel. Parce qu’elles concernent des attributions de base d’un opérateur et qu’elles sont attentatoires aux compétences et au professionnalisme de son personnel, ces externalisations doivent être rejetées. La formation et la reconnaissance des compétences du personnel que je propose parmi les fonctions essentielles de l’opérateur, répondent aux questionnements exprimés dans l’information par ses représentants, en premier lieu par le syndicat SYTS.

A Strasbourg, le 23 septembre 2014
Jean-Louis Fullsack

Fin de l’information « Sénégal : Sonatel et le retour de l’Etat »

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