Afrique subsaharienne


Réflexions sur l’état alarmant des réseaux de télécommunications en Afrique sub-saharienne
et propositions de mesures d’urgence pour y remédier

Sommaire

  1. Introduction
  2. Importance du domaine opérationnel des réseaux dorsaux
  3. Utilisation de la méthodologie de la Synergie inter-réseaux (SIR)
  4. Recours aux appels d’offres internationaux
  5. Reduite les delais entre realisations et exploitation
  6. Le choix de la fibre optique et le mode de pose du cable
  7. Une alternative a l’artere dorsale FO: les reseaux de transport d’electricite Haute-Tension
  8. L’energie: une condition prealable au deploiement des telecoms
  9. Donner aux operateurs africains la maitrise dans la realisation de leurs infrastructures
  10. Concevoir et realiser le reseau panafricain de telecommunications

Congo : Navigation à vue dans le réseau FO

En 2017, Les activités autour du CAB porteront sur l’activation de la fibre optique.

1 – L’information
Source : Agence Ecofin

Congo: En 2017, les activités autour du CAB porteront sur l’activation de la fibre optique, la création d’un incubateur et d’un fonds d’investissement TIC

-   vendredi, 16 décembre 2016 13:22

(Agence Ecofin) – Le 15 décembre 2016, s’est tenu le comité de pilotage du projet central Africa Backbone, composante Congo. Au cours de cette réunion, le coordonnateur du projet, Yvon Didier Miehakanda, a présenté les principales activités qui marqueront l’année 2017.

La première activité portera sur l’activation du réseau de fibre optique de près de 520 km, déployé depuis l’année dernière de Pointe-Noire jusqu’à la ville de Binda, à la frontière avec le Gabon. Cette activation se fera par l’installation des équipements techniques nécessaires à cet effet. Le Congo utilisera une partie des fonds additionnels, accordés par la Banque Mondiale, pour financer l’acquisition de ces équipements techniques.

Les autres activités autour du CAB en 2017, financées par l’autre partie du fonds additionnel de la Banque Mondiale, porteront sur la construction d’un incubateur TIC pour encadrer et faire germer les idées novatrices, en rapport avec le numérique, et la mise sur pied d’un fonds d’investissement TIC pour accompagner financièrement les porteurs de projets tech et entrepreneurs numériques. L’objectif final de ces deux activités est d’accroître la contribution de l’économie numérique dans le PIB national.

Jusqu’en 2019, date d’achèvement du projet CAB au Congo, il est prévu comme avec le Gabon, le déploiement de la fibre optique vers les frontières des autres pays voisins que sont la République démocratique du Congo, la Centrafrique et le Cameroun. Il est également prévu la construction d’un data center national et d’une technopole. Le coût estimatif de ces chantiers est de 66,54 millions d’euros (43,3 milliards Fcfa), cofinancés à hauteur de 80% par la Banque Africaine de Développement et de 20% par le gouvernement congolais.

Muriel Edjo

 

2 -  Mon commentaire

Cette info est affligeante pour le Congo, et à sa lecture on pourrait se demander si ce constat relève de la légèreté de la rédactrice ou de l’incompétence des responsables nationaux, tant elle dépasse l’entendement.

Ainsi l’infrastructure à fibres optiques, représentant un investissement de plusieurs millions d’euros sera restée inerte plus d’un an … avant que l’on découvre qu’il faut encore les équipements techniques nécessaires pour « son activation » ! Ce qui rallongera le délai de celle-ci d’au moins une année supplémentaire, à condition que les mesures de réception de l’ouvrage et les essais de fonctionnement se soient montrés conformes aux exigences techniques, et concluants quant aux fonctionnalités prévues.

On attendra donc, dans la meilleure hypothèse, trois ans après le commencement des travaux (voir Note 1), pour voir cette artère vitale pour le Congo qu’est la liaison Brazzaville-Pointe Noire enfin disponible pour acheminer les neuf dixièmes du trafic national !  Ce record absolu de lenteur (et d’incurie) a aussi un prix : plusieurs centaines de milliers d’euros de pertes d’exploitation par an, sans compter une capacité d’accès à l’international via le câble sous-marin ACE limitée en termes de débit, donc un autre manque à gagner pour les opérateurs congolais ! 

Une autre info décontenance le lecteur : parmi d’autres pays voisins du Congo il faut « déployer de la fibre optique » vers la RD Congo, soit environ 6 km de câble sous –ou par-dessus- le fleuve Congo ! Or ce lecteur, croit avoir vu un communiqué il y a un bout de temps annonçant triomphalement que les chinois, ont posé un câble sous-fluvial à fibres optiques entre les deux capitales les plus proches du monde ! Oubli de journaliste … ou les responsables congolais ne se souviendraient-ils pas des célébrations somptueuses à la fin des travaux ? Seule une réponse claire du Ministère des TIC du Congo pourrait nous rassurer quant à l’existence et à son bon fonctionnement de cette interconnexion … et nous dire quel débit de trafic réel elle achemine entre les deux Congos. Notons au passage que cette opération ne rentre pas dans le cadre du Central African Backbone (CAB) qui a été splendidement ignoré par les deux pays … à la grande satisfaction de Huawei qui s’est vu attribuer le marché en gré à gré, c’est-à-dire à ses seules conditions. On peut se demander à juste titre si le vaisseau CAB a jamais eu un capitaine …

On serait peut-être heureux d’apprendre que « les autre activités (…) financées par (…) la Banque mondiale porteront sur la construction (sic) d’un incubateur TIC », si on savait que ce nouveau réseau FO du Congo était au préalable doté d’une organisation territoriale de l’exploitation-maintenance-gestion, aussi bien sur le plan opérationnel que fonctionnel et disposait de moyens humains (compétence comprise) et logistiques assurant à ce réseau son fonctionnement et sa qualité de service inhérente à un réseau très haut débit 24heures par jour, 7jours sur 7et 365 jours par an (« 7/24/365 »). Or, la viabilité et la fiabilité d’un tel réseau est conditionnée par une organisation fonctionnelle et opérationnelle appropriée, dotée de moyens cités plus haut et disposant d’un budget annuel en, conséquence. Sur ce point capital on est, pour l’instant, dans le flou absolu.

