L’Initiative des Médias d’Afrique va former 200 journalistes sur les TIC, la paix et les conflits

L’information :

L’Initiative des médias d’Afrique va former 200 journalistes sur les Tic, la paix et les conflits

jeudi, 12 février 2015

Travailler au renforcement des capacités au sein des médias africains. Voilà l’objectif du protocole d’accord que l’organisation Initiative des médias d’Afrique (African Media Initiative) vient de signer avec l’Union africaine des télécommunications (Uat) et l’Institut supérieur africain des télécommunications (Afralti). Il sera question de former plus de 200 journalistes à la couverture et à l’analyse des informations sur les Tic, la paix et les conflits sur le continent.

Pendant 3 ans, au moins 3 journalistes seront sélectionnés dans chacun des 54 Etats africains, pour recevoir une formation. Ils seront ensuite intégrés dans un réseau professionnel et dans la communauté continentale de la discipline. Au sein du réseau, les membres ont accès aux experts du secteur des Tic ; ce qui leur permet d’écrire des articles plus pertinents et accessibles au grand public.

Le Pdg de l’Initiative des médias d’Afrique, le Camerounais Eric Chinje, a dit l’effort qui sera fait pour « réduire le fossé entre le contenu médiatique et les programmes de développement de l’Afrique ». Il a ajouté que « les journalistes qui vont suivre cette formation seront en mesure d’enrichir les dialogues au niveau national et régional sur la politique des Tic ».

Le secrétaire général de l’Uat, Abdoulkarim Soumaila, et le directeur d’Afralti, Eustache Maborake, ont tous les deux insisté sur la nécessité de former une bonne ressource humaine qui permettra aux Tic de booster véritablement le développement de l’Afrique.

 

Mon commentaire :

S’il faut saluer une telle initiative qui est attendue depuis longtemps (voir Infrastructures de base pour le développement des médias électroniques en Afrique, Jean-Louis Fullsack, pp 109-124, dans Les médias de l’expression de la diversité culturelle en Afrique, sous la direction de Serge Théophile Balima et Michel Mathien, Bruylant 2012), on est surpris par les choix des institutions chargées de la formation des futurs journalistes.

D’une part le choix de l’UAT est pour le moins surprenant, cette institution étant au mieux assoupie, en réalité peu compétente dans son propre domaine et sans référence ni –a fortiori- compétence dans le domaine des médias,. Il laisse peu d’espoir pour une formation réellement professionnelle. D’autre part, le choix d’un seul établissement supérieur technologique anglophone, l’Afralti (African High Level Telecommunications Institute, à Nairobi), pose le problème de la formation des journalistes francophones ou non-anglophones (lusophones, hispanophones, ..).

Il aurait été plus judicieux de désigner avec l’Afralti son équivalent francophone, l’ESMT (Ecole Supérieure Multinationale des Télécommunications) de Dakar, pour les journalistes d’expression française. Et confier la fonction de conception (contenus, pédagogie, méthodologie) de la formation et sa coordination à l’UNESCO qui pourrait s’assurer les services d’une institution de journalisme reconnue pour mener à bonne fin le projet Initiative des Médias en Afrique, voire susciter des parrainages entre deux établissements d’enseignement supérieur, anglophone et francophone, et les deux établissements africains, Afralti et ESMT.

Cette proposition plaçant la formation sous l’égide de l’UNESCO est en parfaite cohérence avec les Lignes d’action (LA) du Plan d’action de Genève assignées à l’UNESCO par le SMSI, et notamment les LA
- C4 Renforcement des capacités, § k ;
- C8 Diversité et identité culturelles, diversité linguitique et contenus locaux, §i, § n :
- C9 Médias, §a, §c, §d, §f, §g.

Enfin, l’UNESCO à la place de l’institution fantôme qu’est l’UAT, imprimerait une autre dynamique au projet Initiative des Médias d’Afrique. Elle y ajouterait aussi une dimension éthique, objectif de la LA C10 –Dimensions éthiques de la société de l’information, que le SMSI lui a précisément confié (Voir Ethique et droits de l’Homme. La réunion régionale de l’Unesco à Strasbourg, Jean-Louis Fullsack et Michel Mathien, pp 203-232, dans Ethique de la « société de l’information », sous la direction de Jean-Louis Fullsack et Michel Mathien, Editions Bruylant, 2008).
Faut-il encore ajouter que l’Afrique est la priorité de l’UNESCO ?
Jean-Louis Fullsack
Chaire Unesco, Université de Strasbourg