Congo : Navigation à vue dans le réseau FO

1 – L’information

Source : Agence Ecofin

URL : http://www.agenceecofin.com/infrastructures/1612-43273-congo-en-2017-les-activites-autour-du-cab-porteront-sur-l-activation-de-la-fibre-optique-la-creation-d-un-incubateur-et-d-un-fonds-d-investissement-tic?utm_source=newsletter_5733&utm_medium=email&utm_campaign=ecofin-telecom-16-12-2016

Congo: En 2017, les activités autour du CAB porteront sur l’activation de la fibre optique, la création d’un incubateur et d’un fonds d’investissement TIC

-   vendredi, 16 décembre 2016 13:22

(Agence Ecofin) – Le 15 décembre 2016, s’est tenu le comité de pilotage du projet central Africa Backbone, composante Congo. Au cours de cette réunion, le coordonnateur du projet, Yvon Didier Miehakanda, a présenté les principales activités qui marqueront l’année 2017.

La première activité portera sur l’activation du réseau de fibre optique de près de 520 km, déployé depuis l’année dernière de Pointe-Noire jusqu’à la ville de Binda, à la frontière avec le Gabon. Cette activation se fera par l’installation des équipements techniques nécessaires à cet effet. Le Congo utilisera une partie des fonds additionnels, accordés par la Banque Mondiale, pour financer l’acquisition de ces équipements techniques.

Les autres activités autour du CAB en 2017, financées par l’autre partie du fonds additionnel de la Banque Mondiale, porteront sur la construction d’un incubateur TIC pour encadrer et faire germer les idées novatrices, en rapport avec le numérique, et la mise sur pied d’un fonds d’investissement TIC pour accompagner financièrement les porteurs de projets tech et entrepreneurs numériques. L’objectif final de ces deux activités est d’accroître la contribution de l’économie numérique dans le PIB national.

Jusqu’en 2019, date d’achèvement du projet CAB au Congo, il est prévu comme avec le Gabon, le déploiement de la fibre optique vers les frontières des autres pays voisins que sont la République démocratique du Congo, la Centrafrique et le Cameroun. Il est également prévu la construction d’un data center national et d’une technopole. Le coût estimatif de ces chantiers est de 66,54 millions d’euros (43,3 milliards Fcfa), cofinancés à hauteur de 80% par la Banque Africaine de Développement et de 20% par le gouvernement congolais.

Muriel Edjo

 

2 -  Mon commentaire

Cette info est affligeante pour le Congo, et à sa lecture on pourrait se demander si ce constat relève de la légèreté de la rédactrice ou de l’incompétence des responsables nationaux, tant elle dépasse l’entendement.

Ainsi l’infrastructure à fibres optiques, représentant un investissement de plusieurs millions d’euros sera restée inerte plus d’un an … avant que l’on découvre qu’il faut encore les équipements techniques nécessaires pour « son activation » ! Ce qui rallongera le délai de celle-ci d’au moins une année supplémentaire, à condition que les mesures de réception de l’ouvrage et les essais de fonctionnement se soient montrés conformes aux exigences techniques, et concluants quant aux fonctionnalités prévues.

On attendra donc, dans la meilleure hypothèse, trois ans après le commencement des travaux (voir Note 1), pour voir cette artère vitale pour le Congo qu’est la liaison Brazzaville-Pointe Noire enfin disponible pour acheminer les neuf dixièmes du trafic national !  Ce record absolu de lenteur (et d’incurie) a aussi un prix : plusieurs centaines de milliers d’euros de pertes d’exploitation par an, sans compter une capacité d’accès à l’international via le câble sous-marin ACE limitée en termes de débit, donc un autre manque à gagner pour les opérateurs congolais ! 