Et cela –pas plus que les autres problèmes soulevés- ne relève d’aucune manière de « la légèreté de la rédactrice », comme j’ai pu le supposer à prime abord. Je lui sais gré de ne pas m’en vouloir, et je continuerai d’apprécier ses contributions à la vaste problématique de l’évolution des réseaux de télécoms/TIC en Afrique.

Notons pour conclure que le projet-cadre du réseau d’interconnexion des pays d’Afrique Centrale ou Central African Backbone plus connu sous son acronyme CAB va bientôt fêter ses dix ans. Outre qu’il constitue un autre record de lenteur, il repose sur un concept et une topologie incompatibles avec la nature, les fonctions et les exigences d’un véritable réseau sous-régional comme l’a documenté et argumenté une analyse approfondie du CESIR. Cette analyse et les propositions constructives pour modifier sa topologie afin de lui permettre de supporter des architectures de réseau auto-sécurisantes, telles celle dite « Réseau 3R » conçue par CESIR, avaient été présentées par ses représentants aux institutions financières et politiques concernées (BM, BAD, UIT, Commission européenne, Parlement Européen et Banque européenne d’investissement) il y a six ans. A ce jour aucune modification n’a été apportée au CAB. Les conséquences de cette politique de l’autruche seront désastreuses. Mais d’ici leur mise en évidence, les auteur(e)s et les responsables de ce désastre auront été promu(e)s … à d’autres (hautes) fonctions !  

Note 1 : voir La fibre optique congolaise en service en 2013 – romain | Le 02 octobre 2012

http://www.lafibreoptique.com/a-l-etranger/02102012,la-fibre-optique-congolaise-en-service-en-2013,341.html

 

Strasbourg, le 18 décembre 2016

Jean-Louis Fullsack

Concepteur du Réseau Hertzien du Sud-Ouest du Congo (1978-80) et Chef du Projet d’amélioration de la maintenance (PAM Congo, 1983-84) sous l’égide de l’UIT

Officier du Mérite national de la République du Congo   

 

Afrique : Un article très contestable du magazine Manière de Voir

1 – L’information

 Source : Manière de Voir n° 143 

Octobre -novembre 2015

N° Spécial : Afrique, enfer et eldorado

URL : https://www.monde-diplomatique.fr/mav/143/KIYINDOU/53877

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I. Vertiges de la croissance

En 2040, pour la première fois de l’histoire, davantage d’Africains vivront en ville qu’à la campagne. Mais l’explosion des centres urbains n’est que l’une des métamorphoses du continent. Avec la croissance, les classes moyennes sont de retour et découvrent l’hyperconsommation. Les géants mondiaux du numérique et des transports se livrent une violente compétition à coups d’investissements colossaux.

(….)

L’article  :

Bataille pour l’économie numérique

 Entête d’article :

Fibre optique, téléphonie mobile, câblage numérique … le marché du continent noir se développe dans le cadre d’une féroce compétition mondiale. Les groupes européens et américains, qui s’affrontent depuis plusieurs années, voient désormais émerger la concurrence d’entreprises asiatiques mais aussi africaines.

Par Alain Kiyindou*

*   Professeur des universités, chaire Unesco « Pratiques émergentes des technologies et communication pour le développement, université de Bordeaux-Montaigne.

 

Texte de l’article :  

Les acteurs des technologies de l’information et de la communication (TIC) ont bien mesuré l’enjeu que constitue le continent africain, un espace qui connaît une expansion démographique rapide (4,5 milliards d’habitants prévus en 2030) et une forte croissance économique (plus de 5%). En ce qui concerne les TIC, les chiffres se révèlent tout aussi alléchants : le taux de pénétration du téléphone mobile dépasse les 80% et la fibre optique est en cours de déploiement. De nouveaux acteurs apparaissent, notamment l’Inde et la Chine[1][1].

De nombreux  opérateurs télécoms et équipementiers locaux (le sud-africains MTN, l’égyptien Orascom, etc) ou internationaux (le français Orange, le britannique Vodaphone, l’indien Bharti Airtel, le franco-américain Alcatel-Lucent) investissent en Afrique, à commencer par les câbles sous- marins et la fibre optique. Ils sont également très présents sur les réseaux mobiles, où la concurrence est parfois rude. On voit aussi apparaître des marques africaines avec de nouveaux produits comme Elikia (« espoir en lingala, une langue d’Afrique centrale), le premier smartphone africain. En 2012, le jeune ingénieur camerounais Arthur Zang a créé le cardiopad, une tablette qui permet des examens cardiaques à distance ; le trentenaire béninois Alain Capo-Chichi, président de l’entreprise Cerco, se fixe quant à lui comme objectif d’équiper tous les étudiants ouest-africains avec des ordinateurs Open Africa.

Si les acteurs des TIC visent l’ensemble du marché, on peut observer des combats concentrés autour des points stratégiques comme le marché nigérian (77,7millions de clients uniques), l’Egypte (44,6) et l’Afrique du Sud (36,4), mais aussi sur des cibles spécifiques comme le marché des smartphones et la fibre optique.

Le marché des télécoms mobiles est l’un des plus lucratifs : 48,5 milliards d’euros. Les forces engagées sur ce marché sont nombreuses : Millicom (Suède), Orange, Vodaphone , Zain (Inde), Etisalat (Emirats arables unis) et sa filiale Moov … Le succès de la société kenyane de transfert de fonds M-Pesa a orienté l’ensemble des opérateurs vers le développement de solutions de monnaie électronique, telles qu’Orange Money ou Airtel Money. On voit poindre une offensive africaine portée par des sociétés comme TelKom et MTN (Afrique du Sud), Orascom (Egypte), Maroc Télécom, Djezzy et Mobilis (Algérie),Glo (Nigéria), Libercom (Bénin). Notons toutefois que malgré quelques succès, les opérateurs africains ont souvent du mal à faire face à la concurrence des géants mondiaux.

