Afrique : Un article très contestable du magazine Manière de Voir

1 – L’information

 Source : Manière de Voir n° 143 

Octobre -novembre 2015

N° Spécial : Afrique, enfer et eldorado

URL : https://www.monde-diplomatique.fr/mav/143/KIYINDOU/53877

 

I. Vertiges de la croissance

En 2040, pour la première fois de l’histoire, davantage d’Africains vivront en ville qu’à la campagne. Mais l’explosion des centres urbains n’est que l’une des métamorphoses du continent. Avec la croissance, les classes moyennes sont de retour et découvrent l’hyperconsommation. Les géants mondiaux du numérique et des transports se livrent une violente compétition à coups d’investissements colossaux.

(….)

L’article  :

Bataille pour l’économie numérique

 Entête d’article :

Fibre optique, téléphonie mobile, câblage numérique … le marché du continent noir se développe dans le cadre d’une féroce compétition mondiale. Les groupes européens et américains, qui s’affrontent depuis plusieurs années, voient désormais émerger la concurrence d’entreprises asiatiques mais aussi africaines.

Par Alain Kiyindou*

*   Professeur des universités, chaire Unesco « Pratiques émergentes des technologies et communication pour le développement, université de Bordeaux-Montaigne.

 

Texte de l’article :  

Les acteurs des technologies de l’information et de la communication (TIC) ont bien mesuré l’enjeu que constitue le continent africain, un espace qui connaît une expansion démographique rapide (4,5 milliards d’habitants prévus en 2013) et une forte croissance économique (plus de 5%). En ce qui concerne les TIC, les chiffres se révèlent tout aussi alléchants : le taux de pénétration du téléphone mobile dépasse les 80% et la fibre optique est en cours de déploiement. De nouveaux acteurs apparaissent, notamment l’Inde et la Chine[1][1].

De nombreux  opérateurs télécoms et équipementiers locaux (le sud-africains MTN, l’égyptien Orascom, etc) ou internationaux (le français Orange, le britannique Vodaphone, l’indien Bharti Airtel, le franco-américain Alcatel-Lucent) investissent en Afrique, à commencer par les câbles sous- marins et la fibre optique. Ils sont également très présents sur les réseaux mobiles, où la concurrence est parfois rude. On voit aussi apparaître des marques africaines avec de nouveaux produits comme Elikia (« espoir en lingala, une langue d’Afrique centrale), le premier smartphone africain. En 2012, le jeune ingénieur camerounais Arthur Zang a créé le cardiopad, une tablette qui permet des examens cardiaques à distance ; le trentenaire béninois Alain Capo-Chichi, président de l’entreprise Cerco, se fixe quant à lui comme objectif d’équiper tous les étudiants ouest-africains avec des ordinateurs Open Africa.

Si les acteurs des TIC visent l’ensemble du marché, on peut observer des combats concentrés autour des points stratégiques comme le marché nigérian (77,7millions de clients uniques), l’Egypte (44,6) et l’Afrique du Sud (36,4), mais aussi sur des cibles spécifiques comme le marché des smartphones et la fibre optique.

Le marché des télécoms mobiles est l’un des plus lucratifs : 48,5 milliards d’euros. Les forces engagées sur ce marché sont nombreuses : Millicom (Suède), Orange, Vodaphone , Zain (Inde), Etisalat (Emirats arables unis) et sa filiale Moov … Le succès de la société kenyane de transfert de fonds M-Pesa a orienté l’ensemble des opérateurs vers le développement de solutions de monnaie électronique, telles qu’Orange Money ou Airtel Money. On voit poindre une offensive africaine portée par des sociétés comme TelKom et MTN (Afrique du Sud), Orascom (Egypte), Maroc Télécom, Djezzy et Mobilis (Algérie),Glo (Nigéria), Libercom (Bénin). Notons toutefois que malgré quelques succès, les opérateurs africains ont souvent du mal à faire face à la concurrence des géants mondiaux.

