Congo : Navigation à vue dans le réseau FO

En 2017, Les activités autour du CAB porteront sur l’activation de la fibre optique.

1 – L’information
Source : Agence Ecofin

Congo: En 2017, les activités autour du CAB porteront sur l’activation de la fibre optique, la création d’un incubateur et d’un fonds d’investissement TIC

-   vendredi, 16 décembre 2016 13:22

(Agence Ecofin) – Le 15 décembre 2016, s’est tenu le comité de pilotage du projet central Africa Backbone, composante Congo. Au cours de cette réunion, le coordonnateur du projet, Yvon Didier Miehakanda, a présenté les principales activités qui marqueront l’année 2017.

La première activité portera sur l’activation du réseau de fibre optique de près de 520 km, déployé depuis l’année dernière de Pointe-Noire jusqu’à la ville de Binda, à la frontière avec le Gabon. Cette activation se fera par l’installation des équipements techniques nécessaires à cet effet. Le Congo utilisera une partie des fonds additionnels, accordés par la Banque Mondiale, pour financer l’acquisition de ces équipements techniques.

Les autres activités autour du CAB en 2017, financées par l’autre partie du fonds additionnel de la Banque Mondiale, porteront sur la construction d’un incubateur TIC pour encadrer et faire germer les idées novatrices, en rapport avec le numérique, et la mise sur pied d’un fonds d’investissement TIC pour accompagner financièrement les porteurs de projets tech et entrepreneurs numériques. L’objectif final de ces deux activités est d’accroître la contribution de l’économie numérique dans le PIB national.

Jusqu’en 2019, date d’achèvement du projet CAB au Congo, il est prévu comme avec le Gabon, le déploiement de la fibre optique vers les frontières des autres pays voisins que sont la République démocratique du Congo, la Centrafrique et le Cameroun. Il est également prévu la construction d’un data center national et d’une technopole. Le coût estimatif de ces chantiers est de 66,54 millions d’euros (43,3 milliards Fcfa), cofinancés à hauteur de 80% par la Banque Africaine de Développement et de 20% par le gouvernement congolais.

Muriel Edjo

 

2 -  Mon commentaire

Cette info est affligeante pour le Congo, et à sa lecture on pourrait se demander si ce constat relève de la légèreté de la rédactrice ou de l’incompétence des responsables nationaux, tant elle dépasse l’entendement.

Ainsi l’infrastructure à fibres optiques, représentant un investissement de plusieurs millions d’euros sera restée inerte plus d’un an … avant que l’on découvre qu’il faut encore les équipements techniques nécessaires pour « son activation » ! Ce qui rallongera le délai de celle-ci d’au moins une année supplémentaire, à condition que les mesures de réception de l’ouvrage et les essais de fonctionnement se soient montrés conformes aux exigences techniques, et concluants quant aux fonctionnalités prévues.

On attendra donc, dans la meilleure hypothèse, trois ans après le commencement des travaux (voir Note 1), pour voir cette artère vitale pour le Congo qu’est la liaison Brazzaville-Pointe Noire enfin disponible pour acheminer les neuf dixièmes du trafic national !  Ce record absolu de lenteur (et d’incurie) a aussi un prix : plusieurs centaines de milliers d’euros de pertes d’exploitation par an, sans compter une capacité d’accès à l’international via le câble sous-marin ACE limitée en termes de débit, donc un autre manque à gagner pour les opérateurs congolais ! 

Une autre info décontenance le lecteur : parmi d’autres pays voisins du Congo il faut « déployer de la fibre optique » vers la RD Congo, soit environ 6 km de câble sous –ou par-dessus- le fleuve Congo ! Or ce lecteur, croit avoir vu un communiqué il y a un bout de temps annonçant triomphalement que les chinois, ont posé un câble sous-fluvial à fibres optiques entre les deux capitales les plus proches du monde ! Oubli de journaliste … ou les responsables congolais ne se souviendraient-ils pas des célébrations somptueuses à la fin des travaux ? Seule une réponse claire du Ministère des TIC du Congo pourrait nous rassurer quant à l’existence et à son bon fonctionnement de cette interconnexion … et nous dire quel débit de trafic réel elle achemine entre les deux Congos. Notons au passage que cette opération ne rentre pas dans le cadre du Central African Backbone (CAB) qui a été splendidement ignoré par les deux pays … à la grande satisfaction de Huawei qui s’est vu attribuer le marché en gré à gré, c’est-à-dire à ses seules conditions. On peut se demander à juste titre si le vaisseau CAB a jamais eu un capitaine …

On serait peut-être heureux d’apprendre que « les autre activités (…) financées par (…) la Banque mondiale porteront sur la construction (sic) d’un incubateur TIC », si on savait que ce nouveau réseau FO du Congo était au préalable doté d’une organisation territoriale de l’exploitation-maintenance-gestion, aussi bien sur le plan opérationnel que fonctionnel et disposait de moyens humains (compétence comprise) et logistiques assurant à ce réseau son fonctionnement et sa qualité de service inhérente à un réseau très haut débit 24heures par jour, 7jours sur 7et 365 jours par an (« 7/24/365 »). Or, la viabilité et la fiabilité d’un tel réseau est conditionnée par une organisation fonctionnelle et opérationnelle appropriée, dotée de moyens cités plus haut et disposant d’un budget annuel en, conséquence. Sur ce point capital on est, pour l’instant, dans le flou absolu.

Et cela –pas plus que les autres problèmes soulevés- ne relève d’aucune manière de « la légèreté de la rédactrice », comme j’ai pu le supposer à prime abord. Je lui sais gré de ne pas m’en vouloir, et je continuerai d’apprécier ses contributions à la vaste problématique de l’évolution des réseaux de télécoms/TIC en Afrique.