En Afrique et au Proche-Orient, le réseau de la fibre optique devrait passer de 18 millions à 32 millions de kilomètres à l’horizon 2018, soit une hausse de 80%. Il s’agit d’un marché très porteur, disputé par les équipementiers (le chinois Huawei, le suédois Ericsson, le français Sagem …) et les intégrateurs (les français Orange et Air Liquide …), autour desquels se greffent des cabinets d’études et des entreprises de génie civil. Ici aussi, les entreprises africaines s’engagent dans la bataille : Maroc Télécom, Sonatel (Sénégal). Face à la fibre optique est apparu le Polyvalent Wireless Communication Systems (PCWS), système de communication générale (téléphonie, télévision, Internet) sans fil, doté de capacités comparables à celles de la fibre optique pour un coût jusqu’à dix fois inférieur.  Reste à convaincre les décideurs africains !

Le secteur des acquisitions donne son plein sens au mot « bataille ». Dans la musique, par exemple, Verod Capital, déjà détentrice de Spinlet, rachète peu à peu les labels locaux . Sunil Bharti Mittal a acquis en février 2010, pour plus de 10 milliards de dollars, la plupart des actifs du koweïtien Zain, ce qui lui permet de prendre pied sur le continent africain. Toutefois, la stratégie et les circonstances requièrent souvent alliances et compromis. Pour répondre aux appels d’offres liés à l’installation et l’exploitation de la fibre optique, par exemple, les opérateurs s’organisent en consortiums.  C’est le cas du réseau Africa Coast to Europe, lancé par Orange en 2012 et qui associe dix-sept opérateurs[1][2]. Ce type de partenariat est souvent technique. Le géant informatique américain s’est, par exemple, associé à l’équipementier chinois Huawei pour lancer 4Afrika, un téléphone multifonction bon marché en Afrique. S’associer se révèle souvent décisif dans la stratégie de diversification des produits. C’est par exemple grâce à un partenariat entre Airtel et Radio France Internationale (RFI) qu’a été lancé « RFI mobile », un nouveau service permettant à la clientèle d’écouter la radio par téléphone et recevoir les alertes « info » par SMS.

 

Un téléphone intelligent à moins de 100 dollars.

 Les sociétés asiatiques font de leur côté valoir un certain nombre d’atouts : des technologies simples et solides, donc bien adaptées aux besoins du continent, et des coûts de production extrêmement bas. A cela s’ajoutent de nombreuses facilités bancaires. Mais ces entreprises sont souvent accusées de ne pas respecter les droits humains et les droits sociaux[1][3].

De façon générale, qu’elles soient asiatiques ou occidentales, les multinationales des TIC saisissent la justice pour contrecarrer la concurrence.  Ainsi, Etisalat a saisi la justice nigériane pour casser le privilège accordé à MTN (une réduction de 30% du tarif d’appel sur et hors réseau, rendant les tarifs de MTN plus avantageux pour les consommateurs). Mais le plus souvent ce sont les acteurs étatiques qui se servent de l’arme juridique pour ramener dans le droit chemin un certain nombre d’opérateurs égarés. En 2011, au Bénin, la Cour constitutionnelle a ainsi mis en demeure Libercom et Glo de se conformer à l’obligation de couverture du territoire.

Se positionnant sur le créneau du prix, Google a lancé un téléphone intelligent à moins de 100 dollars (91 euros) pour les marchés émergents, et la réponse de Microsoft ne s’est pas fait attendre puisqu’il a proposé récemment deux nouveaux appareils vendus autour de 70 euros. Du côté des opérateurs, Zain (Koweit) a mis en place un système qui permet d’effectuer des appels er d’envoyer des messages au tarif local pour communiquer avec un abonné Zain en déplacement.

Alain Kiyindou

 

Renvois

[1][1] Nations unies, Commission économique pour l’Afrique, The African Information Society Initiative (AISI) – A Decade Perspective, Addis Abeba, 2008.

[2][2] Orange, Portugal Télécom, Côte d’ivoire Télécom, Gambia Submarine Cable Company, Expresso Telecom, Orange Cameroun, Sonatel, Cable Consortium of Liberia, STP Cabo, Internatuional mauritania Telecom, Republic of Gabon, Orange Mali, Orange Niger, Republic of Equatorial Guinea, Sierra Leone Cable Company, Guinéenne de Large Bande, Bénin ACE GIE.

[3][3] En novembre 2014, le chinois Huawei a été accusé par l’émission de France 2 « Cash Investigation » de recourir au travail des enfants.

 

 2 – Mon commentaire

L’analyse exhaustive de cet article, disponible sur demande formulée dans l’espace réservé aux commentaires, me conduit aux conclusions résumées suivantes :  

L’article est censé s’inscrire dans la thématique du numéro spécial de Manière de voir : Afrique – Enfer et Eldorado.

Il clôt la première partie de ce numéro, qui en compte quatre, intitulée « Vertiges de la croissance ».

En fait il évoque surtout « l’eldorado » et passe sous silence « l’enfer », et à aucun moment il ne donne le « vertige » au lecteur … sauf pour son chiffre complètement aberrant de la population africaine en 2030, et celui de la longueur cumulée du « réseau de la fibre optique » !

Enfin, commençant par une erreur monumentale il installe d’emblée un doute quant à la fiabilité des données, voire la crédibilité des arguments et références cités l’auteur.  

