Ghana : L’extrême fragilité du réseau dorsal FO de MTN

 

 

1 – L’Information

 

Source : Agence Ecofin

Ghana: MTN dénonce d’incessantes atteintes à son réseau de fibre optique depuis le début de l’année

Carte trouvée sur flickr
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-   lundi, 25 juillet 2016 17:02

(Agence Ecofin) – La direction de l’opérateur de téléphonie mobile, MTN Ghana, dénonce les incessantes atteintes à son réseau de fibre optique dans les régions de l’Ouest et du Centre du pays, depuis le début de l’année. La société télécoms s’est plainte de cet état de choses lors d’une rencontre avec la presse, le 21 juillet 2016, dans la ville de Takoradi. Au cours des échanges durant lesquels MTN Ghana a présenté l’état de ses activités aux journalistes, Teddy Hayford-Acquah, le directeur technique de MTN pour la région de l’Ouest, a expliqué que la compagnie fait face, en moyenne, à trois coupures journalières de son infrastructure à très haut débit.

Les responsables, selon lui,  ce sont les mineurs illégaux et les entreprises de travaux routiers qui endommagent la fibre optique lors de leurs activités et portent ainsi atteinte à la qualité des services voix et data. D’après Teddy Hayford-Acquah, MTN détient un réseau de plus de 700 kilomètres de fibre optique de la localité de Kasoa (Note JLF : à l’Est d’Accra sur la route de Tema) à Elubo (Note JLF : à la frontière avec la Côte d’Ivoire, sur la route N1. En fait cet « arc Sud » comporte un embranchement à Apimanim en direction de Kumasi et de là rejoint la frontière de la Côte d’Ivoire via Sunyani et Barakum. Voir la carte en tête de l’article), auquel sont connectées les stations télécoms des régions de l’Ouest et du Centre. Une atteinte d’une portion de ce vaste réseau a des conséquences importantes pour la compagnie qui dépense des millions de Cédis, à répétition, pour le restaurer. De plus, les effets se font ressentir sur les performances financières de l’entreprise. Le revenu moyen par utilisateur (Arpu) qui était de 3,57 dollars US, au premier trimestre 2015, a chuté à 3,13 dollars US, à la même période, cette année.

Les conséquences sont également fâcheuses pour les populations abonnées chez MTN. Les coupures du câble de fibre optique entravent les communications et empêchent les consommateurs de joindre des membres de leur famille, de poursuivre sereinement leurs activités génératrices de revenus et d’accéder aux numéros d’urgence, en cas de problème.

Pour réduire la survenue des coupures et les voir disparaître, une fois pour toutes sur le long terme, sans avoir à recourir à la justice pour punir ceux qui endommagent le réseau de MTN, Teddy Hayford-Acquah indique que la société avait pourtant entrepris des échanges avec l’Association des constructeurs routiers, la Haute autorité du Ghana, le département des routes urbaines et les médias pour sensibiliser les populations sur les désagréments que provoquent les atteintes au câble de fibre optique sur les performances du réseau télécoms.

Muriel Edjo

Voir aussi sur ce blog, l’article

Ghana : Coûts, causes et conséquences des coupures de câbles FO
posté le 6 septembre 2014

 

2 – Rappels historiques

Avril 2013

Extrait de ma Base de Données « Evolution des Réseaux en Afrique », Volume 2 Domaine Politique et Réglementaire – Fusions et acquisitions

 

Work on Broadband Policy finalized

April 4th, 2013 – GISPA

The Ministry of Communications is finalising work on the broadband policy which will engage industry stakeholders on how to make broadband part of the mandatory universal access by 2015.

The policy framework, when completed, will facilitate the provision of affordable access to broadband offices and businesses by 2015, as well as plans towards a converged infrastructure and services delivery to stimulate supply and demand.

The Minister of Communications, Dr Edward Omane-Boamah, said this in a speech read on his behalf by Mr issali Yahaya, the Director of Policy Planning, Monitoring and Evaluation of the ministry, at the opening of a cable protection workshop organised by MainOne Cable Company, a communication services company in Accra.

It brought together stakeholders in the industry and was designed to educate them on the precautionary measures to take in order not to destroy underground cables.

Still on the policy framework, the minister said it would ensure last mile connectivity to communities and homes by 2020 and promote usage and uptake of broadband via suitable content and application services.

“We are seeking to build a telecommunications industry that is robust, vibrant and efficient, and which will give impetus for greater economic development of the country,” he added.

