Zambie : Contrat clé en main à défaut d’expertise ?

Zamtel and NEC agree on microwave backbone and access project to boost mobile coverage and capacity across Zambia (src: Balancing Act Issue no 723, 12 septembre 2014)

The investment will lead to the realization of a state-of-the-art national IP microwave backbone and access network
Zamtel and NEC Corporation, global leader in the integration of IT and network technologies, have agreed to build a new digital microwave radio transmission network to boost mobile coverage and capacity for citizens, enterprises and tourists across Zambia.

The turnkey deal, which includes the supply, delivery, installation, testing and commissioning of NEC’s microwave transmission network equipment, is expected to be completed within 12 months and will cost 18,329,326 US dollars. NEC will upgrade Zamtel’s existing backbone and access systems and commission new links to connect its macro base stations and core network wirelessly.
This investment in Zamtel transmission infrastructure aims to upgrade and modernize the company’s digital microwave transmission backbone network in order to meet current and foreseeable future growth in mobile data demand, while supporting the company’s LTE rollout plan
“This partnership will see NEC design, manufacture, supply, deliver, install, test, migrate and commission a native Ethernet microwave backbone and access radios specifically tailored to Zamtel’s requirements,” said the company’s Chief Executive Officer, Dr Mupanga Mwanakatwe.
Dr Mwanakatwe said the new digital microwave backbone and access project will include the installation of 2Gbps, 600Mbps, 300Mbps and 150Mbps backbone and access networks based on native Ethernet microwave radio network technologies, adding that on completion, the investment will lead to the realization of a state-of-the-art national IP microwave backbone and access network.

Dr Nobuhiro Endo, President at NEC Corporation commented, “By boosting the coverage and capacity of its wireless backhaul network, Zamtel will be able to meet the ever rising demand for mobile broadband services from local citizens, enterprises and tourists across the country. NEC’s highly reliable and cost-effective solution will enable Zamtel to support continued economic growth and underpin emerging services, such as mobile money and high definition mobile TV, in both rural and urban locations.”

Source: APO (African Press Organization) on behalf of NEC Corporation 10 September 2014
Mon commentaire :

Une fois de plus on déplore un contrat clé en mains pour un projet d’une telle importance. NEC est certes une société fiable, mais la Zamtel n’a pas une expertise suffisante pour maîtriser les aléas de la réalisation de ce vaste réseau en faisceau hertzien (FH). Dommage que l’on ne connaisse pas l’ampleur des liaisons à mettre en œuvre (par exemple la longueur totale du réseau de transport (« backbone ») et le nombre des liaisons d’accès à créer.

Le montant du contrat –précisé au dollar près !- est-il garanti et non modifiable ? On sera très curieux de connaître le coût réel de ce grand projet …quand il sera réceptionné définitivement et que toutes les réserves émises pendant la procédure de réception auront été levées. Aurons-nous alors droit à le connaître ?

Je m’étonne toutefois que l’on n’ait pas envisagé un réseau dorsal mixte, FO et FH, car sur certaines artères une liaison à fibres optiques (FO) peut constituer une solution plus adaptée à cause de ses avantages inhérents : débit, fiabilité, évolution et coûts opérationnels notamment. La partie FO de ce projet aurait pu compléter intelligemment le réseau FO déjà en place (Zamtel et Liquid Telecom). On a donc préféré adopter (en fait, acheter) une solution purement FH NEC, plutôt qu’élaborer un document de projet mixte, FO et FH « en interne » à Zamtel, plus conforme à l’intérêt national. Un renoncement révélateur quant à la compétence réelle de Zamtel, alors que l’opérateur national exploite et entretient depuis près de vingt ans son réseau hertzien ? Cherchez l’erreur …

On notera pour mémoire que pour le montant du contrat « tout FH » annoncé, soit 18 millions de dollars, on aurait pu réaliser environ 1 200 km d’artères à fibres optiques. Une option mixte, FO plus FH, aurait nécessité 3 à 5 millions supplémentaires en investissement (« Capex »), mais une partie de ce supplément aurait été « récupéré » en cinq à huit ans sur les coûts d’exploitation (« Opex », notoirement plus faibles en FO qu’en FH).

On voit à la lumière de cet exemple, ce que coûte à l’Afrique son manque d’expertise, mais aussi la faiblesse de sa gouvernance, dans la définition d’une stratégie de développement qui prenne vraiment en compte ses intérêts et ses besoins à moyen et long termes. Or, l’expertise cela s’acquiert par une formation adaptée, complétée et enrichie par l’expérience sur le terrain. Combien de temps faudra-t-il le répéter aux responsables africains et aux institutions internationales qui prétendent les soutenir –UIT comprise- que la formation, initiale et continue, est la priorité des priorités ! Cette formation ne relève pas d’une quelconque « académie Cisco » ou similaire, mais des établissements d’enseignement supérieur technique africains (dont l’ESMT de Dakar et l’AFRALTI de Nairobi, pour ne citer que les principaux) qu’il importe donc de soutenir davantage et de faire vivre ! Où sont passées les bourses de l’UIT qui permettaient dans les années de la Coopération technique (et jusqu’à 1990) à des centaines de techniciens et ingénieurs africains d’apprendre leur métier et de l’exercer avec compétence et –pourquoi pas ?- avec passion.