 

On notera en particulier

-          De nombreuses erreurs dont la plus grossière concerne l’estimation de la population africaine en 2030, mais aussi le marché des télécoms mobiles, la longueur du “réseau de la fibre optique en Afrique et au Moyen-Orient” ; il n’existe aucun “équipementier africain” et M-Pesa n’est pas un opérateur mais un service de transfert financier. Des chiffres contestables et sans indication des sources, des approximations -y compris technologiques- et des truismes.

-          Pas de trame ni de thèmes mais une succession de faits, plus souvent anecdotiques que démonstratifs (exemples : “le secteur des acquisitions“, “l’entreprise Cerco“) et peu corrélés, d’où une grande confusion ; par ailleurs la réalité factuelle de “l’économie numérique”  est en partie mal appréciée (exemple : “4Africa, un téléphone multifonction” obsolète qui n’a eu aucun développement, de même pour “Elikia“)

-          Trop peu de données macro-économiques du secteur des TIC (l’emploi dans le secteur est ignoré), et pour celles qui sont citées, il manque les sources ou elles sont douteuses ; certaines sont obsolètes (exemple : l’AISI citée n’a plus d’existence réelle et son document date de 2008).

-          Des oublis majeurs : la part des acteurs africains (dûment documentée) et étrangers, le rôle dominant des chinois (Eximbank, Huawei, ZTE, etc) et les conséquences sur le marché du « numérique africain ».

-          Aucune des grandes problématiques des réseaux africains –incohérences, absence d’un réseau panafricain, qualité de service médiocre des réseaux (record mondial absolu en la matière), multiplicité mais aussi fragilité des opérateurs – n’est abordée ni même mentionnée. Les conséquences pour les usagers africains, comme les coûts, la mauvaise qualité et la fiabilité imprévisible des services, sont escamotés alors qu’elles sont l’expression même de la dualité « enfer ou eldorado ».

-          La problématique essentielle de “l’économie numérique” est l’accès à l’électricité de par la relation –directe et étroite, voire existentielle- entre l’énergie d’une part et le déploiement, le fonctionnement et le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) d’autre part, ainsi que l’utilisation des services par les institutions, les entreprises et les particuliers. Or en Afrique les deux tiers des populations et la grande majorité des territoires ne disposent pas de cet accès.

-          Aucune allusion à l’inflation de câbles sous-marins (notamment la dizaine le long de la côte Atlantique) par ailleurs largement sous-utilisés, ni aux sur-investissements en termes de réseaux à fibres optiques (FO) terrestres dans un grand nombre de pays (4 réseaux FO au Kenya, 3 en Ouganda, au Nigéria, en Afrique du Sud et au Mali, etc …). On évalue à plus de 6 milliards le montant de ces investissements (CAPEX) en Afrique sub-saharienne, non seulement improductifs mais qui entraînent des coûts d’exploitation (OPEX) exorbitants et … récurrents ! 

- A contrario, ni le rôle des états et des régulateurs pour infléchir ces dérives, ni l’indispensable partage des infrastructures de réseau pour en abaisser les coûts globaux (CAPEX + OPEX) ne sont abordés.

-          La question cruciale de l’emploi (en particulier des jeunes) et l’indispensable formation, conditions sine  qua non, de l’entrée dans « le numérique », auraient  aussi mérité leur place dans un tel article.

On ne peut que déplorer que la tribune, offerte par Manière de voir pour l’évocation -qui plus est par un chercheur universitaire- d’une  thématique et d’une réelle problématique spécifiquement africaines, n’ait pas été à la hauteur de l’ampleur, de l’urgence et de la gravité des enjeux de “l’économie numérique” sur le vaste continent

Nota : Ce commentaire a été envoyé au Courrier des lecteurs du Monde Diplomatique, dont Manière de Voir fait partie, le 29 novembre 2015. Jusqu’à ce jour, 17 août 2016- je n’ai eu aucune réponse.

 

 

 

 

 

 

 

Ghana : L’extrême fragilité du réseau dorsal FO de MTN

 

 

1 – L’Information

 

Source : Agence Ecofin

Ghana: MTN dénonce d’incessantes atteintes à son réseau de fibre optique depuis le début de l’année

Carte trouvée sur flickr
file:///C:/Users/Propri%C3%A9taire/Desktop/Documents/Ghana%20-%20MTN%20Fiber%20Optic%20Network%20_%20Flickr%20-%20Photo%20Sharing!.htm

 

-   lundi, 25 juillet 2016 17:02

(Agence Ecofin) – La direction de l’opérateur de téléphonie mobile, MTN Ghana, dénonce les incessantes atteintes à son réseau de fibre optique dans les régions de l’Ouest et du Centre du pays, depuis le début de l’année. La société télécoms s’est plainte de cet état de choses lors d’une rencontre avec la presse, le 21 juillet 2016, dans la ville de Takoradi. Au cours des échanges durant lesquels MTN Ghana a présenté l’état de ses activités aux journalistes, Teddy Hayford-Acquah, le directeur technique de MTN pour la région de l’Ouest, a expliqué que la compagnie fait face, en moyenne, à trois coupures journalières de son infrastructure à très haut débit.

Les responsables, selon lui,  ce sont les mineurs illégaux et les entreprises de travaux routiers qui endommagent la fibre optique lors de leurs activités et portent ainsi atteinte à la qualité des services voix et data. D’après Teddy Hayford-Acquah, MTN détient un réseau de plus de 700 kilomètres de fibre optique de la localité de Kasoa (Note JLF : à l’Est d’Accra sur la route de Tema) à Elubo (Note JLF : à la frontière avec la Côte d’Ivoire, sur la route N1. En fait cet « arc Sud » comporte un embranchement à Apimanim en direction de Kumasi et de là rejoint la frontière de la Côte d’Ivoire via Sunyani et Barakum. Voir la carte en tête de l’article), auquel sont connectées les stations télécoms des régions de l’Ouest et du Centre. Une atteinte d’une portion de ce vaste réseau a des conséquences importantes pour la compagnie qui dépense des millions de Cédis, à répétition, pour le restaurer. De plus, les effets se font ressentir sur les performances financières de l’entreprise. Le revenu moyen par utilisateur (Arpu) qui était de 3,57 dollars US, au premier trimestre 2015, a chuté à 3,13 dollars US, à la même période, cette année.

