Cameroun : L’interconnexion des universités et le tropisme chinois

Une analyse de choix contestables

 

Convention : Mes notes et commentaires sont en italique    

Source : Agence Ecofin

La Chine va mettre en réseau les universités camerounaises pour 75 milliards FCfa

 

  lundi, 07 septembre 2015 04:35

(Agence Ecofin) – Les gouvernements camerounais et chinois ont récemment signé un accord cadre pour le financement d’un projet d’interconnexion numérique des universités d’Etat, pour un montant de 75 milliards de francs Cfa. L’information a été révélée par le ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, aux responsables de la société chinoise Sichuang Communication Telecom Construction Company.

Note JLF : Une fois de plus voilà un projet de près de 114 M€ non soumis à un appel d’offres international mais passé de gré à gré.
Sans aucun doute un tel « accord » permettra des « arrangements » entre les contractants dont le Cameroun est champion d’Afrique.  Au passage on admirera le nom folklorique de la société chinoise ;

Selon Zhao Dhezi, le chef de la délégation chinoise reçue au ministère de l’Enseignement supérieur, l’implémentation de ce projet permettra, par exemple, à un enseignant qui se trouve dans son bureau au ministère, de dispenser son cours à partir de ce bureau, à ses étudiants se trouvant dans l’un des amphithéâtres d’une des universités d’Etat du pays.

Note JLF : Il est bien évident que le professeur d’Unversité est … au Ministère. C’est une conception bien chinoise de l’enseignement supérieur !

Selon la partie chinoise, ce projet baptisé «e-National Higher Education Network», et qui consiste en «la mise en réseau des universités camerounaises, vise à arrimer le Cameroun aux normes de l’enseignement numérique international».

Mon commentaire conclusif :

Un marché douteux d’un montant élevé passé dans d’obscures conditions et dont on n’apprend rien quant aux moyens mis en œuvre pour réaliser l’interconnexion des huit universités, auxquelles s’ajoutent probablement d’autres institutions d’enseignement supérieur et de recherche. Leur nombre et leur répartition spatiale –qui pourrait donner au moins un aperçu de l’ampleur du « réseau » mis en place- ne sont pas mentionnés.

Un aspect essentiel de ce « contrat » entre le Cameroun et la Chine est passé sous silence dans cet article : Selon quelle étude et sur les bases de quel cahier de charges ce « contrat » est est-il fondé ? En d’autres termes
- y a-t-il eu une étude et, si oui, par qui a-t-elle été réalisée ?
- y a-t-il un cahier de charges et, si oui, par qui a-tt-il été élaboré ?
Il y a fort à craindre que le gouvernement camerounais a « sous-traité » toutes ses démarches à la Chine, au grand détriment de ses propres ressources en capacités, tant au sein de Camtel que dans ses établissements d’enseignement supérieur et technique.   

Pour information le Ministère de l’enseignement supérieur du Cameroun avait sollicité l’Institut de recherche pour le développement, IRD, en 2012 pour l’étude du Réseau d’interconnexion des universités du Cameroun (RIC) qui lui a remis son rapport la même année.

Voir ci-dessous :

Un rappel utile : Le rapport du CIRAD-IRD-Renater

Source : IRD, France

17/07/2012
Réseau d’Interconnexion des universités du Cameroun (RIC) : élaboration d’une feuille de route

En réponse à une sollicitation du ministre de l’enseignement supérieur du Cameroun, la délégation française (CIRAD-IRD-RENATER) a effectué une mission à Yaoundé du 8 au 15 février 2012.

Cette mission avait pour but d’appuyer la mise en place du RIC, et de procéder à un échange de bonnes pratiques entre les réseaux de la recherche (NREN) européens et africains. L’IRD considère en effet que les NREN sont une condition préalable pour relever les défis scientifiques, et un outil stratégique qui favorise l’innovation collaborative au niveau mondial.

Cette démarche de mise en place de NREN au Cameroun s’inscrit dans le cadre plus large de WACREN, à l’initiative de l’association des universités africaines qui vise à construire un réseau de télécommunication pan africain impliquant l’Afrique centrale et de l’ouest.

Le rapport de cette mission, envoyé au ministre Jacques Fame Ndongo en juillet 2012, contient d’une part des éléments recueillis lors de la mission, et d’autre part une feuille de route pour le RIC.