Notons pour conclure que le projet-cadre du réseau d’interconnexion des pays d’Afrique Centrale ou Central African Backbone plus connu sous son acronyme CAB va bientôt fêter ses dix ans. Outre qu’il constitue un autre record de lenteur, il repose sur un concept et une topologie incompatibles avec la nature, les fonctions et les exigences d’un véritable réseau sous-régional comme l’a documenté et argumenté une analyse approfondie du CESIR. Cette analyse et les propositions constructives pour modifier sa topologie afin de lui permettre de supporter des architectures de réseau auto-sécurisantes, telles celle dite « Réseau 3R » conçue par CESIR, avaient été présentées par ses représentants aux institutions financières et politiques concernées (BM, BAD, UIT, Commission européenne, Parlement Européen et Banque européenne d’investissement) il y a six ans. A ce jour aucune modification n’a été apportée au CAB. Les conséquences de cette politique de l’autruche seront désastreuses. Mais d’ici leur mise en évidence, les auteur(e)s et les responsables de ce désastre auront été promu(e)s … à d’autres (hautes) fonctions !  

Note 1 : voir La fibre optique congolaise en service en 2013 – romain | Le 02 octobre 2012

http://www.lafibreoptique.com/a-l-etranger/02102012,la-fibre-optique-congolaise-en-service-en-2013,341.html

 

Strasbourg, le 18 décembre 2016

Jean-Louis Fullsack

Concepteur du Réseau Hertzien du Sud-Ouest du Congo (1978-80) et Chef du Projet d’amélioration de la maintenance (PAM Congo, 1983-84) sous l’égide de l’UIT

Officier du Mérite national de la République du Congo   

 

Marche turque

1. L’information

Source : Agence Ecofin
Date : 13 février 2015

La Turquie propose son expertise télécom au Congo pour le projet Central African Backbone

(Agence Ecofin) – Le 12 février 2015, Thierry Moungalla (photo), le ministre congolais des Postes et télécommunications a reçu en audience Can Incesu, l’ambassadeur turc au Congo. Lors de leur entretien, les deux hommes ont échangé sur le développement du secteur congolais des télécommunications. Can Incescu a proposé au ministre des télécoms l’expertise de la Turquie dans le projet Central African Backbone (CAB) qu’entreprend le Congo pour être interconnecté par fibre optique aux autres pays d’Afrique centrale.

L’ambassadeur de Turquie a indiqué que les entreprises turques qui pourraient être retenues dans le cadre de ce partenariat technologique, apporteraient au Congo leur savoir-faire pour le maillage du territoire national avec la fibre optique. Leurs connaissances dans la mise en place et la maintenance des systèmes de communication les rendraient plus performants.

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Au-delà des télécoms, la Turquie, qui se vante également de son avancée dans le domaine de l’électronique, propose également de partager son savoir dans ce domaine avec le Congo. Thierry Lézin Moungalla et Can Incescu ont longuement évalué les possibilités de la coopération technologique entre leurs pays. L’ambassadeur turc se propose aussi d’être facilitateur du rapprochement entre les entreprises congolaises et turques, qui fixeront les domaines de coopération après prospection.

2 – Commentaire du CESIR

On est pantois de noter les connaissances en termes de réseaux FO de l’ambassadeur de Turquie ! De même que l’ont peut s’interroger sur la haute compétence (« expertise ») de la Turquie dans ce domaine qui n’est pas connue au plan international.

Une fois de plus on peut surtout déplorer l’absence de l’UIT dans le déploiement du réseau –le CAB- alors qu’elle avait coopéré avec la Banque mondiale pour l’étude et la conception de ce réseau sous-régional par ailleurs plus que discutable comme le CESIR l’a montré et démontré à la Banque mondiale, à la BAD et à l’UIT.

Rappelons que la topologie linéaire du CAB est incompatible avec une architecture d’auto-sécurisation et d’auto-rétablissement, et l’étude n’a proposé aucune organisation opérationnelle et fonctionnelle pour l’exploitation, la maintenance et le développement de ce réseau sous-régional d’interconnexion. Aussi, le CESIR a-t-il présenté il y a trois ou quatre ans à ses interlocuteurs –y compris le Ministre des Télécommunications du Congo- les propositions de topologie et d’architecture de réseau pour un CAB complètement révisé (CAB 2.0). En outre il a élaboré la trame de l’organisation opérationnelle (centre d’exploitation et d’intervention) et fonctionnelle (structure de gestion et de développement). Enfin, conformément à son concept de la synergie inter-réseaux (SIR) présenté aux interlocuteurs cités, le CESIR a demandé l’intégration des artères du réseau d’interconnexion de télécommunications dans le cadre du programme de développement des infrastructures générales (routières, ferroviaires, électriques, énergétiques, …) de la sous-région Afrique centrale mis en place par l’Union Africaine. L’application de la méthodologie de la SIR permet, en effet, d’abaisser les coûts d’investissement et de fonctionnement du réseau de télécommunications et de favoriser la fertilisation croisée entre ce réseau et les autres réseaux d’infrastructures et de services, et constitue de ce fait l’élément moteur de l’intégration régionale, priorité absolue de l’UA.

Cependant, toutes ces propositions sont restées sans effet.

Plus récemment, le CESIR a proposé une structure et un programme de formation pour les personnels des opérateurs impliqués dans le déploiement puis dans l’exploitation-maintenance et le développement (extension spatiale, montée en débits, coordination entre stations d’atterrissement des câbles sous-marins, …) dont le siège pourrait être à Brazzaville.

Mais l’UIT a-t-elle au moins été sollicitée par le Congo ou par le Ministre du Congo ? On aimerait bien entendre ou lire la réponse à cette question. Car, comme dans d’autres pays africains, on assiste de plus en plus à des accords bilatéraux » sous la forme de « partenariats » qui se scellent dans la totale opacité et qui permettent toutes les manipulations et malversations (détournements, corruption) au détriment de l’intérêt général.