En Afrique et au Proche-Orient, le réseau de la fibre optique devrait passer de 18 millions à 32 millions de kilomètres à l’horizon 2018, soit une hausse de 80%. Il s’agit d’un marché très porteur, disputé par les équipementiers (le chinois Huawei, le suédois Ericsson, le français Sagem …) et les intégrateurs (les français Orange et Air Liquide …), autour desquels se greffent des cabinets d’études et des entreprises de génie civil. Ici aussi, les entreprises africaines s’engagent dans la bataille : Maroc Télécom, Sonatel (Sénégal). Face à la fibre optique est apparu le Polyvalent Wireless Communication Systems (PCWS), système de communication générale (téléphonie, télévision, Internet) sans fil, doté de capacités comparables à celles de la fibre optique pour un coût jusqu’à dix fois inférieur.  Reste à convaincre les décideurs africains !

Le secteur des acquisitions donne son plein sens au mot « bataille ». Dans la musique, par exemple, Verod Capital, déjà détentrice de Spinlet, rachète peu à peu les labels locaux . Sunil Bharti Mittal a acquis en février 2010, pour plus de 10 milliards de dollars, la plupart des actifs du koweïtien Zain, ce qui lui permet de prendre pied sur le continent africain. Toutefois, la stratégie et les circonstances requièrent souvent alliances et compromis. Pour répondre aux appels d’offres liés à l’installation et l’exploitation de la fibre optique, par exemple, les opérateurs s’organisent en consortiums.  C’est le cas du réseau Africa Coast to Europe, lancé par Orange en 2012 et qui associe dix-sept opérateurs[1][2]. Ce type de partenariat est souvent technique. Le géant informatique américain s’est, par exemple, associé à l’équipementier chinois Huawei pour lancer 4Afrika, un téléphone multifonction bon marché en Afrique. S’associer se révèle souvent décisif dans la stratégie de diversification des produits. C’est par exemple grâce à un partenariat entre Airtel et Radio France Internationale (RFI) qu’a été lancé « RFI mobile », un nouveau service permettant à la clientèle d’écouter la radio par téléphone et recevoir les alertes « info » par SMS.

 

Un téléphone intelligent à moins de 100 dollars.

 Les sociétés asiatiques font de leur côté valoir un certain nombre d’atouts : des technologies simples et solides, donc bien adaptées aux besoins du continent, et des coûts de production extrêmement bas. A cela s’ajoutent de nombreuses facilités bancaires. Mais ces entreprises sont souvent accusées de ne pas respecter les droits humains et les droits sociaux[1][3].

De façon générale, qu’elles soient asiatiques ou occidentales, les multinationales des TIC saisissent la justice pour contrecarrer la concurrence.  Ainsi, Etisalat a saisi la justice nigériane pour casser le privilège accordé à MTN (une réduction de 30% du tarif d’appel sur et hors réseau, rendant les tarifs de MTN plus avantageux pour les consommateurs). Mais le plus souvent ce sont les acteurs étatiques qui se servent de l’arme juridique pour ramener dans le droit chemin un certain nombre d’opérateurs égarés. En 2011, au Bénin, la Cour constitutionnelle a ainsi mis en demeure Libercom et Glo de se conformer à l’obligation de couverture du territoire.

Se positionnant sur le créneau du prix, Google a lancé un téléphone intelligent à moins de 100 dollars (91 euros) pour les marchés émergents, et la réponse de Microsoft ne s’est pas fait attendre puisqu’il a proposé récemment deux nouveaux appareils vendus autour de 70 euros. Du côté des opérateurs, Zain (Koweit) a mis en place un système qui permet d’effectuer des appels er d’envoyer des messages au tarif local pour communiquer avec un abonné Zain en déplacement.

Alain Kiyindou

 

Renvois

[1][1] Nations unies, Commission économique pour l’Afrique, The African Information Society Initiative (AISI) – A Decade Perspective, Addis Abeba, 2008.