Dr Omane-Boamah called on stakeholders in the communication sector to intensify their campaign and education of the population against the rampant cable thefts in the country.

Sadly, he observed, that the country experienced on the average 50 cable thefts in a month on the terrestrial fibre as those crimes were perpetrated in an organised manner.

He explained that when breaches of submarine fibre-optic cables occurred they effectively cut the nation out of global communications, and it was in that respect that the cable protection awareness campaign should actively engage the shipping, oil and gas sectors, and fishing communities along the coast.

He called for the continued engagement of cable operators, cable maintenance companies, state agencies and other relevant stakeholders in the industry to identify relevant strategies that would promote the development of the broadband and make it a human right in Ghana. The minister said the arrival of MainOne Cable on the shores of Ghana added 1,280 gbites capacity and sparked off the broadband revolution in the country, making it possible to transmit unlimited amounts of data between Ghana and the internet community as a whole.

He expressed hope that the forum would provide a veritable opportunity to look into the industry with an open mind, understand the challenges ahead and come up with a strategy that would further propel the industry forward on the protection of the infrastructure.

The Country Manager of MainOne Cable Company, Mr Joseph Odoi, in an interview said the company was currently operating in West Africa in an effort to bridge the digital divide between the sub-region and the rest of the world.

Source: http://www.myjoyonline.com

Mon commentaire sur cet article de la GISPA (Ghana Internet Service Providers Association) :

On peut saluer ici l’initiative de l’atelier (« Workshop ») organisé par Main One, mais aussi regretter qu’un tel atelier n’ait pas été le fruit d’une initiative gouvernementale, par exemple sous l’égide du Ministère des Communications ou de l’Aménagement du Territoire. De ce fait son agenda est réducteur quant aux problèmes posés qui concernent l’ensemble des responsables de réseaux d’infrastructure quelle qu’en soit leur nature, et non comme ici, les seuls problèmes soulevés par la sécurisation des artères de câbles à haut débit (« Broadband cables »), c‘est-à-dire à  fibres optiques (FO).
C’est donc Main One qui a imposé son programme en grande partie centré sur l’accès à son système de câble sous-marin (SCSM) qui a un point d’atterrissement au Ghana. Il ne restait donc au Ministre que d’émettre des vœux –dont celui de faire du « large bande » un droit de l’Homme !- et d’exhorter les parties prenantes à œuvrer ensemble. Alors que sa fonction voudrait qu’il s’engage sur du concret comme la création d’un « Comité de coordination » ou une « Commission mixte » qui rassemble l’ensemble des acteurs du domaine des infrastructures générales pour instituer un véritable dialogue permanent et suivre au jour le jour les projets, réalisations et développement de chaque réseau, routier, ferroviaire, électrique, télécom, urbain, etc … afin de sécuriser et protéger les infrastructures vitales pour le pays.

En bref, une réunion de routine plutôt qu’une réunion de propositions concrètes pour une urgente sécurisation des réseaux de télécoms, assurance d’un fonctionnement au mieux des besoins du pays, de son économie et des besoins de ses habitants. Et garantie des ressources des opérateurs de télécoms par l’économie drastique de leurs coûts de réparation et de la diminution significative de leurs pertes d’exploitation.

Le titre de l’article est donc injustifié.

Jean-Louis Fullsack

 

Date : Janvier 2015

Extrait de ma Base de Données « Evolution des réseaux en Afrique » Volume 7-3 Réseaux nationaux fixes et mobiles – Côte d’Ivoire à Guinée Equatoriale  

Ghana : le gouvernement émet une directive pour protéger les câbles de fibre optique

-   jeudi, 08 janvier 2015 13:55

(Agence Ecofin) – Afin de mettre un terme aux coupures de fibre optique qui portent atteinte à la qualité de fourniture des services des opérateurs télécoms et suscitent des dépenses importantes, le gouvernement du Ghana vient d’émettre une directive à laquelle devront se plier les entreprises de Bâtiment et travaux publics (BTP). Signée d’Alhaji Inusah Fuseini, le ministre des Routes et des Autoroutes, cette directive prévoit que les entreprises qui voudront entamer des chantiers de construction routière s’engagent auprès des entreprises télécoms à prendre soin de leurs infrastructures de fibre optique.