Les conséquences sont également fâcheuses pour les populations abonnées chez MTN. Les coupures du câble de fibre optique entravent les communications et empêchent les consommateurs de joindre des membres de leur famille, de poursuivre sereinement leurs activités génératrices de revenus et d’accéder aux numéros d’urgence, en cas de problème.

Pour réduire la survenue des coupures et les voir disparaître, une fois pour toutes sur le long terme, sans avoir à recourir à la justice pour punir ceux qui endommagent le réseau de MTN, Teddy Hayford-Acquah indique que la société avait pourtant entrepris des échanges avec l’Association des constructeurs routiers, la Haute autorité du Ghana, le département des routes urbaines et les médias pour sensibiliser les populations sur les désagréments que provoquent les atteintes au câble de fibre optique sur les performances du réseau télécoms.

Muriel Edjo

Voir aussi sur ce blog, l’article

Ghana : Coûts, causes et conséquences des coupures de câbles FO
posté le 6 septembre 2014

 

2 – Rappels historiques

Avril 2013

Extrait de ma Base de Données « Evolution des Réseaux en Afrique », Volume 2 Domaine Politique et Réglementaire – Fusions et acquisitions

 

Work on Broadband Policy finalized

April 4th, 2013 – GISPA

The Ministry of Communications is finalising work on the broadband policy which will engage industry stakeholders on how to make broadband part of the mandatory universal access by 2015.

The policy framework, when completed, will facilitate the provision of affordable access to broadband offices and businesses by 2015, as well as plans towards a converged infrastructure and services delivery to stimulate supply and demand.

The Minister of Communications, Dr Edward Omane-Boamah, said this in a speech read on his behalf by Mr issali Yahaya, the Director of Policy Planning, Monitoring and Evaluation of the ministry, at the opening of a cable protection workshop organised by MainOne Cable Company, a communication services company in Accra.

It brought together stakeholders in the industry and was designed to educate them on the precautionary measures to take in order not to destroy underground cables.

Still on the policy framework, the minister said it would ensure last mile connectivity to communities and homes by 2020 and promote usage and uptake of broadband via suitable content and application services.

“We are seeking to build a telecommunications industry that is robust, vibrant and efficient, and which will give impetus for greater economic development of the country,” he added.

Dr Omane-Boamah called on stakeholders in the communication sector to intensify their campaign and education of the population against the rampant cable thefts in the country.

Sadly, he observed, that the country experienced on the average 50 cable thefts in a month on the terrestrial fibre as those crimes were perpetrated in an organised manner.

He explained that when breaches of submarine fibre-optic cables occurred they effectively cut the nation out of global communications, and it was in that respect that the cable protection awareness campaign should actively engage the shipping, oil and gas sectors, and fishing communities along the coast.

He called for the continued engagement of cable operators, cable maintenance companies, state agencies and other relevant stakeholders in the industry to identify relevant strategies that would promote the development of the broadband and make it a human right in Ghana. The minister said the arrival of MainOne Cable on the shores of Ghana added 1,280 gbites capacity and sparked off the broadband revolution in the country, making it possible to transmit unlimited amounts of data between Ghana and the internet community as a whole.

He expressed hope that the forum would provide a veritable opportunity to look into the industry with an open mind, understand the challenges ahead and come up with a strategy that would further propel the industry forward on the protection of the infrastructure.

The Country Manager of MainOne Cable Company, Mr Joseph Odoi, in an interview said the company was currently operating in West Africa in an effort to bridge the digital divide between the sub-region and the rest of the world.

Source: http://www.myjoyonline.com

Mon commentaire sur cet article de la GISPA (Ghana Internet Service Providers Association) :

On peut saluer ici l’initiative de l’atelier (« Workshop ») organisé par Main One, mais aussi regretter qu’un tel atelier n’ait pas été le fruit d’une initiative gouvernementale, par exemple sous l’égide du Ministère des Communications ou de l’Aménagement du Territoire. De ce fait son agenda est réducteur quant aux problèmes posés qui concernent l’ensemble des responsables de réseaux d’infrastructure quelle qu’en soit leur nature, et non comme ici, les seuls problèmes soulevés par la sécurisation des artères de câbles à haut débit (« Broadband cables »), c‘est-à-dire à  fibres optiques (FO).
C’est donc Main One qui a imposé son programme en grande partie centré sur l’accès à son système de câble sous-marin (SCSM) qui a un point d’atterrissement au Ghana. Il ne restait donc au Ministre que d’émettre des vœux –dont celui de faire du « large bande » un droit de l’Homme !- et d’exhorter les parties prenantes à œuvrer ensemble. Alors que sa fonction voudrait qu’il s’engage sur du concret comme la création d’un « Comité de coordination » ou une « Commission mixte » qui rassemble l’ensemble des acteurs du domaine des infrastructures générales pour instituer un véritable dialogue permanent et suivre au jour le jour les projets, réalisations et développement de chaque réseau, routier, ferroviaire, électrique, télécom, urbain, etc … afin de sécuriser et protéger les infrastructures vitales pour le pays.

En bref, une réunion de routine plutôt qu’une réunion de propositions concrètes pour une urgente sécurisation des réseaux de télécoms, assurance d’un fonctionnement au mieux des besoins du pays, de son économie et des besoins de ses habitants. Et garantie des ressources des opérateurs de télécoms par l’économie drastique de leurs coûts de réparation et de la diminution significative de leurs pertes d’exploitation.

Le titre de l’article est donc injustifié.