Le CESIR a une réponse argumentée et développée quant aux caractéristiques du CAB 2.0 ; il est prêt à la rappeler aux interlocuteurs qui voudront bien en (re)prendre connaissance dans les meilleurs délais.

A Strasbourg, le 8 juin 2015
Jean-Louis Fulllsack
jlfullsack@orange.fr
Président du CESIR
www.cesir.net

 

Cameroun : WACS ou haut débit et longue attente

L’information :

L’Etat camerounais rétrocède le câble sous-marin Wacs à l’opérateur public Camtel (src: Agence Ecofin 8 septembre 2014)

- lundi, 08 septembre 2014

(Agence Ecofin) – L’opérateur public des télécommunications au Cameroun, Camtel, a officiellement pris possession du point d’atterrissement du câble sous-marin à fibre optique WACS, construit par MTN et rétrocédé à l’Etat du Cameroun. C’était au cours d’une cérémonie présidée le 4 septembre 2014 à Batoké, près de Limbe, dans la région du Sud-Ouest, par le ministre des Postes et Télécommunications, Jean Pierre Biyiti bi Essam.

A travers la rétrocession de cette infrastructure, synonyme de son entrée en service imminente, le ministre des Postes et Télécoms a déclaré qu’il escompte non seulement une amélioration des services internet et de téléphonie, mais aussi une réduction de leurs coûts, de même que la dynamisation des activités telles que le commerce électronique, la télémédecine et le e-learning.

Le WACS est le second câble sous-marin à fibre optique que gère Camtel, après le SAT 3. Il est long de 14 500 km, et doté d’une capacité de 5,2 Tbps, pour une longueur d’onde de 40 gbps. Le point d’atterrissement de cette infrastructure est évalué, selon l’audit financier mené par le cabinet Axxis, à plus de 2 milliards de francs Cfa.

 

Dans la suite de cette rubrique mes commentaires et les annotations du CESIR sont en italique

Mon commentaire :

Ainsi le Cameroun bat un (autre) record : celui de la station la plus dormante !
En effet, en date du 18 janvier 2012 on peut lire l’information suivante sur le site Afriquinfos

« Le Cameroun, point d’atterrissement de trois câbles sous-marin »

Déjà terminé à Limbe, ville balnéaire du Sud-Ouest du pays, le câble WACS (West African Câble System) n’attend que la signature du protocole d’entente avec l’opérateur de téléphonie mobile sud- africain Mtn, promoteur du projet, pour sa mise en service. (…) »
(Voir cet article et mon commentaire plus haut à sa place chronologique dans cette rubrique)

Le câble sous-marin est donc bien à l’abri dans sa station camerounaise à 3 M€, coulant des jours heureux depuis au moins 2 ans et 9 mois, sans acheminer le moindre bit !
C’est en même temps un exploit économico-comptable, car un investissement de cette importance –auquel il faut ajouter le montant des artères terrestres de câble à fibres optiques pour intégrer la station d’atterrissement de Limbé dans le réseau dorsal national- qui est improductif pendant une telle durée a un sérieux coût financier !
Qu’en pensent les militants des ONG camerounaises, et les citoyens, d’une telle gabegie ?
Au fait, le Bureau sous-régional de l’UIT n’est pas loin du Ministère camerounais ; comment a-t-il réagi à cette situation ?

Un rappel historique :

Indispensable si on neut savoir comment on en est arrivé là

… il y a fort longtemps, et avant WACS :

L’information :

Source :Balancing Act News Update, Issue n° 508, June 12th, 2010 :

France Telecom, Alcatel-Lucent ink agreement for new 17,000km ACE submarine cable

Africa is set to receive a significant broadband boost with the news that France Telecom (FT) has signed the construction agreement with Alcatel-Lucent for the new Africa Coast to Europe (ACE) submarine cable. In a press release, the vendor said its share of the 17,000km fibre-optic link is worth USD500 million and will connect the majority of West African countries to the global broadband network. For its part, FT said the group and its subsidiaries will invest around USD250 million in the cable’s construction, bringing the consortium’s total investment to more than USD700 million. The ACE consortium is a newly formed group of 20 telecom operators, headed by the French behemoth. The new link is expected to be operational in the first half of 2012 and will connect 23 countries, either directly or indirectly (i.e. for landlocked countries), spanning from South Africa to France.

The ACE cable relies on wavelength division multiplexing (WDM), currently the most advanced technology for submarine cables. With WDM, cable capacity can be increased without additional submarine work. With an overall potential capacity of 5.12Tbps, the system is designed to migrate to the new 40Gbps technology that will support future migration to ultra-high speed broadband networks.

Alongside FT the other consortium members are: Baharicom Development Company, Benin Telecoms, Cote d’Ivoire Telecom, Companhia Santomense de Telecomunicacoes, Expresso Telecom Group, Gamtel, International Mauritania Telecom, Cable Consortium of Liberia, Office Congolais des Postes et Telecommunications, Orange Cameroon, Orange Guinea, Orange Mali, Orange Niger, Portugal Telecom, the Gabonese Republic, the Republic of Equatorial Guinea, Sierra Leone Cable, Sonatel and Sotelgui.

Observations et propositions du CESIR :

Ce projet implique des opérateurs connus et reconnus, sauf deux.
- Expresso, dont on ne sait rien. Le 14 juin son site est encore en construction et ne comporte qu’une carte d’Afrique désespérément blanche … mais qui affiche « oser rêver » (« Dare to Dream ») (voir nota à la fin) ;
- Cable Consortium of Liberia et Sierra Leone Cable, dont on ne trouve pas la moindre adresse ni site sur Internet.