Cette feuille de route a été élaborée en collaboration avec le RIC par le biais de visioconférences sur la période avril/mai. Les propositions concernent les thématiques suivantes:

  • Gouvernance,
  • Communication,
  • Renforcement des capacités,
  • Infrastructure,
  • Services aux usagers,
  • Financement.

URL : https://www.ird.fr/dsi/actualites/reseau-d-interconnexion-des-universites-du-cameroun-ric-elaboration-d-une-feuille-de-route

Par ailleurs une recherche sur la toile donne l’information suivante qui réduit singulièrement l’emprise du projet :

Source : Camer Post

Cameroun – Education : 75 milliards FCFA de la Chine pour l’interconnexion des universités d’Etat

Paskal

28/08/2015

L’opérateur chinois Sichuang Communication Telecom Construction Company s’est proposé d’investir pour le projet d’interconnexion des six universités publiques camerounaises une enveloppe de 75 milliards FCFA,  a-t-on appris ce vendredi auprès des services compétents du ministère de l’Enseignement supérieur.

Note JLF : 75 milliards de Fcfa correspondent à 114 millions d’Euros

Cette annonce intervient au lendemain d’une séance de travail entre la délégation d’entrepreneurs asiatiques et des responsables de ce département, qui ont convenu de l’arrimage du Cameroun aux normes de l’enseignement numérique international.

Le projet, dénommé “e-National Higher Education Network “, a déjà fait l’objet d’un accord cadre de prêt entre les parties et n’attend plus que le décret du chef de l’Etat pour sa mise en œuvre.

© Camer Post avec © APA

URL : http://www.camerpost.com/cameroun-education-75-milliards-fcfa-de-la-chine-pour-linterconnexion-des-universites-detat/

 

A titre comparatif, voici comment le Sénégal a posé le problème de l’interconnexion de ses universités :

Sénégal : Signature d’une convention pour l’interconnexion des universités

Source : Afrique IT  News

Par Rédacteur -

Mars 31, 2015

Une convention a été signée vendredi 27 mars 2015 entre le ministre sénégalais de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Mary Tew Niane et le directeur général de  l’Agence de l’informatique de l’Etat (ADIE), Cheikh Bakhoum. La convention porte sur l’interconnexion des établissements d’enseignement supérieur et l’hébergement des applications dans les centres de ressources de l’Adie.

Les deux structures avaient déjà porté sur les fonts baptismaux le Réseau national pour l’enseignement supérieur et la recherche du Sénégal (SNRER), qui doit rendre effectif la mutualisation de plusieurs ressources numériques destinées à la communauté universitaire. Et permettre l’accès à des bibliothèques numériques partagées, à la vidéoconférence, au télé-enseignement à l’archivage numérique.

Le projet d’interconnexion des universités doit contribuer à l’amélioration de l’utilisation des TIC dans l’Enseignement supérieur, à la réduction des coûts de formation, à l’amélioration de la qualité de l’enseignement et à l’amélioration de la gouvernance. « Avec l’effectivité du SNRER, la mise en œuvre de notre système d’information et de gouvernance de l’enseignement supérieur pourra pleinement être opérationnelle » , a expliqué Mary Tew Niane.

- See more at: http://www.afriqueitnews.com/2015/03/31/senegal-signature-dune-convention-pour-linterconnexion-des-universites/#sthash.RgZKxGmR.dpuf

Mon commentaire : Tout est dit !

Cependant, un ajout s’impose. Alors que le Sénégal n’a qu’une seule station d’atterrissement –qui est en même temps station terminale de section (contrôle et gestion) pour les systèmes de câbles sous-marins-  le pays a une connectivité haut débit quatre fois supérieure à celle du Cameroun qui, lui, dispose de trois stations. Il a ainsi économisé près de 8 millions d’euros rien qu’en coûts d’investissements.
Mieux, il a mobilisé ses propres ressources pour étudier et réaliser cette interconnexion, vitale pour l’avenir de son enseignement supérieur et technique.
Ce qui lui permet de mettre en œuvre, pour un coût largement inférieur  à celui de son homologue camerounais, une stratégie d’interconnexion de ses établissements d’enseignement supérieur, et de développer parallèlement une véritable politique de création numérique, et donc d’emplois pour ses jeunes.

Quand la société civile camerounaise se réveillera-t-elle pour –enfin !- réagir ?