Jean-Louis Fullsack

 

Date : Janvier 2015

Extrait de ma Base de Données « Evolution des réseaux en Afrique » Volume 7-3 Réseaux nationaux fixes et mobiles – Côte d’Ivoire à Guinée Equatoriale  

Ghana : le gouvernement émet une directive pour protéger les câbles de fibre optique

-   jeudi, 08 janvier 2015 13:55

(Agence Ecofin) – Afin de mettre un terme aux coupures de fibre optique qui portent atteinte à la qualité de fourniture des services des opérateurs télécoms et suscitent des dépenses importantes, le gouvernement du Ghana vient d’émettre une directive à laquelle devront se plier les entreprises de Bâtiment et travaux publics (BTP). Signée d’Alhaji Inusah Fuseini, le ministre des Routes et des Autoroutes, cette directive prévoit que les entreprises qui voudront entamer des chantiers de construction routière s’engagent auprès des entreprises télécoms à prendre soin de leurs infrastructures de fibre optique.

Le ministre des Routes et Autoroutes prévoit également, dans la suite de cette directive, établir un Comité technique permanent (STC) qui sera chargé de la gestion de ces incidents sur la fibre optique dans le pays. Le Comité servira d’instance consultative qui guidera et identifiera les câbles de fibre optique avant que les travaux routiers ne démarrent. Ces mesures ont été très appréciées par la Chambre des Télécommunications du Ghana (GCT). Derek Barnabas Laryea, le directeur de la recherche et de la communication a déclaré que la Chambre n’a pas étudié cette directive, mais consulter les sociétés télécoms avant la construction de route en général est « une idée fantastique ».

Le ministre des communications, Edward Omane Boamah a assure les fournisseurs de services télécoms que le gouvernement continuera à faire tout son possible pour sécuriser leurs investissements. D’après la GCT, 1370 cas de coupures de fibre optique ont été recensées l’année dernière.

Mon Commentaire

Un familier des réseaux de télécoms européen moyen tombe de sa chaise en lisant un tel article et surtout la découverte par les autorités nationales de cette « idée fantastique » (sic) de « consulter les sociétés télécoms avant la construction de route en général » ! Qu’ont appris les ingénieurs télécoms ghanéens dans leur formation de base « Lignes » et « Transmission », et surtout dans les cours d’ingénierie des câbles de télécommunications » et –depuis leur avènement en 1990- plus particulièrement des câbles à fibres optiques ?

Il y a longtemps que la qualité de la pose des câbles FO pose un grand nombre de problèmes en Afrique, sans inquiéter outre mesure l’UIT, ni dans sa « Tour » à Genève, ni dans ses Bureaux régionaux (« Le rôle de l’UIT est de diminuer les coûts des communications » assure récemment son représentant en Afrique centrale à l’Agence Ecofin). Lorsqu’elle assurait encore un véritable service d’assistance et de coopération avec ses Etats membres, africains notamment, le Bureau de Développement des Télécommunications (UIT-D) élaborait au sein de groupes autonomes spécialisés (GAS) des manuels de planification et d’ingénierie dans les diverses technologies, dont celle des câbles souterrains et des lignes aériennes, grâce au concours de spécialistes reconnus des pays membres industrialisés mais aussi de pays en développement. L’UIT a mis fin à ces GAS en 1993 car ils étaient incompatibles avec sa politique de déréglementation des télécommunications qu’elle prône depuis lors avec un zèle tout particulier. Ces manuels recommandaient la consultation systématique des acteurs des secteurs d’infrastructures avant la pose et préconisaient les règles à respecter en particulier entre les domaines des câbles, du réseau routier et des réseaux électriques et d’assainissement. Ces règles n’ont rien perdu de leur pertinence et seraient simplement à mettre à jour … par un « GAS 2G ». Mais l’UIT et les bailleurs de fonds –dont la Banque mondiale (BM) et aussi la Banque africaine de développement (BAD)- préfèrent tout simplement confier tout cela au « secteur privé ». On a vu les résultats –souvent catastrophiques- en Afrique ces dernières années, où Huawei se taille non seulement une place prépondérante mais détient aussi le record absolu de malfaçons graves. La plupart des pays africains, lourdement affectés, n’ont cependant aucun recours pour mettre en conformité ces artères FO mal réalisées, faute de cahiers de charges techniquement pertinents et de sanctions prévues dans leurs clauses.

Quel est dans ce cas le rôle de l’UIT et son devoir envers ses Etats membres … qui fournissent les trois quarts de son budget de fonctionnement ? 

 

3 – Mon commentaire

 

On reste effaré devant une telle information, les commentaires des responsables et leurs propositions pour « changer cet état de fait une fois pour toutes ». Et cela dans un pays qui est montré en exemple par les institutions financières internationales (IFI), et par un certain nombre d’analystes qui voient le Ghana comme un pays émergent. Hélas ! pour l’Afrique cette grande fragilité des réseaux FO n’est pas seulement un problème ghanéen mais bien une problématique continentale, en grande partie par la réalisation d’artères structurantes FO sans cahiers de charges contraignantes car adjugées par des contrats de gré à gré et de type « clés en mains », et dans un total mépris des règles d’ingénierie.

Mais revenons à l’article présenté.  

La carte du réseau fixe FO de MTN affichée à son en-tête, montre que Kasoa et Elobo sont distantes de 300 km au maximum alors que la longueur du réseau annoncée est de 700 km ; les 400 km d’artères FO restants sont donc à chercher parmi les artères de diverses couleur (mais non légendées). Quant à l’information de l’Agence Ecofin, elle pose au moins trois problèmes majeurs,  quatre ans après le premier et même constat de carence et d’impuissance comme l’ont rappelé les renvois historiques :

1 – Les caractèristiques fondamentales de l’infrastructure et l’opérabilité du réseau FO de MTN de 700 km.