Sur la plan technologique on note une topologie classique que l’on trouve déjà sur SAT-3 et les câbles sous-marins qui l’ont suivi : le type linéaire et dérivations (« drop & continue »). Mais on note aussi deux innovations :
- c’est le câble sous-marin qui dessert un nombre record de pays (23), et
- c’est le câble sous-marin à la plus forte capacité potentielle … annoncée : la trame 40 Gbit/s (STM-256 ou OTN 3) par longueur d’onde.

Cela signifie-t-il que des longueurs d’onde -bien espacées- seront mises en œuvre dès le départ avec le débit annoncé ? Ou que le système transportera au départ la trame à 10 Gbit/s sur un certain nombre de longueurs d’onde, étant entendu que l’on migrera vers le 40 Gbit/s sur celles d’entre elles qui en présentent le besoin ?

Sur le plan de la topologie du câble ACE on note qu’il comporte deux caractéristiques intéressantes.

  • Une pénétrante pour desservir le Mali et le Niger (Question : quid du Burkina Faso que le site officiel d’Orange a simplement gommé de la carte !).
  • Une dérivation vers Sao Tome et Principe, ce qui désenclave cet archipel et permet son intégration dans la sous-région de la CEEAC.

Sur le plan « réseau » on se réjouira que les concepteurs ont pensé à la sécurisation mutuelle –bien que partielle- entre les câbles sous-marins SAT-3 et ACE, pour la bonne raison que France Télécom est partie prenante (importante) des deux systèmes.

Cependant il reste une question importante qui concerne le site d’atterrissement au Cameroun. Il est prévu à Kribi, où aucune station n’existe, et on devra donc la construire (un investissement et des coûts d’exploitation très lourds), alors qu’il existe une station d’atterrissement de SAT-3 à Douala, en exploitation et intégrée dans le réseau national.

Il faut donc s’interroger sur les raisons qui ont conduit à réaliser une deuxième station d’atterrissement au Cameroun, et plus précisément à Kribi. Est-ce parce que le projet CAB a été pris en compte comme « définitivement acté », avec son artère Doba-Kribi pourtant plus que discutable (voir nos analyses antérieures)? Notons en outre que Doba, n’est pas un nœud de réseau avéré ou rationnellement justifiable, alors que Kribi est en cours de réflexion quant à ses fonctions futures : port en eau profonde, site hypothétique de technopôle.
Cependant, le câble FO Doba-Kribi est notoirement en sous-capacité (12 fibres) pour être un segment structurant du réseau d’accès à l’international, voire tout simplement du CAB. Enfin, le projet CAB dans sa version actuelle n’est pas intégré dans le réseau national de la Camtel en cours de réalisation (3 200 km, par Huawei, 5 000 km en cible).

Dans ces conditions Kribi ne serait « justifiable » que si les hypothèses quant à son développement mentionnées plus haut étaient vérifiées, et –surtout- si l’on considérait que l’accès international du Cameroun doit reposer sur deux sites d’atterrissement pour des raisons de sécurisation du trafic. On peut alors s’interroger pourquoi les « hubs » sous-régionaux au Sénégal et en Côte d’Ivoire continuent-ils à reposer sur un seul site ?

Pour intéressant que semble être a priori le choix de Kribi comme site sécurisant Douala, avec implicitement ACE sécurisant SAT-3 et réciproquement, ce schéma alourdirait nécessairement l’architecture et l’exploitation du réseau actuel, tant sur son interface internationale que sur ses interfaces nationale et sous-régionale.

Le CESIR propose en conséquence que le projet ACE réexamine le problème d’atterrissement au Cameroun, en prenant en compte nos remarques, et n’arrête sa position définitive qu’une fois le projet CAB revu, corrigé, finalisé … et acté par les Etats de la CEEAC. Il est donc urgent de reconsidérer l’accès de la CEEAC –et non du seul Cameroun- à l’international via les câbles sous-marins, par exemple en proposant deux options :
- Un site d’atterrissement unique au Cameroun. Dans ce cas ce sera le centre existant de Douala, sachant que Libreville (Gabon) peut valablement sécuriser à la fois le site de Douala et le câble ACE par SAT-3, et cela sans nécessiter ni station supplémentaire ni alourdissement de l’architecture et de l’exploitation.
- Deux sites d’atterrissement distincts, Douala et Kribi ; ce dernier devra être construit, et intégré dans le réseau national de Camtel et sous-régional (CAB).
L’exploitation et en particulier la sécurisation mutuelle des communications internationales extérieures à la sous-région devront être en phase avec l’option retenue.
Le CESIR est disposé à collaborer à ces études qui devront être entreprises très rapidement.

Enfin, il reste encore une grande inconnue : Qui gèrera et exploitera les stations d’atterrissement du projet ACE ? France Télécom au titre d’Orange, ou les opérateurs nationaux respectifs, membres du consortium, et/ou les opérateurs historiques nationaux concernés ?

Jean-Louis Fullsack
Président du CESIR
NOTA : Cette proposition a été envoyée à la présidence du Cameroun et à la CEEAC au nom du CESIR ; aucune réponse n’a été reçue.
Source : http://www.afriquinfos.com/articles/2012/1/18/afrique-centrale-194867.asp :

Le Cameroun, point d’atterrissement de trois câbles sous-marins

YAOUNDE (Xinhua) – Après le câble SAT3, qui arrive bientôt à saturation, le Cameroun s’apprête à servir de point d’atterrissement de deux nouveaux autres câbles sous-marins de télécommunications sur sa façade atlantique, annonce le ministère des Postes et des Télécommunications.

Mercredi 18 janvier 2012 | © Afriquinfos
Déjà terminé à Limbe, ville balnéaire du Sud-Ouest du pays, le câble WACS (West African Câble System) n’attend que la signature du protocole d’entente avec l’opérateur de téléphonie mobile sud- africain Mtn, promoteur du projet, pour sa mise en service. S’agissant du câble ACE emmené par le français Orange, les négociations sont très avancées pour sa mise en place à Kribi, autre ville balnéaire camerounaise mais au Sud, a expliqué le secrétaire général du ministère des Postes et Télécommunications, Edouard Ebah Abada, lors de la présentation des voeux au ministre Jean-Pierre Biyiti bi Essam mardi à Yaoundé.

