Niger : Souhaits de succès et longue vie à Niger Télécom – Suite

A la suite de l’article précédent, j’ai trouvé l’information ci-dessous, publiée par l’Agence Ecofin, qui me paraît le compléter parfaitement et qui m’a incité à rechercher dans ma Base de Données « Evolution des réseaux en Afrique » des informations utiles au lecteur pour contextualiser la naissance … et les premiers pas de Niger Télécom. 

 

Source : Agence Ecofin

Niger Telecom est le nouvel opérateur public nigérien, né de la fusion entre Sonitel et SahelCom

-   lundi, 03 octobre 2016

(Agence Ecofin) – Au terme du conseil des ministres du 28 septembre 2016, le gouvernement du Niger a annoncé le lancement prochain d’une nouvelle société nationale des télécommunications. Dénommé Niger Telecom, le nouvel opérateur est le fruit de la fusion réussie entre l’opérateur historique, la  Société nigérienne des télécommunications (Sonitel), et sa branche mobile, la Société sahélienne de communication (SahelCom), tous deux moribonds depuis 2005. La fusion de ces deux entités, engagée depuis 2015, a finalement été officialisée, le 26 septembre 2016.

Selon Yahouza Sadissou,  le ministre des télécommunications, Niger Telecom sera doté d’un capital initial de 23,5 milliards Fcfa. Sa création découle d’un besoin de redynamisation du secteur national des télécommunications. Le gouvernement a opté pour la fusion des deux opérateurs nationaux, dans un souci de mutualisation des ressources techniques, financières et sociales, indispensables pour garantir une gestion optimale et rationnelle. Le ministre des télécoms a ajouté que Niger Telecom mettra, à la disposition des populations, une offre globale de services innovants sur les réseaux de téléphonies fixe et mobile.

Abdou Mani, l’ex-ministre nigérien des télécommunications, avait confié que la nouvelle société, née de la fusion entre Sonitel et SahelCom, devrait également achever le déploiement de la fibre optique, à travers le pays. En juillet 2012, Sonitel avait en effet signé une convention avec la société égyptienne Elsewedy Electric pour la réalisation d’un projet de près de 700 km de fibre optique sur des tronçons partant de Birni N’Konni vers Maradi-Zinder, Tahoua et la frontière du Nigeria. Cette infrastructure viendra compléter le réseau de fibre optique existant entre Niamey, la frontière du Burkina Faso, et la frontière du Bénin. De quoi lui donner un avantage sur ses concurrents mobiles que sont Airtel, Orange et Moov.

Sonitel et SahelCom qui se muent en Niger Telecom, ont vu le jour à la fin des années 90. Elles seront privatisées en 2001, par l’Etat, suite à des difficultés financières. Le consortium sino-libyen Dataport en devient alors l’actionnaire principal, avec 51% des parts. En 2004, la libéralisation du marché télécoms va briser leur monopole, leur occasionnant de nouveaux problèmes financiers.

Sonitel et SahelCom ont perdu beaucoup d’abonnés. Leurs revenus sont également en chute. Même l’investissement de 85 milliards Fcfa (146 millions de dollars), consenti par le gouvernement en 2012, pour améliorer les offres et la qualité du service, ne changera rien à la situation des deux entreprises. La même année, l’Etat décide finalement de renationaliser les deux entités, le temps de repenser leur activité. La fusion apparaîtra plus tard comme la solution la plus appropriée.

Muriel Edjo

Mon commentaire

Je renvoie le lecteur, éventuellement intéressé à approfondir son information, aux articles de ma Base de Données « Evolution des réseaux africains » ci-dessous. Il pourra les trouver sur Internet en entrant leur titre dans le moteur de recherche. Quant à mes commentaires de chacun d’eux, je les enverrai à la demande, soit via l’espace réservé au commentaire, soit via courriel à mon adresse (jlfullsack@orange.fr). Ils se situent dans la période entre juillet et décembre 2012  et janvier 2013, ainsi que plus récemment. Le thème traité est entre parenthèses :

- 2 juillet 2012 : Cable firm inks fiber deal with Sonitel (“optical fiber and power transmission projects”, 350 M$)

- 29 septembre 2012 : Niger: la bataille de la fibre optique s’annonce ardue entre Etat et opérateurs privés (Orange et Airtel construisent en catimini leur infrastructure FO en parallèle avec celle de la Sonitel)

- 3 octobre 2012 : Sonitel union seeks end to duplicate fiber roll-outs (opposition syndicale aux câbles FO concurrençant ceux de la Sonitel)