Le ministre des Routes et Autoroutes prévoit également, dans la suite de cette directive, établir un Comité technique permanent (STC) qui sera chargé de la gestion de ces incidents sur la fibre optique dans le pays. Le Comité servira d’instance consultative qui guidera et identifiera les câbles de fibre optique avant que les travaux routiers ne démarrent. Ces mesures ont été très appréciées par la Chambre des Télécommunications du Ghana (GCT). Derek Barnabas Laryea, le directeur de la recherche et de la communication a déclaré que la Chambre n’a pas étudié cette directive, mais consulter les sociétés télécoms avant la construction de route en général est « une idée fantastique ».

Le ministre des communications, Edward Omane Boamah a assure les fournisseurs de services télécoms que le gouvernement continuera à faire tout son possible pour sécuriser leurs investissements. D’après la GCT, 1370 cas de coupures de fibre optique ont été recensées l’année dernière.

Mon Commentaire

Un familier des réseaux de télécoms européen moyen tombe de sa chaise en lisant un tel article et surtout la découverte par les autorités nationales de cette « idée fantastique » (sic) de « consulter les sociétés télécoms avant la construction de route en général » ! Qu’ont appris les ingénieurs télécoms ghanéens dans leur formation de base « Lignes » et « Transmission », et surtout dans les cours d’ingénierie des câbles de télécommunications » et –depuis leur avènement en 1990- plus particulièrement des câbles à fibres optiques ?

Il y a longtemps que la qualité de la pose des câbles FO pose un grand nombre de problèmes en Afrique, sans inquiéter outre mesure l’UIT, ni dans sa « Tour » à Genève, ni dans ses Bureaux régionaux (« Le rôle de l’UIT est de diminuer les coûts des communications » assure récemment son représentant en Afrique centrale à l’Agence Ecofin). Lorsqu’elle assurait encore un véritable service d’assistance et de coopération avec ses Etats membres, africains notamment, le Bureau de Développement des Télécommunications (UIT-D) élaborait au sein de groupes autonomes spécialisés (GAS) des manuels de planification et d’ingénierie dans les diverses technologies, dont celle des câbles souterrains et des lignes aériennes, grâce au concours de spécialistes reconnus des pays membres industrialisés mais aussi de pays en développement. L’UIT a mis fin à ces GAS en 1993 car ils étaient incompatibles avec sa politique de déréglementation des télécommunications qu’elle prône depuis lors avec un zèle tout particulier. Ces manuels recommandaient la consultation systématique des acteurs des secteurs d’infrastructures avant la pose et préconisaient les règles à respecter en particulier entre les domaines des câbles, du réseau routier et des réseaux électriques et d’assainissement. Ces règles n’ont rien perdu de leur pertinence et seraient simplement à mettre à jour … par un « GAS 2G ». Mais l’UIT et les bailleurs de fonds –dont la Banque mondiale (BM) et aussi la Banque africaine de développement (BAD)- préfèrent tout simplement confier tout cela au « secteur privé ». On a vu les résultats –souvent catastrophiques- en Afrique ces dernières années, où Huawei se taille non seulement une place prépondérante mais détient aussi le record absolu de malfaçons graves. La plupart des pays africains, lourdement affectés, n’ont cependant aucun recours pour mettre en conformité ces artères FO mal réalisées, faute de cahiers de charges techniquement pertinents et de sanctions prévues dans leurs clauses.

Quel est dans ce cas le rôle de l’UIT et son devoir envers ses Etats membres … qui fournissent les trois quarts de son budget de fonctionnement ? 

 

3 – Mon commentaire

 

On reste effaré devant une telle information, les commentaires des responsables et leurs propositions pour « changer cet état de fait une fois pour toutes ». Et cela dans un pays qui est montré en exemple par les institutions financières internationales (IFI), et par un certain nombre d’analystes qui voient le Ghana comme un pays émergent. Hélas ! pour l’Afrique cette grande fragilité des réseaux FO n’est pas seulement un problème ghanéen mais bien une problématique continentale, en grande partie par la réalisation d’artères structurantes FO sans cahiers de charges contraignantes car adjugées par des contrats de gré à gré et de type « clés en mains », et dans un total mépris des règles d’ingénierie.

Mais revenons à l’article présenté.  

La carte du réseau fixe FO de MTN affichée à son en-tête, montre que Kasoa et Elobo sont distantes de 300 km au maximum alors que la longueur du réseau annoncée est de 700 km ; les 400 km d’artères FO restants sont donc à chercher parmi les artères de diverses couleur (mais non légendées). Quant à l’information de l’Agence Ecofin, elle pose au moins trois problèmes majeurs,  quatre ans après le premier et même constat de carence et d’impuissance comme l’ont rappelé les renvois historiques :

1 – Les caractèristiques fondamentales de l’infrastructure et l’opérabilité du réseau FO de MTN de 700 km.

