Marche turque

1. L’information

Source : Agence Ecofin
Date : 13 février 2015

La Turquie propose son expertise télécom au Congo pour le projet Central African Backbone

(Agence Ecofin) – Le 12 février 2015, Thierry Moungalla (photo), le ministre congolais des Postes et télécommunications a reçu en audience Can Incesu, l’ambassadeur turc au Congo. Lors de leur entretien, les deux hommes ont échangé sur le développement du secteur congolais des télécommunications. Can Incescu a proposé au ministre des télécoms l’expertise de la Turquie dans le projet Central African Backbone (CAB) qu’entreprend le Congo pour être interconnecté par fibre optique aux autres pays d’Afrique centrale.

L’ambassadeur de Turquie a indiqué que les entreprises turques qui pourraient être retenues dans le cadre de ce partenariat technologique, apporteraient au Congo leur savoir-faire pour le maillage du territoire national avec la fibre optique. Leurs connaissances dans la mise en place et la maintenance des systèmes de communication les rendraient plus performants.

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Au-delà des télécoms, la Turquie, qui se vante également de son avancée dans le domaine de l’électronique, propose également de partager son savoir dans ce domaine avec le Congo. Thierry Lézin Moungalla et Can Incescu ont longuement évalué les possibilités de la coopération technologique entre leurs pays. L’ambassadeur turc se propose aussi d’être facilitateur du rapprochement entre les entreprises congolaises et turques, qui fixeront les domaines de coopération après prospection.

2 – Commentaire du CESIR

On est pantois de noter les connaissances en termes de réseaux FO de l’ambassadeur de Turquie ! De même que l’ont peut s’interroger sur la haute compétence (« expertise ») de la Turquie dans ce domaine qui n’est pas connue au plan international.

Une fois de plus on peut surtout déplorer l’absence de l’UIT dans le déploiement du réseau –le CAB- alors qu’elle avait coopéré avec la Banque mondiale pour l’étude et la conception de ce réseau sous-régional par ailleurs plus que discutable comme le CESIR l’a montré et démontré à la Banque mondiale, à la BAD et à l’UIT.

Rappelons que la topologie linéaire du CAB est incompatible avec une architecture d’auto-sécurisation et d’auto-rétablissement, et l’étude n’a proposé aucune organisation opérationnelle et fonctionnelle pour l’exploitation, la maintenance et le développement de ce réseau sous-régional d’interconnexion. Aussi, le CESIR a-t-il présenté il y a trois ou quatre ans à ses interlocuteurs –y compris le Ministre des Télécommunications du Congo- les propositions de topologie et d’architecture de réseau pour un CAB complètement révisé (CAB 2.0). En outre il a élaboré la trame de l’organisation opérationnelle (centre d’exploitation et d’intervention) et fonctionnelle (structure de gestion et de développement). Enfin, conformément à son concept de la synergie inter-réseaux (SIR) présenté aux interlocuteurs cités, le CESIR a demandé l’intégration des artères du réseau d’interconnexion de télécommunications dans le cadre du programme de développement des infrastructures générales (routières, ferroviaires, électriques, énergétiques, …) de la sous-région Afrique centrale mis en place par l’Union Africaine. L’application de la méthodologie de la SIR permet, en effet, d’abaisser les coûts d’investissement et de fonctionnement du réseau de télécommunications et de favoriser la fertilisation croisée entre ce réseau et les autres réseaux d’infrastructures et de services, et constitue de ce fait l’élément moteur de l’intégration régionale, priorité absolue de l’UA.

Cependant, toutes ces propositions sont restées sans effet.

Plus récemment, le CESIR a proposé une structure et un programme de formation pour les personnels des opérateurs impliqués dans le déploiement puis dans l’exploitation-maintenance et le développement (extension spatiale, montée en débits, coordination entre stations d’atterrissement des câbles sous-marins, …) dont le siège pourrait être à Brazzaville.

Mais l’UIT a-t-elle au moins été sollicitée par le Congo ou par le Ministre du Congo ? On aimerait bien entendre ou lire la réponse à cette question. Car, comme dans d’autres pays africains, on assiste de plus en plus à des accords bilatéraux » sous la forme de « partenariats » qui se scellent dans la totale opacité et qui permettent toutes les manipulations et malversations (détournements, corruption) au détriment de l’intérêt général.

Le CESIR a une réponse argumentée et développée quant aux caractéristiques du CAB 2.0 ; il est prêt à la rappeler aux interlocuteurs qui voudront bien en (re)prendre connaissance dans les meilleurs délais.

A Strasbourg, le 8 juin 2015
Jean-Louis Fulllsack
jlfullsack@orange.fr
Président du CESIR
www.cesir.net