[2][2] Orange, Portugal Télécom, Côte d’ivoire Télécom, Gambia Submarine Cable Company, Expresso Telecom, Orange Cameroun, Sonatel, Cable Consortium of Liberia, STP Cabo, Internatuional mauritania Telecom, Republic of Gabon, Orange Mali, Orange Niger, Republic of Equatorial Guinea, Sierra Leone Cable Company, Guinéenne de Large Bande, Bénin ACE GIE.

[3][3] En novembre 2014, le chinois Huawei a été accusé par l’émission de France 2 « Cash Investigation » de recourir au travail des enfants.

 

 2 – Mon commentaire

L’analyse exhaustive de cet article, disponible sur demande formulée dans l’espace réservé aux commentaires, me conduit aux conclusions résumées suivantes :  

L’article est censé s’inscrire dans la thématique du numéro spécial de Manière de voir : Afrique – Enfer et Eldorado.

Il clôt la première partie de ce numéro, qui en compte quatre, intitulée « Vertiges de la croissance ».

En fait il évoque surtout « l’eldorado » et passe sous silence « l’enfer », et à aucun moment il ne donne le « vertige » au lecteur … sauf pour son chiffre complètement aberrant de la population africaine en 2030, et celui de la longueur cumulée du « réseau de la fibre optique » !

Enfin, commençant par une erreur monumentale il installe d’emblée un doute quant à la fiabilité des données, voire la crédibilité des arguments et références cités l’auteur.  

 

On notera en particulier

-          De nombreuses erreurs dont la plus grossière concerne l’estimation de la population africaine en 2030, mais aussi le marché des télécoms mobiles, la longueur du « réseau de la fibre optique en Afrique et au Moyen-Orient » ; il n’existe aucun « équipementier africain » et M-Pesa n’est pas un opérateur mais un service de transfert financier. Des chiffres contestables et sans indication des sources, des approximations -y compris technologiques- et des truismes.

-          Pas de trame ni de thèmes mais une succession de faits, plus souvent anecdotiques que démonstratifs (exemples : « le secteur des acquisitions« , « l’entreprise Cerco« ) et peu corrélés, d’où une grande confusion ; par ailleurs la réalité factuelle de « l’économie numérique »  est en partie mal appréciée (exemple : « 4Africa, un téléphone multifonction » obsolète qui n’a eu aucun développement, de même pour « Elikia« )

-          Trop peu de données macro-économiques du secteur des TIC (l’emploi dans le secteur est ignoré), et pour celles qui sont citées, il manque les sources ou elles sont douteuses ; certaines sont obsolètes (exemple : l’AISI citée n’a plus d’existence réelle et son document date de 2008).

-          Des oublis majeurs : la part des acteurs africains (dûment documentée) et étrangers, le rôle dominant des chinois (Eximbank, Huawei, ZTE, etc) et les conséquences sur le marché du « numérique africain ».

-          Aucune des grandes problématiques des réseaux africains –incohérences, absence d’un réseau panafricain, qualité de service médiocre des réseaux (record mondial absolu en la matière), multiplicité mais aussi fragilité des opérateurs – n’est abordée ni même mentionnée. Les conséquences pour les usagers africains, comme les coûts, la mauvaise qualité et la fiabilité imprévisible des services, sont escamotés alors qu’elles sont l’expression même de la dualité « enfer ou eldorado ».

-          La problématique essentielle de « l’économie numérique » est l’accès à l’électricité de par la relation –directe et étroite, voire existentielle- entre l’énergie d’une part et le déploiement, le fonctionnement et le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) d’autre part, ainsi que l’utilisation des services par les institutions, les entreprises et les particuliers. Or en Afrique les deux tiers des populations et la grande majorité des territoires ne disposent pas de cet accès.

-          Aucune allusion à l’inflation de câbles sous-marins (notamment la dizaine le long de la côte Atlantique) par ailleurs largement sous-utilisés, ni aux sur-investissements en termes de réseaux à fibres optiques (FO) terrestres dans un grand nombre de pays (4 réseaux FO au Kenya, 3 en Ouganda, au Nigéria, en Afrique du Sud et au Mali, etc …). On évalue à plus de 6 milliards le montant de ces investissements (CAPEX) en Afrique sub-saharienne, non seulement improductifs mais qui entraînent des coûts d’exploitation (OPEX) exorbitants et … récurrents ! 