“La pose des points d’atterrissement, outre qu’elle permet la diversification des offres, mais en plus d’ augmenter la capacité d’accès de notre pays aux autoroutes mondiales de l’information, rend disponible beaucoup de capacités, avec tout ce que cela comporte d’impact en terme de baisse des communications”, a dit le responsable camerounais. En marge de sa politique de développement des infrastructures, le ministère des Postes et Télécommunications annonce en outre la mise en place de “près de 6.000 kilomètres de câbles de fibre optique, couvrant les dix chefs-lieux de régions, une quarantaine (sur 58, ndlr) de chefs-lieux de départements et plusieurs chefs- lieux d’arrondissements”.

 

Mon commentaire :

Un exploit à l’actif du Cameroun : trois câbles sous-marins et une station d’atterrissement pour chacun d’eux. Au tarif d’une telle station, qui est de plus de 3 M€, cette « diversification » est vraiment exagérée et ne correspond à aucun principe de sécurisation … ni d’économie !
Pour les responsables politiques c’est cependant un avantage : il y aura trois « inaugurations officielles », sans compter les inaugurations para- ou pseudo-officielles et les missions ministérielles, elles aussi multipliées par trois.
Et dire qu’il se trouve encore des personnes « bien informées » qui s’interrogent sur la cherté des communications en Afrique … et un ministre qui ose proclamer « l’impact en terme de baisse des communications » de cette réalisation !
Source : Balancing Act :

Cameroon inks MoU with Main One

21 Aug 2012

Cameroon’s Minister of Posts and Telecommunications Jean-Pierre Biyiti bi Essam has signed a memorandum of understanding (MoU) with Funke Opeke, CEO of Main One Cable Company, to establish a landing station for the submarine cable system in the country, according to Investir Au Cameroun. Nigerian-owned Main One Cable Company was wincorporated in November 2006 with the aim of installing a new fibre-optic cable system linking West Africa to Europe to increase capacity and lower costs for international and intra-Africa communications. As well as the landing stations in Nigeria (Lagos), Ghana (Accra) and Portugal (Seixal), the system has branching units in Morocco, Canary Islands, Senegal and Cote d’Ivoire, while the second phase of the project will see the system extended to South Africa. The 7,000km cable went live on 1 July 2010 with a design capacity of 1.92Tbps. Cameroon has been connected to the SAT3 submarine cable since 1999 and in June 2012 the government signed an MoU with South Africa’s MTN to use the West African Cable System (WACS), which went live in May this year.

 

Mon commentaire

Il devient évident que le Cameroun s’oriente vers une 3ème station d’atterrissement probablement à Kribi. Ce choix est discutable car économiquement le coût global est élevé –la station d’atterrissement représente un investissement de près de 3 millions d’euros–et l’insertion d’un 3ème pôle international complexifie le réseau dorsal national.

On peut déplorer que ces choix ne soient pas précédés d’études d’impact –économiques, de réseau et de sécurité- plus développées … et publiées.
Enfin, se pose le problème de l’intégration de cette 3ème station d’atterrissement dans le CAB … mais cela est encore une autre histoire !

Nota en post-scriptum (septembre 2014) : Ce projet de connexion n’a jamais été réalisé, Main One se bornant à relier le Nigeria à l’Europe avec un point d’atterrissement à Accra (Ghana), bien en deçà de ses ambitions … et des MOUs signés. Et payés ?

 

Source : Agence Ecofin

Cameroun : MTN a remis à l’Etat la station d’atterrissement du câble WASC de Limbe

Jeudi, 28 novembre 2013 13:36

(Agence Ecofin) – L’Etat du Cameroun a racheté à l’opérateur de téléphonie mobile MTN ses droits de propriété sur la station d’atterrissement du câble sous-marin de fibre optique WASC, construite par l’opérateur à Limbé. Les deux parties ont signé un mémorandum d’entente dans ce sens le 27 novembre 2013. Cet accord intervient avec la mise en service du câble déployé par MTN.
Pour Jean-Pierre Biyiti Bi Essam, le ministre des Postes et Télécommunications (Minpostel), grâce à cette nouvelle infrastructure, les internautes ne devraient plus se plaindre de la mauvaise connectivité, encore moins de son coût élevé. Ce nouveau câble viendra alléger les communications en partance du Cameroun, et qui transitaient uniquement par le câble sous-marin SAT-3, déjà saturé.
D’après le Minpostel, le câble WASC ne profitera pas seulement au Cameroun, mais aussi aux pays de la sous-région qui n’ont pas accès à la mer et dont les communications à l’international sont quelques peu entravées.

 

Mon commentaire :

Toujours le même refrain sur les bienfaits abondants pour les « consommateurs de bande passante », camerounais en l’occurrence !

L’article ferait mieux de nous indiquer la valeur de la transaction, c’est-à-dire le prix que tous les citoyens camerounais – les « consommateurs » et les autres- ont payé, et quelles en sont les modalités : pleine propriété (la station passe dans le patrimoine public camerounais) ou propriété d’usage (L’Etat a acquis les droits d‘exploitation).

Par ailleurs rien n’est dit sur l’intégration de cette station dans le réseau dorsal national. Le Cameroun est ainsi un des rares pays africains à disposer de trois stations d’atterrissement, alors que le besoin –et l’argent investi- est loin d’être avéré.