- 15 janvier 2013 : Niger : Du rififi autour de l’installation de la fibre optique (Déclaration de la Convergence syndicale du secteur des télécoms de la Sonitel au Président de la République : obligation au partage des infrastructures de la Sonitel, mise en demeure pour Airtel et Orange)

- 22 décembre 2015 : Le réseau de fibre optique du Niger, long de 2227 km, sera achevé d’ici fin 2016 (titre ambigu ; contrat de 100 millions de dollars financé par EximBank China)

- 2 septembre 2016 : Cable compendium : a guide to the week’s submarine and  terrestrial developments (Trans-Sahara Backbone, parcours au Niger d’Assamaka à Tinkim soit 1007 km) 

 

S’agissant de l’investissement de 146 millions de dollars consenti par le gouvernement et cité dans la conclusion de l’article de l’Agence Ecofin, il aura servi en grande partie à réaliser les artères FO mentionnées. Il reste le problème du montant anormalement élevé de cette réalisation, qui appelle de sérieuses réserves quant à son coût, et devrait enclencher un processus en vue de sa révision. En outre il y a lieu de recommander fortement une plus grande rigueur dans l’étude, la mise en œuvre, le développement et l’extension du réseau de la Sonitel. A cette fin, la recherche systématique de la synergie inter-réseaux SIR (notamment en associant les réalisations d’artères FO avec le déploiement d’infrastructures routières, électriques ou d’oléo/gazoducs) doit être érigée en règle. De même il y a lieu de recourir systématiquement à un appel d’offres international étayé par un Cahier des charges pertinent et contraignant pour toute réalisation d’artères et d’équipement du réseau de la Sonitel. Ces deux dispositions appliquées avec rigueur permettront des économies substantielles des montants des investissements (CAPEX) et de garantir un bon fonctionnement et une qualité de services appropriée, donc de tenir dans des limites financièrement supportables les coûts d’exploitation (CAPEX). Des bases solides et durables pour donner à Niger Télécom toutes les chances pour s’imposer dans le secteur des TIC/télécommunications au Niger tout comme dans la Sous-région de la CEDEAO.  

   

Dans cette perspective, un véritable audit semble souhaitable (nécessaire ?) en commençant par l’inventaire du réseau FO existant tous opérateurs confondus. A partir des résultats enregistrés, on pourrait alors définir le tracé du réseau dorsal cible ; il sera à l’évidence supérieur aux 2275 km annoncés dans l’article du 22 décembre 2015.

En effet, si on tient compte des 1007 km de l’artère FO Alger –Lagos projetée (Trans-Sahara Backbone) qui traverse le Niger du Nord au Sud (voir mes infos citées plus haut) et sur lequel il faudrait prévoir au moins 12 fibres au titre du réseau dorsal de la Sonitel, il ne reste que 1220 km à ce réseau national FO. Or la seule artère nationale « Ouest-Est », entre la frontière avec le Burkina Faso et celle avec le Tchad, est nettement supérieure à cette longueur ! Notons en passant que ce décompte nous incite à admettre que les 2275km de câbles FO correspondent au montant de  près de 100 M$ prêtés par l’Exim Bank China  (cf. l’information du 22 décembre 2015), ce qui représente un coût moyen record absolu en Afrique de 44k$/km qui justifie amplement les réserves exprimées plus haut et par conséquent conforte les recommandations émises.  

 

La Sonitel aura besoin de mobiliser autour d’elle l’ensemble des acteurs politiques et économiques, mais aussi la société civile voire la solidarité internationale notamment via la Convergence syndicale, pour réaliser le réseau de télécoms qui permettra au Niger de se développer sur tous les plans et donnera à l’ensemble de sa population les moyens d’information et de communication dont elle a besoin. Sans oublier les radios et télés communautaires qui sont des acteurs incontournables, efficaces et généreux dans ces vastes espaces qui caractérisent le Niger. Ils doivent être les bénéficiaires privilégiés du déploiement du réseau de télécoms national.

 

Strasbourg, le 10 octobre 2016

 

Jean-Louis Fullsack

Niger : Souhaits de succès et longue vie à Niger Télécom

Source : Jeune Afrique

http://www.jeuneafrique.com/361715/economie/niger-gouvernement-annonce-lancement-de-niger-telecom/?utm_source=Newsletter_JA_Actu&utm_medium=Email&utm_campaign=Newsletter_JA_Actu_03_10_16

Le gouvernement nigérien annonce le lancement de Niger Telecom

30 septembre 2016  — Mis à jour le 30 septembre 2016

Par Julien Vallet

 

En grande difficulté financière, les deux compagnies nationales de téléphonie, Sonitel (fixe) et Sahelcom (mobile) vont être fusionnées pour donner naissance à une seule entité : Niger Telecom. Le Niger entend ainsi mutualiser les ressources et disposer d’un seul opérateur comme les autres pays de la région.