- A contrario, ni le rôle des états et des régulateurs pour infléchir ces dérives, ni l’indispensable partage des infrastructures de réseau pour en abaisser les coûts globaux (CAPEX + OPEX) ne sont abordés.

-          La question cruciale de l’emploi (en particulier des jeunes) et l’indispensable formation, conditions sine  qua non, de l’entrée dans « le numérique », auraient  aussi mérité leur place dans un tel article.

On ne peut que déplorer que la tribune, offerte par Manière de voir pour l’évocation -qui plus est par un chercheur universitaire- d’une  thématique et d’une réelle problématique spécifiquement africaines, n’ait pas été à la hauteur de l’ampleur, de l’urgence et de la gravité des enjeux de « l’économie numérique » sur le vaste continent

Nota : Ce commentaire a été envoyé au Courrier des lecteurs du Monde Diplomatique, dont Manière de Voir fait partie, le 29 novembre 2015. Jusqu’à ce jour, 17 août 2016- je n’ai eu aucune réponse.

 

 

 

 

 

 

 

Transsaharienne FO : Quelles contraintes? Quelle option ?

1 – L’information

Cable Compendium: a guide to the week’s submarine and terrestrial developments

5 Aug 2016 _ TeleGeography

International

(….)

ICT ministers from four African nations – Algeria, Mali, Niger and Chad – have met to discuss a project to construct a trans-Saharan fibre-optic cable to boost broadband connections between the north, west and central African regions of the continent. China’s state Xinhua News Agency reports that the officials discussed ‘the natural, structural and organisational’ issues that currently prohibit the full construction of the link. According to the New Partnership for Africa’s Development (NEPAD), the 4,500km terrestrial fibre-optic cable will follow the route of the Nigeria-Algeria trans-Sahara gas pipeline. NEPAD said that the Algerian section of the network has been completed and ‘is now fully operational’; a USD340,000 feasibility study for the onward connection to Chad has been completed and a similar study for Niger ‘is estimated to be completed in 2016.’

L’info selon Ecofin :

L’Algérie, le Mali, le Niger et le Tchad planchent sur une interconnexion par fibre optique

-   mercredi, 03 août 2016

(Agence Ecofin) – Les ministres en charge des télécommunications et technologies de l’information et de la communication d’Algérie, du Mali, du Niger et du Tchad se sont réunis le 28 juillet 2016 à N’djamena pour discuter d’une stratégie visant à interconnecter les quatre pays par une dorsale transsaharienne de fibre optique. Il a été soumis à cet effet aux ministres, pour validation, un document détaillant la nature de ce projet, tant en termes de contraintes naturelles, structurelles qu’organisationnelles.

Le projet, qui figure dans les politiques de développement des télécommunications et TIC des pays impliqués, vise à les doter d’une connectivité adéquate pour la réalisation de leurs ambitions de croissance économique et sociale portée par le numérique. La dorsale transsaharienne de fibre optique, dans chaque pays qu’elle traversera, devra renforcer et sécuriser la connectivité internationale large bande; offrir à la population un accès aux services TIC à un coût abordable; contribuer à la réduction de la pauvreté ; et contribuer au développement des services e-administration, e-éducation, e-santé, et e-commerce.

Note JLF : Avant de « sécuriser la connectivité internationale large bande », la dorsale transsaharienne exigera … d’être sécurisée contre tout acte de sabotage ce qui, au vu de son parcours dans des zones instables et/ou à hauts risques, exigera une surveillance et une protection permanentes très coûteuses tout en n’offrant qu’une sécurité relative.

D’après Michel Djiena Wembou, le représentant résidant de la Banque Africaine de Développement (BAD) au Tchad, dont les propos sont rapportés par Xinhua, cette dorsale de fibre optique soutenue par l’institution financière « permettra d’accélérer la diversification des économies des pays bénéficiaires à travers l’accès des populations et des entreprises à des services de télécommunications de qualité et à des coûts plus abordables ».