On notera que l’information est aussi très incomplète sur le « partenaire » de cette transaction avec le Cameroun : il ne s’agit pas de l’opérateur sud-africain MTN qui a essaimé en Afrique de l’est et centrale, mais de la Société MTN Limited de Dubaï. Une société holding vraisemblablement, ambigüité mais bien pratique pour des transactions un peu troubles …

 

Source : Agence Ecofin :

L’Etat camerounais va expertiser la facture de MTN concernant le point d’atterrissement du câble WACS

mercredi, 19 mars 2014

(Agence Ecofin) – Le ministre camerounais des Postes et Télécommunications, Jean Pierre Biyiti bi Essam (photo), vient de lancer un appel d’offres national, en vue du recrutement d’un cabinet spécialisé devant «réaliser l’audit financier des travaux effectués par MTN Cameroon dans le cadre de la construction du point d’atterrissement du câble sous-marin WACS (West African Cable System) de Limbe», dans la région du Sud-Ouest du pays.

Cet audit visera concrètement, explique l’avis d’appel d’offres, «à vérifier si les travaux effectués correspondent bien aux montants déclarés par MTN Cameroon, s’assurer que le matériel utilisé correspond au prix déclaré, s’assurer que toutes les factures présentées par MTN Cameroon ne concernent que la construction de ce point d’atterrissement». Les dossiers de soumission doivent être déposés à la Commission spéciale de passation des marchés du ministère des Postes et Télécoms au plus tard le 10 avril 2014.

Construit en 2012 par le groupe MTN, le point d’atterrissement du WACS de Limbe a permis de connecter le Cameroun à ce câble sous-marin à fibre optique long de 14 500 km, et qui s’étire de l’Europe à l’Afrique à travers l’océan Atlantique. Le 27 novembre 2013, MTN Cameroon a rétrocédé ce point d’atterrissement à l’Etat du Cameroun, lui transférant par la même occasion ses droits de propriété sur cette infrastructure.

En contrepartie, l’Etat doit rembourser les frais engagés dans la construction de cette infrastructure par l’opérateur leader du marché du mobile au Cameroun. L’audit annoncé vise donc à s’assurer que la facture présentée au gouvernement camerounais par MTN est sincère.

Mon commentaire :

Le problème fondamental n’est pas le montant payé par l’Etat camerounais pour la rétrocession de la station d’atterrissement de WACS (encore doit-on s’étonner que ce montant est étrangement absent de l’article), mais dans le fait que le Cameroun a opté pour une troisième station de ce type alors que les deux autres, Kribi et Douala, étaient déjà en service et capables d’accueillir l’atterrissement de WACS. De préférence celui-ci aurait dû être réalisé à Douala pour des raisons de topologie de réseau car Douala est intégré dans le réseau dorsal camerounais. La seule précaution à prendre aurait été de réaliser une double adduction, c’est-à-dire deux entrées complètement disjointes réservées l’une à SAT-3 l’autre à WACS, ainsi qu’une double sécurisation de l’alimentation électrique respective des deux systèmes sous-marins.

Lorsque la station d’atterrissement a été projetée, j’avais formulé ces critiques et je les avais portées à la connaissance des autorités camerounaises, sans aucune réaction de leur part. Les voilà obligées de recourir à un audit externe … et à payer non seulement la rétrocession patrimoniale mais aussi de régler, année par année, les coûts très élevés d’exploitation d’une station d’atterrissement notoirement sous-équipée. Sachant que le coût d’une station d’atterrissement se situe entre 3 et  5 millions de dollars (5 millions est le coût de la station d’atterrissement de Mouanda, RD Congo), on est face à une véritable gabegie, et un scandale pour les trois-quarts de la population camerounaise qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté.

Suite à cet article, le commentaire suivant est envoyé à Ecofin  (redaction@agenceecofin.com) :

Le véritable scandale dans cette affaire est la création d’une troisième station d’atterrissement au Cameroun, alors qu’il en existe déjà deux ! En outre Limbé est excentré par rapport au réseau dorsal FO du pays, d’où des coûts d’intégration supplémentaires. J’en avais averti les autorités concernée à l’époque du projet de Limbé en leur proposant un atterrissement (de préférence) à Douala, au prix d’un aménagement de cette station de SAT-3 parfaitement intégrée dans le réseau dorsal FO. Je n’ai eu aucune réponse. Les camerounais vont donc devoir régler cette colossale facture pour cet “éléphant blanc”.
Jean-Louis Fullsack
Ancien Expert principal de l’UIT et directeur de plusieurs projets de réalisation et de maintenance/gestion de réseau dans la sous-région d’Afrique centrale

Réponse reçue dans les heures suivant l’envoi :
Monsieur,
Il n’y aucun intérêt à répondre à vos courriers désobligeants.
Bien à vous
Dominique Flaux

Ainsi l’analyse critique d’un fait pour le moins discutable –une dépense importante pour une installation inutile- est pour l’agence Ecofin, basée à Genève « un courriel désobligeant ». L’Afrique est bizarrement défendue sur les bords huppés du Léman …
Source : Agence Ecofin :
La station d’atterrissement du câble WACS appartient officiellement au Cameroun

jeudi, 24 juillet 2014

(Agence Ecofin) – L’Etat du Cameroun a officiellement réceptionné la station d’atterrissement du câble West African System Cable (WACS) construit par l’opérateur de téléphonie mobile MTN. Le ministre des Postes et Télécommunications, Jean Pierre Biyi Bi Essam, et le directeur général de MTN Cameroon, Karl Toriola, ont signé l’acte de cession de cette infrastructure technologique le 24 juillet 2014, au cours d’une cérémonie qui s’est tenue à l’hôtel Hilton, à Yaoundé.