(a) Comment les câbles FO sont-ils posés sur ce réseau :
- souterrain : posés en pleine terre, tirés en conduites, tirées en conduites renforcées, ou

- aérien : avec porteurs ou autoportés, sur ligne à HT (OPGW) ?
Quelles sont les clauses du cahier des charges (CdC) pour la pose de ces câbles : profondeur, protection, marquage et bornage du parcours.

 Comment les ouvrages de génie-civil (exemple : chambres d’épissurage) sont-ils sécurisés ?

( b) Opérabilité du réseau FO : 

- Organisation opérationnelle de ce réseau : centres de télécoms, exploitation, supervision gestion et maintenance, relève des dérangements et entretien des câbles, moyens et personnels en charge de ces fonctions, budget de fonctionnement alloué ;

- Temps moyen de relève des dérangements (MTTR), contractuel ou non fixé ? On notera l’absence de toute indication sur la durée des dérangements dans l’article d’Ecofin.

- Procédures de contrôle régulier : Qualité de service (QS), itinéraire des câbles, mise à jour de la documentation, création d’un système d’information géographique (SIG) dédié au réseau des télécoms au sein de chacun des opérateurs présents, etc …

2 – Le taux de dérangement annoncé est anormalement élevé : avec jusqu’à trois dérangements/jour  pour un réseau de 700 km ce taux record est catastrophique. Ce qui pose le problème de la conception du réseau FO :

En effet, comme on peut le déduire de la carte du réseau, le réseau de 700 km cité par Ecofin est à priori linéaire ou en étoile à trois branches avec l’artère côtière au Sud et un embranchement sur celle-ci vers le Nord. Donc  sans possibilité de réacheminement du trafic par diversité de routage en cas de dérangement sur l’une quelconque de ses branches.
Le nombre de dérangements illustre jusqu’à l’extrême cette erreur majeure de topologie qui est le problème fondamental de ce réseau. Le seul remède efficace consiste à créer deux  boucles, Est et Ouest, de manière à offrir une diversité de routage aux trois branches du réseau actuel. Or, la carte du réseau MTN montre que la « boucle Est », prévue ou programmée, est même double : l’une fermée par l’itinéraire bleu ciel, l’autre fermée par l’itinéraire mauve. La question est donc : quand ces boucles seront-elles opérationnelles ? Quant à la « boucle Ouest elle pourra être réalisée par une artère allant de la station terminale d’Elubo à la station terminale à la frontière avec la Côte d’Ivoire au Sud-Ouest de Berekum.
Il reste alors la branche Sunyani-Temale, important centre régional qui abrite aussi le MSC du réseau mobile de MTN. Elle pourrait être sécurisée par des fibres louées sur le « Backbone FO du Corridor Est » de 800 km réalisé par Alcatel-Lucent et opérationnel depuis mars 2015.

Ce « bouclage » du réseau MTN ne supprime pas le vandalisme constaté, mais en atténue voire supprime les conséquences –les coupures longues et fréquentes des communications- catastrophiques pour l’opérateur mais aussi pour les usagers.        

3 – La relation opérateur des télécoms- secteur des infrastructures générales (secteur routier en particulier) est aléatoire et nettement insuffisante. Et cela malgré la constitution annoncée (réalisée ?) du Comité technique permanent (STC) décrété –enfin !- en 2015, deux ans après l’atelier de Main One censé avoir résolu le problème (« échanges avec les constructeurs routiers »). Le STC devra être un véritable lieu de discussion, d’échanges et d’aide à la décision dans les secteurs télécoms et infrastructures générales » réunissant des responsables gouvernementaux de chacun des secteurs concernés (secteurs des TIC/Télécoms, des travaux publics, de la voirie nationale et locale, secteur des réseaux urbains, etc …). De même toute ouverture de chantier routier devra être soumise au STC pour son autorisation. L’établissement de cette relation permanente permet des échanges fructueux entre les interlocuteurs qui apportent des éléments d’amélioration et d’optimisation le plus souvent intéressants et peuvent entraîner des économies appréciables au point que l’on peut dire que le STC s’autofinancera.  En outre, le SIG des infrastructures générales, qui est du ressort des instances gouvernementales, devrait  être créé au sein du STC et maintenu au fil de l’eau par lui car il est la matrice spatiale virtuelle de référence dans laquelle s’inscrivent toutes les infrastructures générales du pays –ou, si le SIG est décentralisé, de ses subdivisions administratives- qu’elles soient existantes ou en état de projet. Les réseaux télécoms devront être intégrés systématiquement dans ce SIG dont ils constituent le sous-système sectoriel particulier.

Sur l’ensemble de la problématique soulevée par cet article le concept et la méthodologie des la Synergie inter-réseaux (SIR) apporte des réponses utiles et claires et définit les objectifs prioritaires, tout particulièrement le SIG. Inversement, le respect des clauses de la SIR, notamment l’application stricte de sa méthodologie, concourt de manière déterminante à la solution aux problèmes soulevés. En outre, l’intégration des projets des télécoms dans les projets des infrastructures routières conduit à des économies importantes en investissement grâce aux bénéfices générés par les externalités positives de chaque secteur. 

S’agissant du rôle du STC, son fonctionnement régulier assure la permanence du suivi et de la coordination des projets, des chantiers de réalisation puis des infrastructures mises en place et de leur évolution dans le temps. Il constitue une garantie contre les causes principales des incidents signalés et  des coupures de câble constatées dans le cadre de travaux routiers. Contre l’autre cause, le vandalisme, seules les clauses strictes de pose, de protection et de signalisation du câble le long de son itinéraire peuvent en limiter les risques. En particulier, aucun câble FO du réseau dorsal national –et a fortiori d’interconnexion inter-Etats- ne doit être posé en pleine terre. Ces câbles doivent être tirés en conduites (de préférence trois conduites exclusivement réservées au réseau dorsal ou d’interconnexion), voire en conduites renforcées sur des parcours critiques (sécurité, sous-sol instable, etc), à une profondeur comprise entre 80cm et un mètre. En outre, pour ces mêmes raisons de sécurité, les chambres d’épissures ou de passage des câbles (ouvrages de génie-civil) doivent être verrouillables.