Muriel Edjo

Afficher l'image d'origine

 

2 – Mon commentaire :

On espère que les ministres ont aussi évoqué les risques encourus par cette transsaharienne, évoqués dans ma note ci-dessus. Et évalué différentes solutions … et leurs coûts.

Plus généralement, un grand nombre de questions attend des réponses plus claires.

Les deux études de faisabilité de 340 000 $ évoqués par TeleGeography ont-elles intégré les risques auxquels doit faire face cet axe de communication ? Quelle est l’autorité qui a rédigé le Cahiers de charges de ces études et qui les a lancées et financées ? Quels en ont été les thèmes majeurs ? La sécurité, la gestion et l’entretien, l’organisation fonctionnelle et opérationnelle, les moyens humains, matériels et financiers (budget régulièrement abondé) sont-ils spécifiés ? Pour un projet dont le coût prévisionnel devrait être de l’ordre de plusieurs millions de dollars ces questions sont fondamentales.

On voit bien que ce projet est traité superficiellement et rapporté comme s’il s’agissait d’une artère réalisée dans un environnement pacifique et accueillant, bref sans problèmes ! Nulle part n’apparaît la problématique de la sécurisation de cette transsaharienne qui exigera une véritable organisation militaire transnationale que seule l’Algérie paraît en situation de mettre en oeuvre. Les réponses pertinentes à cette problématique sont les conditions sine qua non pour la faisabilité d’une telle artère.

Enfin, quid de la Transsaharienne routière, ce projet d’autoroute Alger – Lagos (voir carte ci-dessus) qui est dans les cartons du NEPAD depuis bien longtemps ? Voilà une plateforme idéale pour la pose d’une artère FO transsaharienne car accessible facilement et offrant les externalités les plus intéressantes pour sa réalisation (grâce à l’application de la méthodologie SIR) ! Un projet empruntant cet axe routier avait été développé par l’Union africaine (UA) ; il dort probablement sur une autre étagère au siège de l’UA (voir photo en tête de l’information) … En attendant on sort la transsaharienne FO Alger-Niger. Pour justifier une réunion de ministres ? Se rappellent-ils seulement que le Programme pour le développement des infrastructures en Afrique (acronyme PIDA), lancé en 2010 par l’UA présidée alors par Jean Ping, avait conçu très intelligemment le principe des Corridors multimodaux associant -selon les cas- route, voie ferrée, télécommunications, électricité et énergie sur un axe de communications vital pour l’Afrique dans un seul espace linéaire. Mieux, ces « sages » africains avaient donné la priorité à ces couloirs !

La raison et le réalisme –mais aussi l’économie au sens large- plaident en faveur de l’option selon laquelle la partie de l’artère Alger–Niger-Tchad desservant ces deux derniers soit une dérivation opérée sur l’axe/Couloir multimodal Alger-Lagos. Il faut donc étudier le site optimum de ce couloir le long de sa traversée du Niger (p.ex. Agadez) pour desservir en dérivation la capitale Niamey et le Tchad (NDjaména).

Mais dans tous les cas, ce projet doit comporter deux volets, complètement différents mais fortement corrélés : le volet technique avec son tracé et sa gestion, et le volet sécuritaire avec l’implantation et l’organisation d’intervention des forces armées et de sécurité des pays concernés. Seule cette approche, bidimensionnelle et simultanée, pourra conférer la viabilité indispensable au Corridor multimodal Alger-Lagos avec ses dérivations pour la desserte du Niger et du Tchad.

Kenya : Accès à l’électricité ou accès à l’Internet ?