Pour le patron de la filiale camerounaise du groupe sud-africain des télécom, cette cession marque une étape clé dans l’aboutissement d’un partenariat public-privé, garant de services innovant, de qualité et à des coûts réduits, entre le Cameroun et la société de téléphonie mobile. C’est aussi une étape clé dans la fourniture du large bande aux populations camerounaise. Le WASC, long de 14 500 km, doté d’une capacité de 5,2 Tbps pour une longueur d’onde de 40 gbps (Note 1) , vient renforcer la capacité de télécommunications offerte au pays par le SAT-3, vieux de 12 ans, et doté d’une capacité de 354 gbps. La station WACS, basée à Limbé dans le chef-lieu de la région du Sud-Ouest, est évaluée, selon l’audit financier mené par le cabinet Axxis, à plus de 2 milliards de FCFA. (Note 2)

Le ministre des Postes et Télécommunications, Jean Pierre Biyiti-Bi Essam, a expliqué que cet « aéroport numérique » (Note 3) sera géré par Cameroon Telecommunications (Camtel), qui représente le Cameroun dans le consortium WACS. Le pays s’est affilié à ce regroupement d’entreprises ayant un intérêt dans le câble sous-marin de fibre optique à hauteur de 12 milliards de FCFA (Note 4) C’était l’une des conditions pour que l’Etat puisse négocier le rachat de la station d’atterrissement à MTN. Un rachat qui permet d’ailleurs au Cameroun d’avoir le monopole sur cette infrastructure, conformément à la loi 2010/013 du 21 décembre 2010 régissant les communications électroniques.

Camtel devra veiller « au respect du principe d’open source (Note 5) qui garantit à tous les opérateurs un accès au haut débit et à des coûts abordables », a insisté le ministre des Postes et Télécoms.

 

Mon commentaire :

Note 1 : En fait pour une capacité de 40 Gbits/s par longueur d’onde.
Note 2 : Soit « plus de » 3 M€.
Note 3 : Signification ?
Note 4 : Soit 18 M€.
Note 5 : Non, on n’est pas dans le domaine informatique. Il s’agit ici du principe de neutralité de réseau, ou d’accès ouvert.

Cette cession est à saluer par principe. Elle est une étape (un terme ?) importante dans le PPP signé par l’Etat et MTN dont on ne connaît pas cependant les termes … Mais est-elle vraiment une opération « à des coûts réduits » comme l’indique l’article ?

La gestion d’une station d’atterrissement confiée par l’Etat à l’opérateur national Camtel est –de même- à saluer. Mais à condition de s’assurer des moyens en personnel nécessaire ainsi que de sa formation -hautement spécialisée et adaptée- à tous les niveaux concernés : à la Direction générale de Camtel, à la Direction régionale et à la Station proprement dite. Une phase de transition, par exemple d’une année, avec une gestion partagée entre MTN et Camtel serait une solution recommandable pour le personnel de la Station d’atterrissement.

Enfin, la cession à l’Etat de la station de Limbé permettra son intégration dans le réseau dorsal national confié à Camtel. Mais à condition de prendre toutes les mesures indispensables à sa sécurisation : double adduction des câbles dans la stationc, diversité de routage de la desserte de la station, organisation (fonctionnelle et opérationnelle) de l’exploitation-maintenance-gestion, ainsi que la dotation de Camtel en moyens en personnel, en équipements d’intervention et en logistique adéquats.

Février 2016

Jean-Louis Fullsack

Cameroun : WACS ou Haut Débit et Longue Attente

L’Etat camerounais rétrocède le câble sous-marin Wacs à l’opérateur public Camtel (src: Agence Ecofin, 8 septembre 2014)

(Agence Ecofin) – L’opérateur public des télécommunications au Cameroun, Camtel, a officiellement pris possession du point d’atterrissement du câble sous-marin à fibre optique WACS, construit par MTN et rétrocédé à l’Etat du Cameroun. C’était au cours d’une cérémonie présidée le 4 septembre 2014 à Batoké, près de Limbe, dans la région du Sud-Ouest, par le ministre des Postes et Télécommunications, Jean Pierre Biyiti bi Essam.
A travers la rétrocession de cette infrastructure, synonyme de son entrée en service imminente, le ministre des Postes et Télécoms a déclaré qu’il escompte non seulement une amélioration des services internet et de téléphonie, mais aussi une réduction de leurs coûts, de même que la dynamisation des activités telles que le commerce électronique, la télémédecine et le e-learning.
Le WACS est le second câble sous-marin à fibre optique que gère Camtel, après le SAT 3. Il est long de 14 500 km, et doté d’une capacité de 5,2 Tbps, pour une longueur d’onde de 40 gbps. Le point d’atterrissement de cette infrastructure est évalué, selon l’audit financier mené par le cabinet Axxis, à plus de 2 milliards de francs Cfa.

Mon commentaire :

Ainsi le Cameroun bat un (autre) record : celui de la station la plus dormante !
En effet, en date du 18 janvier 2012 on peut lire l’information suivante sur le site Afriquinfos :
« Le Cameroun, point d’atterrissement de trois câbles sous-marin »

Déjà terminé à Limbe, ville balnéaire du Sud-Ouest du pays, le câble WACS (West African Câble System) n’attend que la signature du protocole d’entente avec l’opérateur de téléphonie mobile sud- africain Mtn, promoteur du projet, pour sa mise en service. (…) »
(Voir cet article et mon commentaire à sa place chronologique dans le rappel historique ci-après)

Le câble sous-marin WACS est donc bien à l’abri dans sa station camerounaise à 3 M€, coulant des jours heureux depuis au moins 2 ans et 9 mois, sans acheminer le moindre bit !
C’est en même temps un exploit économico-comptable. En effet, un investissement de cette importance (auquel il faut ajouter le montant des artères terrestres de câble à fibres optiques pour intégrer la station d’atterrissement de Limbé dans le réseau dorsal national) et qui est improductif pendant une telle durée, a un sérieux coût financier !