(a) Comment les câbles FO sont-ils posés sur ce réseau :
- souterrain : posés en pleine terre, tirés en conduites, tirées en conduites renforcées, ou

- aérien : avec porteurs ou autoportés, sur ligne à HT (OPGW) ?
Quelles sont les clauses du cahier des charges (CdC) pour la pose de ces câbles : profondeur, protection, marquage et bornage du parcours.

 Comment les ouvrages de génie-civil (exemple : chambres d’épissurage) sont-ils sécurisés ?

( b) Opérabilité du réseau FO : 

- Organisation opérationnelle de ce réseau : centres de télécoms, exploitation, supervision gestion et maintenance, relève des dérangements et entretien des câbles, moyens et personnels en charge de ces fonctions, budget de fonctionnement alloué ;

- Temps moyen de relève des dérangements (MTTR), contractuel ou non fixé ? On notera l’absence de toute indication sur la durée des dérangements dans l’article d’Ecofin.

- Procédures de contrôle régulier : Qualité de service (QS), itinéraire des câbles, mise à jour de la documentation, création d’un système d’information géographique (SIG) dédié au réseau des télécoms au sein de chacun des opérateurs présents, etc …

2 – Le taux de dérangement annoncé est anormalement élevé : avec jusqu’à trois dérangements/jour  pour un réseau de 700 km ce taux record est catastrophique. Ce qui pose le problème de la conception du réseau FO :

En effet, comme on peut le déduire de la carte du réseau, le réseau de 700 km cité par Ecofin est à priori linéaire ou en étoile à trois branches avec l’artère côtière au Sud et un embranchement sur celle-ci vers le Nord. Donc  sans possibilité de réacheminement du trafic par diversité de routage en cas de dérangement sur l’une quelconque de ses branches.
Le nombre de dérangements illustre jusqu’à l’extrême cette erreur majeure de topologie qui est le problème fondamental de ce réseau. Le seul remède efficace consiste à créer deux  boucles, Est et Ouest, de manière à offrir une diversité de routage aux trois branches du réseau actuel. Or, la carte du réseau MTN montre que la « boucle Est », prévue ou programmée, est même double : l’une fermée par l’itinéraire bleu ciel, l’autre fermée par l’itinéraire mauve. La question est donc : quand ces boucles seront-elles opérationnelles ? Quant à la « boucle Ouest elle pourra être réalisée par une artère allant de la station terminale d’Elubo à la station terminale à la frontière avec la Côte d’Ivoire au Sud-Ouest de Berekum.
Il reste alors la branche Sunyani-Temale, important centre régional qui abrite aussi le MSC du réseau mobile de MTN. Elle pourrait être sécurisée par des fibres louées sur le « Backbone FO du Corridor Est » de 800 km réalisé par Alcatel-Lucent et opérationnel depuis mars 2015.

Ce « bouclage » du réseau MTN ne supprime pas le vandalisme constaté, mais en atténue voire supprime les conséquences –les coupures longues et fréquentes des communications- catastrophiques pour l’opérateur mais aussi pour les usagers.        

3 – La relation opérateur des télécoms- secteur des infrastructures générales (secteur routier en particulier) est aléatoire et nettement insuffisante. Et cela malgré la constitution annoncée (réalisée ?) du Comité technique permanent (STC) décrété –enfin !- en 2015, deux ans après l’atelier de Main One censé avoir résolu le problème (« échanges avec les constructeurs routiers »). Le STC devra être un véritable lieu de discussion, d’échanges et d’aide à la décision dans les secteurs télécoms et infrastructures générales » réunissant des responsables gouvernementaux de chacun des secteurs concernés (secteurs des TIC/Télécoms, des travaux publics, de la voirie nationale et locale, secteur des réseaux urbains, etc …). De même toute ouverture de chantier routier devra être soumise au STC pour son autorisation. L’établissement de cette relation permanente permet des échanges fructueux entre les interlocuteurs qui apportent des éléments d’amélioration et d’optimisation le plus souvent intéressants et peuvent entraîner des économies appréciables au point que l’on peut dire que le STC s’autofinancera.  En outre, le SIG des infrastructures générales, qui est du ressort des instances gouvernementales, devrait  être créé au sein du STC et maintenu au fil de l’eau par lui car il est la matrice spatiale virtuelle de référence dans laquelle s’inscrivent toutes les infrastructures générales du pays –ou, si le SIG est décentralisé, de ses subdivisions administratives- qu’elles soient existantes ou en état de projet. Les réseaux télécoms devront être intégrés systématiquement dans ce SIG dont ils constituent le sous-système sectoriel particulier.