1 – L’information

Source : TeleGeography

Kenya Power to offer FTTH connections by year-end

4 Aug 2016 – TeleGeography

State-owned utility firm Kenya Power expects to start rolling out fibre-to-the-home (FTTH) connections in partnership with telecoms operator Safaricom in December this year, the company’s Managing Director Ben Chumo told Citizen Digital. An ISP subsidiary, known as Kenya Power International, has been established to operate the FTTH business, providing the utility firm with an alternative revenue stream. ‘We have close to five million homes connected to the grid and we want to take advantage of the grid to deliver the fibre to homes,’ Chumo said, adding that the internet service will be more affordable than rival offerings because Kenya Power will not have to dig trenches to lay the fibre-optic cables.

As previously reported by TeleGeography’s CommsUpdate, Kenya Power signed a memorandum of understanding (MoU) with Safaricom in April 2016 for the launch of a twelve-month fibre-optic pilot project that will initially see around 12,000 Nairobi households connected to the internet. Under the partnership, Safaricom agreed to lease Kenya Power’s fibre infrastructure, which stretches 4,000km in total, to provide homes with last-mile broadband connections.

 

2 – Mon commentaire :

Il est toujours difficile de trouver rationnelle l’ouverture d’un nouveau créneau –et d’une technologie de toute autre nature- dans une entreprise qui ne brille pas (c’est un doux euphémisme !) dans le domaine et les fonctions qui lui ont été assignées, à savoir le réseau de transport et de distribution d’électricité et le service public de fourniture d’électricité au pays. Et cela tout simplement pour « profiter d’une nouvelle source de revenus » ! Au mieux peut-on lui souhaiter un plus grand succès dans les TIC et l’Internet que dans ses attributions historiques !

Mais l’article est aussi ambigu sur le partage des rôles entre Kenya Power et Safaricom, s’agissant de la fourniture d’accès à l’Internet via la technologie FTTH. Il est écrit que « Safaricom a accepté de louer l’infrastructure fibre de Kenya Power dont la longueur atteint 4 000 km ». C’est le monde à l’envers ou le rédacteur qui déraille, car les bâtiments et logements ne sont pas alimentés en électricité par la fibre ! A contrario, la fibre en technologie FTTH va jusqu’à l’abonné et de ce fait elle est du ressort de l’opérateur télécoms, donc de Safaricom ! J’ai donc cherché dans ma Base de Données Réseau  … et trouvé un article de TeleGeography du 7 avril dernier intitulé « Safaricom, Kenya Power team up for FTTH pilot ». On y apprend que les deux sociétés ont chacune un réseau d’accès FO, celui de Safaricom a une longueur totale de 3 200 km et dessert 7 000 foyers, et celui de Kenya Power est long de 4 000 km et dessert 12 000 foyers. Ce qui suppose que l’électricien a investi dans les plates-bandes des opérateurs de télécoms … Alors que seulement 20% des Kényans avaient accès à l’électricité en 2012 (des statistiques plus récentes sont rares et peu fiables), l’opérateur public investit dans un secteur, les TIC/télécoms, déjà largement concurrentiel au Kenya avec 4 réseaux nationaux de fibres optiques qui se disputent le terrain et les clients.

Qu’à cela ne tienne : le PDG de Kenya Power vise un revenu de 10 M$ en 2017 (pour 2,5 M$ en 2015) tiré de la location de fibres à des opérateurs de réseau. Mais les clients qu’il cite louent des fibres sur le réseau de transport HT national et non dans les réseaux d’accès !

On reste donc encore dans le paradoxe … tout en frisant le scandale. Car le dévoiement de l’opérateur d’électricité public à un coût, que son PDG se garde bien de mentionner. Probablement les journalistes auxquels il s’est adressé ont « oublié » de lui poser des questions qui fâchent.  

Nigéria : Comment les TIC/Télécoms peuvent compenser la chute des revenus du pétrole

1 – L’information

 

Nigeria: Les opérateurs télécoms présentent leur secteur comme la solution aux déboires du pétrole

Source : Agence Ecofin

-   jeudi, 07 juillet 2016

Les opérateurs de télécommunications opérant au Nigeria, réunis au sein de l’Association des sociétés de télécommunications du Nigeria (ATCON), se sont présentés au gouvernement fédéral comme la solution à la crise financière dans  laquelle la chute des cours du pétrole a conduit le pays. Lors de l’édition 2016 de la conférence internationale d’exhibition technologique du Nigeria (NITEC), tenue la semaine dernière  à Lagos, Olusola Teniola, le président de l’ATCON, a interpellé l’Etat sur l’urgence d’une diversification de l’économie. Il a souligné qu’un investissement de qualité dans les TIC et Télécoms permettrait au pays, à long terme, de rompre sa dépendance économique au pétrole.