Qu’en pensent les militants des ONG camerounaises, et les citoyens, d’une telle gabegie ?
Au fait, le Bureau sous-régional de l’UIT n’est pas loin du Ministère camerounais ; comment a-t-il réagi à cette situation ?
Un rappel historique :

Indispensable, si on veut savoir comment on en est arrivé là.

… il y a fort longtemps, et avant WACS :

L’information :
Source :Balancing Act News Update, Issue n° 508, June 12th, 2010 :
France Telecom, Alcatel-Lucent ink agreement for new 17,000km ACE submarine cable

La suite se trouve dans le dossier complet dans la catégorie “Afrique”

RD Congo : La Banque mondiale donne 92 millions de dollars pour les infrastructures de télécommunications

RD Congo: don de 92,1 millions $ de la Banque mondiale pour les infrastructures télécoms (src: Agence Ecofin, 21 juillet 2014)

lundi, 21 juillet 2014 19:33

(Agence Ecofin) – La Banque mondiale vient d’accorder à la République démocratique du Congo un don de 92,1 millions de dollars, en appui à la 5ème phase du Projet de dorsale de télécommunications en Afrique centrale.

Selon un communiqué de la Banque mondiale, ce financement de l’Association internationale de développement (IDA) permettra de développer les tronçons manquants dans le réseau national de fibre optique et de remédier ainsi à la distance qui sépare les pôles économiques les plus densément peuplés du pays, Kinshasa (à l’Ouest), Goma (à l’Est) et Lubumbashi (au Sud). Un partenariat public-privé assurera la participation d’investisseurs privés.

Grâce à ce nouveau réseau entre les trois centres économiques du pays, les opérateurs télécoms privés auront accès à des infrastructures partagées qu’ils auraient été incapables de financer autrement, et seront ainsi en mesure d’offrir des services concurrentiels en continu sur tout le territoire. Un volet d’assistance technique prévu dans le projet contribuera à améliorer la gouvernance dans le secteur.

« Ce projet s’inscrit dans l’Initiative du Groupe de la Banque mondiale en faveur de la paix, de la stabilité et du développement économique dans la région des Grands Lacs. Il s’agit de développer les communications entre l’Est du pays et la capitale Kinshasa mais aussi d’améliorer la connectivité de la RDC avec les autres pays des Grands Lacs », précise Colin Bruce, directeur de l’intégration régionale en Afrique à la Banque mondiale.

Le projet de dorsale de télécommunications en Afrique centrale vise à déployer de réseaux interconnectés dans le but de constituer un maillage régional grâce à des investissements adaptés.

Mon commentaire :

Sur quels critères le montant de ce don de la BM à la RDC a-t-il été déterminé ? Sur le vu de quelle(s) étude(s) et selon quelles hypothèses relatives au réseau à réaliser ? Le document de l’agence Ecofin n’en dit pas mot. Il faudra donc chercher des éléments de réponse en se référant au seul élément connu : le montant du don accordé à la RDC par la Banque mondiale.

Ce montant permet de réaliser environ 5 000 à 5 600 km (au coût moyen de ~17 k$/km, fourchette basse). C’est de l’ordre de grandeur du réseau qu’il faut déployer pour réaliser l’infrastructure citée par l’article, interconnectant Kinshasa, Goma et Lubumbashi.

En l’occurrence et en s’appuyant sur le réseau routier existant* , ce réseau serait formé d’un segment Kinshasa- Kananga ( ~1 100 km), d’une boucle Kananga-Kisangani-Bukavu- Lubumbashi- Mbouli Mayi-Kananga (~4 150 km) et d’un segment Bukavu- Goma (120 km). Il présenterait deux segments fragiles car linéaires, donc sans diversité de routage, dont le premier d’une longueur dépassant 1 000 km ! A terme il devra être doublé par un câble à FO déployé selon un itinéraire disjoint du premier.

En fait, la totalité du réseau dorsal national de la RDC et sous-régional d’Afrique Centrale devront être révisés car en intégrant aussi le câble FO sous-fluvial Brazzaville-Kinshasa qui a été posé hors toute concertation sous-régionale.

Mais une question essentielle reste ouverte : ce financement par la BM ne concerne (apparemment) que l’investissement nécessaire à la réalisation des infrastructures en câble (« Capex »). Qu’en est-il de la prise en compte des coûts opérationnels (« Opex ») ? Qui abondera un budget initial (recrutement du personnel et moyens logistiques indispensables) puis les budgets annuels du fonctionnement de ce vaste réseau ? Quelles organisations fonctionnelle et opérationnelle –dont le rôle et les tâches sont particulièrement difficiles dans ce vaste pays- envisage-t-on AVANT de déployer ce réseau ? C’est une condition sine qua non pour que ce don de près de 100 millions de dollars n’engendre pas un « éléphant blanc » supplémentaire.

Je reste donc plus que réservé sur l’efficacité de ce « don » en attente de réponses à la question essentielle posée.

Enfin, une question subsidiaire se pose. Le gouvernement de la RDC vient de signer avec Orange un « accord stratégique » accordant à Orange la gestion technique du réseau national FO « y compris la station de Moanda ». Cet accord comprendra-t-il le futur réseau issu du projet financé par la BM ?

Décidément on trouve un grand nombre d’acteurs impliqués dans ce réseau dorsal national sauf l’UIT dont on remarquera l’absence dans tous les communiqués relatifs à ce réseau si contesté. La tournée de quatre jours de son Secrétaire général en juillet 2014 qui a fait l’objet d’un communiqué de presse du Ministère des Postes et des TIC/Télécoms, ne fait aucune référence au projet de la BM. Il y a comme du « doublon » dans l’air …

* cf http/www.mapanddata.com/carte-de-la republique-democratique-du-congo-version-relief.html

A Strasbourg, le 25 juillet 2014
Jean-Louis Fullsack
Directeur adjoint honoraire de France Télécom
Ancien Expert principal et Coordonateur de projet près l’UIT (1978-1998)