Une autre info décontenance le lecteur : parmi d’autres pays voisins du Congo il faut « déployer de la fibre optique » vers la RD Congo, soit environ 6 km de câble sous –ou par-dessus- le fleuve Congo ! Or ce lecteur, croit avoir vu un communiqué il y a un bout de temps annonçant triomphalement que les chinois, ont posé un câble sous-fluvial à fibres optiques entre les deux capitales les plus proches du monde ! Oubli de journaliste … ou les responsables congolais ne se souviendraient-ils pas des célébrations somptueuses à la fin des travaux ? Seule une réponse claire du Ministère des TIC du Congo pourrait nous rassurer quant à l’existence et à son bon fonctionnement de cette interconnexion … et nous dire quel débit de trafic réel elle achemine entre les deux Congos. Notons au passage que cette opération ne rentre pas dans le cadre du Central African Backbone (CAB) qui a été splendidement ignoré par les deux pays … à la grande satisfaction de Huawei qui s’est vu attribuer le marché en gré à gré, c’est-à-dire à ses seules conditions. On peut se demander à juste titre si le vaisseau CAB a jamais eu un capitaine …

On serait peut-être heureux d’apprendre que « les autre activités (…) financées par (…) la Banque mondiale porteront sur la construction (sic) d’un incubateur TIC », si on savait que ce nouveau réseau FO du Congo était au préalable doté d’une organisation territoriale de l’exploitation-maintenance-gestion, aussi bien sur le plan opérationnel que fonctionnel et disposait de moyens humains (compétence comprise) et logistiques assurant à ce réseau son fonctionnement et sa qualité de service inhérente à un réseau très haut débit 24heures par jour, 7jours sur 7et 365 jours par an (« 7/24/365 »). Or, la viabilité et la fiabilité d’un tel réseau est conditionnée par une organisation fonctionnelle et opérationnelle appropriée, dotée de moyens cités plus haut et disposant d’un budget annuel en, conséquence. Sur ce point capital on est, pour l’instant, dans le flou absolu.

Et cela –pas plus que les autres problèmes soulevés- ne relève d’aucune manière de « la légèreté de la rédactrice », comme j’ai pu le supposer à prime abord. Je lui sais gré de ne pas m’en vouloir, et je continuerai d’apprécier ses contributions à la vaste problématique de l’évolution des réseaux de télécoms/TIC en Afrique.

Notons pour conclure que le projet-cadre du réseau d’interconnexion des pays d’Afrique Centrale ou Central African Backbone plus connu sous son acronyme CAB va bientôt fêter ses dix ans. Outre qu’il constitue un autre record de lenteur, il repose sur un concept et une topologie incompatibles avec la nature, les fonctions et les exigences d’un véritable réseau sous-régional comme l’a documenté et argumenté une analyse approfondie du CESIR. Cette analyse et les propositions constructives pour modifier sa topologie afin de lui permettre de supporter des architectures de réseau auto-sécurisantes, telles celle dite « Réseau 3R » conçue par CESIR, avaient été présentées par ses représentants aux institutions financières et politiques concernées (BM, BAD, UIT, Commission européenne, Parlement Européen et Banque européenne d’investissement) il y a six ans. A ce jour aucune modification n’a été apportée au CAB. Les conséquences de cette politique de l’autruche seront désastreuses. Mais d’ici leur mise en évidence, les auteur(e)s et les responsables de ce désastre auront été promu(e)s … à d’autres (hautes) fonctions !  

Note 1 : voir La fibre optique congolaise en service en 2013 – romain | Le 02 octobre 2012

http://www.lafibreoptique.com/a-l-etranger/02102012,la-fibre-optique-congolaise-en-service-en-2013,341.html

 

Strasbourg, le 18 décembre 2016

Jean-Louis Fullsack

Concepteur du Réseau Hertzien du Sud-Ouest du Congo (1978-80) et Chef du Projet d’amélioration de la maintenance (PAM Congo, 1983-84) sous l’égide de l’UIT

Officier du Mérite national de la République du Congo   

 

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