Enfin, les populations concernées par le parcours du câble FO doivent être informées sur la nature du câble (« pas de cuivre à récupérer ») et sur son importance pour leur sécurité et leurs besoins de communication. Le Sénégal donne un excellent exemple en ce sens (cf. article de mon blog « Sénégal : Tambakounda-Moussala – Un projet de câble FO intéressant et à suivre » 10 septembre 2014). 

Le CESIR est à même de présenter aux autorités concernées le concept de la SIR dans le cadre du réseau MTN en particulier ou/et dans le cadre plus général de l’ensemble des infrastructures de réseau, ainsi que sa méthodologie d’application qui est la réponse la plus appropriée aux trois problématiques soulevées ci-dessus et aux détériorations des artères du réseau des télécoms de MTN relatées par l’Agence Ecofin.

 

A Strasbourg, le 26 juillet 2016

Jean-Louis Fullsack, président du CESIR (www.cesir.net

 

Marche turque

1. L’information

Source : Agence Ecofin
Date : 13 février 2015

La Turquie propose son expertise télécom au Congo pour le projet Central African Backbone

(Agence Ecofin) – Le 12 février 2015, Thierry Moungalla (photo), le ministre congolais des Postes et télécommunications a reçu en audience Can Incesu, l’ambassadeur turc au Congo. Lors de leur entretien, les deux hommes ont échangé sur le développement du secteur congolais des télécommunications. Can Incescu a proposé au ministre des télécoms l’expertise de la Turquie dans le projet Central African Backbone (CAB) qu’entreprend le Congo pour être interconnecté par fibre optique aux autres pays d’Afrique centrale.

L’ambassadeur de Turquie a indiqué que les entreprises turques qui pourraient être retenues dans le cadre de ce partenariat technologique, apporteraient au Congo leur savoir-faire pour le maillage du territoire national avec la fibre optique. Leurs connaissances dans la mise en place et la maintenance des systèmes de communication les rendraient plus performants.

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Au-delà des télécoms, la Turquie, qui se vante également de son avancée dans le domaine de l’électronique, propose également de partager son savoir dans ce domaine avec le Congo. Thierry Lézin Moungalla et Can Incescu ont longuement évalué les possibilités de la coopération technologique entre leurs pays. L’ambassadeur turc se propose aussi d’être facilitateur du rapprochement entre les entreprises congolaises et turques, qui fixeront les domaines de coopération après prospection.

2 – Commentaire du CESIR

On est pantois de noter les connaissances en termes de réseaux FO de l’ambassadeur de Turquie ! De même que l’ont peut s’interroger sur la haute compétence (« expertise ») de la Turquie dans ce domaine qui n’est pas connue au plan international.

Une fois de plus on peut surtout déplorer l’absence de l’UIT dans le déploiement du réseau –le CAB- alors qu’elle avait coopéré avec la Banque mondiale pour l’étude et la conception de ce réseau sous-régional par ailleurs plus que discutable comme le CESIR l’a montré et démontré à la Banque mondiale, à la BAD et à l’UIT.

Rappelons que la topologie linéaire du CAB est incompatible avec une architecture d’auto-sécurisation et d’auto-rétablissement, et l’étude n’a proposé aucune organisation opérationnelle et fonctionnelle pour l’exploitation, la maintenance et le développement de ce réseau sous-régional d’interconnexion. Aussi, le CESIR a-t-il présenté il y a trois ou quatre ans à ses interlocuteurs –y compris le Ministre des Télécommunications du Congo- les propositions de topologie et d’architecture de réseau pour un CAB complètement révisé (CAB 2.0). En outre il a élaboré la trame de l’organisation opérationnelle (centre d’exploitation et d’intervention) et fonctionnelle (structure de gestion et de développement). Enfin, conformément à son concept de la synergie inter-réseaux (SIR) présenté aux interlocuteurs cités, le CESIR a demandé l’intégration des artères du réseau d’interconnexion de télécommunications dans le cadre du programme de développement des infrastructures générales (routières, ferroviaires, électriques, énergétiques, …) de la sous-région Afrique centrale mis en place par l’Union Africaine. L’application de la méthodologie de la SIR permet, en effet, d’abaisser les coûts d’investissement et de fonctionnement du réseau de télécommunications et de favoriser la fertilisation croisée entre ce réseau et les autres réseaux d’infrastructures et de services, et constitue de ce fait l’élément moteur de l’intégration régionale, priorité absolue de l’UA.

Cependant, toutes ces propositions sont restées sans effet.

Plus récemment, le CESIR a proposé une structure et un programme de formation pour les personnels des opérateurs impliqués dans le déploiement puis dans l’exploitation-maintenance et le développement (extension spatiale, montée en débits, coordination entre stations d’atterrissement des câbles sous-marins, …) dont le siège pourrait être à Brazzaville.

Mais l’UIT a-t-elle au moins été sollicitée par le Congo ou par le Ministre du Congo ? On aimerait bien entendre ou lire la réponse à cette question. Car, comme dans d’autres pays africains, on assiste de plus en plus à des accords bilatéraux » sous la forme de « partenariats » qui se scellent dans la totale opacité et qui permettent toutes les manipulations et malversations (détournements, corruption) au détriment de l’intérêt général.

Le CESIR a une réponse argumentée et développée quant aux caractéristiques du CAB 2.0 ; il est prêt à la rappeler aux interlocuteurs qui voudront bien en (re)prendre connaissance dans les meilleurs délais.

A Strasbourg, le 8 juin 2015
Jean-Louis Fulllsack
jlfullsack@orange.fr
Président du CESIR
www.cesir.net