Kenya : le double scandale du NOFBI

L’information :

Kenya: State-owned fibre optic cable not viable, says auditor-general

Balancing Act – Issue no 752 10th April 2015

The Auditor–General has questioned the economic viability of a government-owned terrestrial fibre cable.

An audit revealed that by last year, more than Sh12.5 billion had been used to finance the National Optic Fibre Backbone Infrastructure (NOFBI) project.
Over Sh2 billion was paid as advance fees to contractors, management fee, commitment cost, operations and maintenance to Telkom Kenya.

“NOFBI project is not generating sufficient revenue to maintain its own operating costs; taxpayers are also being subjected to repaying the concessional loans received from China to finance the project, totalling over $110 million ($37 million for Phase I and $72.5 million) for Phase II, plus additional loan management fees,” Auditor-General Edward Ouko said in a statement to Parliament.

Despite the billions spent on the project, the cost of the Internet in Kenya remained higher than the UN target for developing countries. County government offices are still using modems.

NOFBI Phase I was implemented between 2007 and 2009, covering 5,000 kilometres along major roads in central, western, coast and northeastern regions for use by the counties. The second phase is ongoing and entails adding 2,100 kilometres to improve network reliability, provide wider bandwidth and expand e-government services.

Mr Ouko accused the ICT ministry of having failed to create awareness about the existence of the cable, which led to insufficient use of its extra capacity. No income was generated in the long-run, subjecting taxpayers to heavy financial burdens, he states.

The ministry, however, said in a statement that through the Universal Service Fund, it would facilitate the expansion of the broadband reach to the counties and marginalised areas.

It said it would review its current contract with Telkom Kenya, with a view to making it more robust or terminate it and seek new cable managers.
The ministry also plans to increase uptake of the fibre by attracting transit traffic from neighbouring countries through the Northern Corridor arrangement.

Source: Daily Nation 7 April 2015

 

Mon commentaire :

Un réseau structurant FO de 7200 km (6 900 km selon d’autres sources) pour 12, 5 milliards de KES –soit au cours d’avril 2015, 135 millions de dollars- valorise le coût moyen à 19 k$/km, c’est-à-dire la fourchette haute de la sous-région Afrique de l’Est. Ce n’est donc vraiment pas un « cadeau » de « l’amitié sino-kényane » … d’autant moins qu’il s’agit d’un projet de réseau gouvernemental !

Voilà donc un autre éléphant blanc, voisin de celui –un même type de réseau FO réalisé par la même société chinoise !- de l’Ouganda ! On pourra ajouter aussi le câble sous-marin TEAMS de 5 000 km qui relie le Kenya aux Emirats Arabes Unis et qui largement sous-utilisé. Décidément dans cette sous-région, tant prisée par les institutions financières internationales (BM, FMI, …), il y a un repeuplement d’éléphants … blancs, hélas !

Toute cette gabegie au détriment des besoins primaires de la population, est la conséquence du libéralisme forcené pratiqué dans le « secteur des télécommunications », initié et promu par les institutions financières internationales et les agences de l’ONU, en tête desquelles l’Union internationale des télécommunications, UIT. La concurrence que la déréglementation de ce secteur implique, a conduit à la situation quasi ubuesque du Kenya qui se retrouve avec une demie douzaine de réseaux à fibres optiques se concurrençant, dont NOFBI. Il n’est donc guère étonnant que la rentabilité de l’investissement public (un prêt de 73 M$ de l’EximBank de Chine, le restant étant pris en charge par l’Etat ) soit à ce point problématique. Le peuple kényan est ainsi doublement frappé comme le souligne Mr Ouko.

Un détournement des ressources financières de cette ampleur n’est cependant jamais à la une des médias en encore moins l’objet de travaux de recherche universitaires, alors que la capitale Kenyane s’enorgueillit d’abriter l’AFRALTI : African Advanced Level Telecommunications Institute, une institution intergouvernementale promue « Centre d’excellence » par l’UIT. Il est vrai qu’elle est sponsorisée par Cisco et Huawei, ce dernier ayant été le réalisateur de NOFBI ! Un bel exemple d’arrangement à l’amiable entre prédateurs que ces institutions et agences onusiennes –de concert avec le secteur privé- veut ériger en modèle de gouvernance à travers les « Partenariats Public-Privé » (PPP).