 Le Niger s’apprête à fusionner ses deux principales compagnies nationales de télécommunication, Sonitel et Sahelcom, rapporte l’agence Reuters. Les deux sociétés seront regroupées dans une seule entité baptisée Niger Telecom, dotée d’un capital de départ de 23,5 milliards de francs CFA (35 millions d’euros).

Si le gouvernement nigérien avait déjà approuvé cette mesure en octobre dernier, l’annonce officielle en a été faite ce 28 septembre par le ministre des Télécommunications, Yahouza Sadissou, au sortir du Conseil des ministres mercredi.

S’étendre en Afrique de l’Ouest

Le but de l’opération est tout à la fois, selon le ministre, de gagner des parts de marché dans le secteur en Afrique de l’Ouest, mutualiser les ressources techniques, rendre l’opérateur national plus attractif mais aussi de disposer d’un seul opérateur à l’instar des autres pays de la région.

En grande difficulté financière, la Société sahélienne des communications (Sahelcom, mobile et internet) et la Société nigérienne des télécommunications (Sonitel, fixe et internet) avaient été nationalisées en 2012. Cette dernière détient un quasi-monopole de fait sur la téléphone fixe avec 155 490 abonnés soit 99,77 % de parts de marché, fin 2014.

Par ailleurs, sept millions de Nigériens, sur 17 millions d’habitants, sont abonnés à un opérateur de téléphonie mobile. En 2015, Sahelcom détenait environ 347 000 abonnés, loin derrière le leader indien Bharti Airtel (3,5 millions d’abonnés et 58,62 % de parts de marché), le français Orange (1,67 million – 27,5 %) et Maroc Telecom (604 499 – 9,96 %).

Les deux opérateurs ont été dans le rouge de 2010 à 2015, avec un résultat net négatif d’environ -2,5 milliards de francs CFA chacun en 2013

Julien Vallet

 

Mon commentaire

Les données fournies par l’article, anciennes, nécessiteraient une actualisation pour être pertinentes. Signe probable de la faiblesse, voire des carences, des statistiques, un mal endémique en Afrique. On peut aussi regretter que l’ambition affichée par Niger Télécom soit d’abord « d’assurer des parts de marché dans l’Afrique de l’Ouest », ce qui semble a priori peu réaliste, puis de « rendre l’opérateur national plus attractif ». On n’est pas dans un concours de beauté mais dans l’univers impitoyable du néolibéralisme où le marché est roi et la concurrence la règle !

C’est avec plaisir que je souhaite longue vie, courage (la dette est un vrai défi !) et réussite à Niger Télécom, à ses cadres et à son personnel. Cependant je pense qu’il faut rappeler aux responsables nationaux davantage de réalisme, de proximité avec les besoins réels des acteurs administratifs, économiques et sociaux du Niger, sans oublier ceux de la population.  Enfin, Niger Télécom a besoin d’une  vision stratégique pour le déploiement de son réseau et pour son offre des services focalisés sur le développement durable du pays. Dans ce cadre, la priorité de l’opérateur devait être accordée au niveau national à sa consolidation, à l’organisation fonctionnelle et opérationnelle de son réseau, et à la réalisation d’un réseau national dorsal ainsi que de l’interconnexion de celui-ci avec le réseau sous-régional de la CEDEAO. En outre il devra assurer la fourniture des services aux utilisateurs, structures gouvernementales et territoriales, aux entreprises, aux organisations et à la population via des réseaux d’accès appropriés, contribuant ainsi au développement durable du pays. Ainsi conforté sur son territoire national et parallèlement à son interconnexion sous-régionale, Niger Télécom pourra trouver de nouvelles opportunités pour son développement hors des frontières, notamment dans le cadre de l’intégration sous-régionale.

Je me plais aussi à rappeler que CSDPTT avait été très active au Niger jusqu’en 2005 grâce aux relations étroites et solidaires avec nos collègues et amis de la Sonitel. La dernière mission avait comme objet l’étude de faisabilité d’un réseau de desserte rurale de la Région de Tillabery (effectuée en 2005, financée par le PNUD et le Ministère des Affaires extérieures du Luxembourg et effectuée par Christian Nguekeng). Le CESIR a pris la relève de CSDPTT dans le domaine de la conception et du déploiement des réseaux ; il est disponible pour contribuer, dans la mesure de ses moyens et en sincère solidarité, aux réflexions et aux orientations dans ce domaine de Niger Télécom.   

Le 4 octobre 2016

Jean-Louis Fullsack
Ancien président de CSDPTT, président du CESIR