Sur l’ensemble de la problématique soulevée par cet article le concept et la méthodologie des la Synergie inter-réseaux (SIR) apporte des réponses utiles et claires et définit les objectifs prioritaires, tout particulièrement le SIG. Inversement, le respect des clauses de la SIR, notamment l’application stricte de sa méthodologie, concourt de manière déterminante à la solution aux problèmes soulevés. En outre, l’intégration des projets des télécoms dans les projets des infrastructures routières conduit à des économies importantes en investissement grâce aux bénéfices générés par les externalités positives de chaque secteur. 

S’agissant du rôle du STC, son fonctionnement régulier assure la permanence du suivi et de la coordination des projets, des chantiers de réalisation puis des infrastructures mises en place et de leur évolution dans le temps. Il constitue une garantie contre les causes principales des incidents signalés et  des coupures de câble constatées dans le cadre de travaux routiers. Contre l’autre cause, le vandalisme, seules les clauses strictes de pose, de protection et de signalisation du câble le long de son itinéraire peuvent en limiter les risques. En particulier, aucun câble FO du réseau dorsal national –et a fortiori d’interconnexion inter-Etats- ne doit être posé en pleine terre. Ces câbles doivent être tirés en conduites (de préférence trois conduites exclusivement réservées au réseau dorsal ou d’interconnexion), voire en conduites renforcées sur des parcours critiques (sécurité, sous-sol instable, etc), à une profondeur comprise entre 80cm et un mètre. En outre, pour ces mêmes raisons de sécurité, les chambres d’épissures ou de passage des câbles (ouvrages de génie-civil) doivent être verrouillables.

Enfin, les populations concernées par le parcours du câble FO doivent être informées sur la nature du câble (« pas de cuivre à récupérer ») et sur son importance pour leur sécurité et leurs besoins de communication. Le Sénégal donne un excellent exemple en ce sens (cf. article de mon blog « Sénégal : Tambakounda-Moussala – Un projet de câble FO intéressant et à suivre » 10 septembre 2014). 

Le CESIR est à même de présenter aux autorités concernées le concept de la SIR dans le cadre du réseau MTN en particulier ou/et dans le cadre plus général de l’ensemble des infrastructures de réseau, ainsi que sa méthodologie d’application qui est la réponse la plus appropriée aux trois problématiques soulevées ci-dessus et aux détériorations des artères du réseau des télécoms de MTN relatées par l’Agence Ecofin.

 

A Strasbourg, le 26 juillet 2016

Jean-Louis Fullsack, président du CESIR (www.cesir.net

 

Sénégal : Sonatel et le retour de l’Etat

L’information :

Source : Agence Ecofin – www.agenceecofin.com/gestion-publique/2209-22946
La fin de concession d’Orange sur Sonatel au centre d’une réunion présidée par Macky Sall

• – lundi, 22 septembre 2014

(Agence Ecofin) – La semaine dernière, le président de la République du Sénégal, Macky Sall, a réunit huit de ses ministres pour échanger sur le dossier de fin de concession d’Orange sur la Société nationale des télécommunications Sonatel en 2017. La rencontre qui s’est tenue au palais présidentiel a regroupé le Premier ministre, le ministre de l’Economie et des Finances, le ministre délégué en charge du Budget, celui des Affaires étrangères, celui des Postes et Télécommunications, le ministre directeur de cabinet et le ministre Secrétaire général de la Présidence. À leurs côté, les administrateurs de Sonatel pour le compte de l’Etat.

Pendant les trois heures qu’ont duré les échanges, le président de la République a tenu à faire comprendre à ses ministres l’importance que revêt l’opérateur historique pour le pays. Il a déclaré à cet effet qu’à travers la ré-étude du dossier de convention de concession de service public d’Orange sur Sonatel, « il s’agit de mettre en avant l’intérêt stratégique et financier du Sénégal, tout en veillant à la viabilité du modèle économique du partenaire (…) Pour les négociations à venir, je veux que le passé nous serve d’enseignement en terme de prudence, de gouvernance et d’éthique. La reddition des comptes s’appliquera à tous les acteurs du processus ».