Pour le président de l’ATCON, dont les propos sont rapportés par le journal This Day, « il est surprenant que le gouvernement fédéral ne donne pas la priorité au secteur des TIC lors de la planification, en dépit de ses énormes contributions au produit intérieur brut (PIB). Si plus de 70% des composantes TIC demeurent importés de l’étranger, le secteur aura plus tard du mal à survivre sans le soutien du gouvernement (…) Pour endiguer le déséquilibre dans l’offre et la demande de devises étrangères, ce que le gouvernement fédéral doit prendre en compte, c’est l’encouragement à la création d’entreprises qui fabriquent ces composantes ou les assemblent au Nigeria avec des incitations à l’investissement. Le gouvernement doit également  parrainer davantage les parcs TIC dans le pays ».

Au-delà du financement, il faut également des politiques appropriées pour booster le  développement du secteur national des TIC et Télécoms pour qu’il crée suffisamment de richesse pour le pays, estime Olusola Teniola. Dans le cas contraire, l’actuelle crise mondiale du pétrole, qui prendra un certain temps à s’estomper, risque d’obliger le pays à recourir à de nouveaux emprunts pour financer son budget.

 

2 – Mon commentaire

L’appel de l’ATCON vise à susciter une infrastructure télécoms/TIC dont l’Etat prendrait en charge les coûts d’investissement (CAPEX). On ne saurait qu’approuver une telle démarche d’un réseau relevant du « bien public » au lieu de réseaux multiples privés se concurrençant mutuellement. A condition toutefois que sa neutralité -l’accès égalitaire à tout opérateur officiellement reconnu- soit garantie par le législateur et appliquée par l’agence de régulation (NCC).

S’agissant de la conception, de la planification et du déploiement de cette infrastructure télécoms, la synergie inter-réseaux (SIR) est alors une démarche incontournable. En effet, l’application de sa méthodologie permet de profiter au maximum des externalités positives offertes par les infrastructures routières et électriques notamment –qui relèvent en grande partie du gouvernement et sont inscrites dans ses priorités-, ce qui réduirait de manière drastique les CAPEX pour la mise en œuvre et le développement du réseau dorsal national (RDN) des télécoms/TIC.

C’est seulement en appliquant scrupuleusement la méthodologie SIR que le résultat recherché par l’ATCON sera atteint de manière économiquement optimale. Car, outre les économies réalisées à l’investissement par la mutualisation des ressources (externalités positives des réseaux d’infrastructure), l’intégration du RDN dans les infrastructures générales assure une fertilisation croisée des divers réseaux (télécoms, transports, électricité, …) aussi bien pour leur gestion propre que pour les revenus et les bénéfices générés par leur utilisation par les acteurs économiques. Cette fertilisation croisée, permanente et durable, suscite dans toute la zone irriguée par ces infrastructures un réel développement, indépendamment des cours du pétrole car essentiellement de nature endogène.

Enfin, on n’insistera jamais assez sur le fait que des projets appliquant la méthodologie SIR sont aussi les projets obtenant des conditions financières optimales pour leur(s) emprunt(s) auprès des institutions financières internationales (IFI) ou bilatérales et des banques d’investissement privés, car présentant un risque minimal de viabilité, d’erreur de valorisation ou de « dérapage » majeur des coûts complets (CAPEX + OPEX). Et le Nigeria est particulièrement sensible aux conditions financières drastiques de ses emprunts du fait que son économie repose en majeure partie sur les cours du pétrole, au plus bas encore pour un « certain temps ».   

 A Strasbourg, le 10 août 2016

Jean-Louis Fullsack