Avant une éventuelle reconduction du contrat de concession d’Orange sur Sonatel, Macky Sall a instruit le Premier ministre de procéder à l’inventaire du patrimoine des télécommunications de l’Etat du Sénégal dans le cadre de l’évaluation de cette convention de concession : il s’agit d’élaborer, avant le 10 octobre 2014, un plan de négociation comportant « des hypothèses objectives, soutenables et économiquement viables », aussi bien pour l’Etat que pour l’opérateur privé, définir un nouveau cahier de charges qui prendra en compte la problématique de l’emploi, du service universel, de la protection des données personnelles, l’externalisation.

D’ici le 17 octobre 2014, il a été demandé à l’Autorité de régulations des télécommunications et de la poste (Artp) de finaliser le dispositif de monitoring des appels et du trafic électronique qui est en cours d’installation et de proposer «un modèle d’appréciation technique de l’offre financière que fera le postulant à la nouvelle convention de concession».
Lire aussi
24/04/2014 – Sénégal : l’Etat a pris « toutes ses dispositions » pour reprendre le contrôle de Sonatel à Orange

Voir ci-dessous :

Sénégal : l’Etat a pris « toutes ses dispositions » pour reprendre le contrôle de Sonatel à Orange

- jeudi, 24 avril 2014

(Agence Ecofin) – La concession d’Orange sur la Société nationale des télécommunications Sonatel prend fin en 2017. Cela veut dire que l’opérateur historique des télécommunications appartiendra de nouveau entièrement à l’Etat. Afin de bien gérer cette étape qui annonce un retour des pleins pouvoirs de l’Etat sur Sonatel et conserver l’actuel caractère, fort productif, de cette entreprise télécom, Cheikh Bamba Dièye, le ministre de la Communication et de l’Economie numérique, a déclaré que toutes les dispositions nécessaires ont été prises par l’Etat du Sénégal.

Un arrêté a été demandé au Premier ministre afin qu’à cette étape cruciale, tous les acteurs travaillent ensemble pour aider la Sonatel à conserver le rayonnement financier qu’elle a gagné au fil des années en Afrique de l’Ouest. Il a indiqué : « Nous sommes parfaitement informés sur ce que France Télécom propose en matière de modernisation, car ils sont dans un grand groupe (…) Mais chaque élément posé doit être regardé avec toute la réserve et la froideur qu’il faut, pour voir ce qui est pertinent, sur le fait de matérialiser et de généraliser l’ensemble des activités, de les uniformiser (….). La Sonatel reste une entreprise sénégalaise avec des billes sénégalaise à l’intérieur, et c’est pourquoi toute croissance économique au niveau de la Sonatel est immédiatement répertoriée dans notre économie nationale ». D’où l’importance de conserver l’ancrage territorial de Sonatel et son contrôle par l’Etat.

Les déclarations du ministre de la Communication et de l’Economie numérique semblent épouser les idées des travailleurs de la Sonatel qui, farouchement opposés au programme d’externalisation d’Orange qui fragiliserait le tissu économique du pays, avaient appelé l’Etat à reprendre le contrôle de l’opérateur historique.
Cependant, il n’est pas exclu que l’Etat renouvelle le contrat de concession d’Orange sur Sonatel. Le 16 avril dernier, Stéphane Richard, le président directeur général d’Orange, reçu en audience par Macky Sall, le président de la République, a assuré que le groupe français des télécommunications tenait à contribuer encore au développement national et international de la Sonatel.

 

Mon commentaire :

L’échéance de la Délégation de service public (DSP) de la Sonatel devient un sujet intéressant à suivre à beaucoup d’égards avec, en arrière- plan, le retour de l’Etat dans ses prérogatives, afin d’assumer son rôle moteur de l’économie et d’élaborer sa stratégie du développement. Pour ses responsables actuels, il ne fait pas de doute que le secteur des télécommunications fait partie intégrante de cette stratégie. On est bien loin des discours aussi emphatiques que nébuleux d’Abdoulaye Wade …

Ainsi ce pays envisage de tourner le dos à la doxa néolibérale qui prévaut depuis 25 ans, imposée par institutions financières mondiales, et mise en œuvre avec zèle par l’UIT dans le secteur des télécommunications. On suivra donc avec un grand intérêt, et bien au-delà des frontières du Sénégal, le choix des autorités nationales et des responsables de Sonatel.

Parmi les éléments de l’inventaire à réaliser en vue de la la prise de décision des autorités l’article ne mentionne que les valeurs patrimoniales, les actifs financiers, le rôle et le poids économique de l’opérateur national dans la perspective d’une prise de décision quant à son statut futur. Il relève en particulier la vocation de l’opérateur national à continuer d’être le moteur du développement du pays.

Cette vocation est cependant largement conditionnée par la capacité et l’expertise du personnel de la Sonatel -agents, techniciens, cadres et dirigeants- pour planifier et mettre en œuvre son réseau. Ces mêmes qualités sont requises pour le gérer, l’étendre et le développer. Deux objectifs doivent être visés : d’une part il faut compléter le réseau dorsal en fibres optiques en le complétant par une organisation opérationnelle efficace, d’autre part il faut créer les réseaux d’accès à cette infrastructure nationale afin d’y connecter les utilisateurs privés, les entreprises et les services publics. Enfin, l’organisation –fonctionnelle et opérationnelle- est un troisième facteur déterminant pour la prise de décision. C’est elle qui, combinée avec le patrimoine et les ressources humaines, permettra à la Sonatel de remplir ses missions sur l’ensemble du territoire national :
- fournir un accès conforme à leurs besoins aux particuliers, aux entreprises, aux entités administratives et éducatives, aux collectivités locales et aux services gouvernementaux ;
- maintenir le niveau de qualité du réseau pour garantir la qualité de service (QS) nécessaire aux services acheminés, de même que sa disponibilité, c’est-à-dire assurer son fonctionnement normal quasi permanent ;
- assurer la formation permanente du personnel, entretenir ses capacités, et motiver les agents, techniciens et cadres, en tant que garants d’une entreprise citoyenne au service des acteurs socio-économiques et politiques de leur pays ; en échange, le personnel bénéficiera de la reconnaissance de ses activités et fonctions, ainsi que d’une juste rémunération.

Dans cette perspective, l’apprentissage des métiers, l’enseignement professionnel et la formation spécialisée sont des facteurs déterminants. Le Sénégal dispose d’établissements dont la qualité est reconnue. Il dispose en outre, pour les formations spécialisées et supérieures de l’Ecole Supérieure Multinationale des Télécommunications (ESMT), un pôle d’excellence par principe, que l’on aimerait voir jouer un rôle de tout premier plan dans la mise en œuvre de l’évolution préconisée ci-dessus. Elle sera alors un véritable vivier non seulement pour les cadres et ingénieurs du Sénégal, mais pour les pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale qui s’inspireront de l’exemple du Sénégal et auront comme priorité la formation de leurs cadres afin qu’ils soient en capacité d être des acteurs, engagés et efficaces, du développement de leur pays.

Il reste un point important pour statuer sur l’évolution souhaitée par les autorités du Sénégal et par une (bonne) partie de la société civile : l’avis du personnel de la Sonatel. Il est le premier concerné dans cette nouvelle voie et sans son concours et son engagement cette réorientation des finalités de leur entreprise est vouée à un échec patent.
Je rappelle pour compléter l’information, sa prise de position exprimée dès décembre l’année dernière et rapportée par l’Agence Ecofin :

Sénégal : les travailleurs appellent l’Etat à reprendre le contrôle de la Sonatel

• jeudi, 19 décembre 2013

(Agence Ecofin) – Toujours farouchement opposés au programme d’externalisation programmé par Orange sur la société nationale des télécommunications (Sonatel), les travailleurs de l’opérateur historique se sont tournés vers l’Etat.
Le 18 décembre 2013, ils l’ont appelé a reprendre le contrôle de la société nationale des télécommunications. Ceci, en rachetant déjà les 9 % d’actifs « vendus en catimini » à France Telecom en 1998. Ce sont ces 9% qui auraient donné à France Télécom aujourd’hui Orange, le contrôle de 42,33% du groupe. L’Etat n’en détient plus que 27% tandis que le reste des actions est partagé entre d’autres investisseurs.
Pour les membres du Syndicat des travailleurs de la Sonatel (SYTS), en plus « de couler l’entreprise et de les conduire à la précarité », les projets d’Orange vont provoquer « la perte de souveraineté de l’Etat sur l’exploitation des réseaux de Sonatel ». Plus grave, le SYTS évoque « des risques sur la protection des données personnelles et sécuritaires du pays ».

Mon commentaire :

Je salue cette prise de position en tous points justifiée, en particulier sur le plan de l’externalisation de certaines fonctions de la Sonatel. Parce qu’elles concernent des attributions de base d’un opérateur et qu’elles sont attentatoires aux compétences et au professionnalisme de son personnel, ces externalisations doivent être rejetées. La formation et la reconnaissance des compétences du personnel que je propose parmi les fonctions essentielles de l’opérateur, répondent aux questionnements exprimés dans l’information par ses représentants, en premier lieu par le syndicat SYTS.

A Strasbourg, le 23 septembre 2014
Jean-Louis Fullsack

Fin de l’information « Sénégal : Sonatel et le retour de l’Etat »

Sénégal : Tambacounda-Moussala – Un projet de câble FO intéressant et à suivre

Bientot la fin des soucis de telecommunication? (src: Xibbaru 6 septembre 2014)

La salle de réunions du cdeps de Kédougou a abrité ce jeudi 4 Septembre 2014, une audience publique de validation du Projet de pose de câbles à fibres optiques sur l’axe Tambacounda-Kédougou-Moussala. (Note 1)(Note 2)

Ce projet entre dans le programme d’investissement de la Sonatel qui vise entre autres à moderniser les infrastructures de communication par le remplacement du réseau (Note 2). Cette modernisation de la technologie aura comme avantages la garantie de la sécurité des populations, la facilitation de la communication, la rapidité dans le téléchargement des fichiers, l’amélioration de la qualité de la connexion internet.
Estimé à un coût de 1 946 081 998 FCFA, ce projet s’accompagnera de la mise en œuvre d’un Programme de Gestion Environnementale et Sociale évalué à 158 069 400 FCFA.

De l’avis de M Ndiaga Dème, environnementaliste de la Sonatel, des négociations sont en cours avec la Direction des parcs nationaux (Note 3) et de la Direction des eaux et forêts en vue de revoir à la hausse le montant alloué au PGES.
Dans sa mise en œuvre, ce projet va recruter entre 300 et 400 personnes pour le creusage des tranchées. (Note 5) D’une profondeur de 1,20 m sur une longueur totale de 371 km.
Cependant, les impacts négatifs de ce projet tournent autour du déboisement, des problèmes de sécurité, des dégâts sur les biens matériels, sur les champs, des problèmes d’accessibilité de certains édifices publics, des dommages sur les zones de stabilisation des ponts entre autres.
Les recommandations formulées par l’assistance portent sur les modalités de recrutement des ouvriers, la prise en charge des problèmes de télécommunications dans certaines poches de la région comme Salémata et Saraya, les retombées de ce projet pour les collectivités locales entre autres…
Il faut préciser que de façon spécifique la mise en œuvre de ce projet ne s’accompagnera pas de création d’infrastructures à caractère social. Certaines de ces questions pourront être prises en charge par la Fondation Sonatel.
Le projet de pose de câbles à fibres optiques sur l’axe Tambacounda-Kédougou-Moussala a été validé par les populations, les élus sous-réserve de prendre en compte les différentes recommandations formulées au cours de cette rencontre.

Adama Diaby à Kédougou pour xibaaru.com

 

Mon commentaire :

Note 1 : Ainsi, le projet est validé à la suite d’une consultation publique ! Un grand bravo au Sénégal qui est un pionnier en Afrique en termes de démarche citoyenne ! Il devrait servir d’exemple aux autres pays de la CEDEAO, voire à l’ensemble de l’Afrique.

Note 2 : Moussala est village frontière au Mali, à proximité de Mahina-Mine (Mali) et à environ 15 km de Kénieba. La société Robex projette d’y réaliser une importante exploitation aurifère.

Note 3 Le câble FO serait-il posé en remplacement du faisceau hertzien actuel ? Pour quelle(s) raison(s) ? Obsolescence ? Dans ce cas on perdrait une possibilité de route de secours en cas de panne de la liaison en câble sur la section Tambakounda-Kédougou. Quel schéma de routage de secours a-t-on alors adopté ?

Note 4 : Le câble traverse le Parc National Niokola-Koba sur environ 120 km

Note 5 : La Sonatel confie donc les travaux de terrassements (tranchée) à la population locale ce qui est une autre nouveauté. Il faut cependant un suivi rigoureux et permanent du chantier pour veiller à la conformité des travaux. La Sonatel dispose d’un personnel technique qui devrait être à la hauteur de cette tâche. Il faut lui souhaiter un très bon succès, car la démarche de la Sonatel donne non seulement un revenu à des centaines de personnes de cette région très excentrée, mais elle limite aussi à un niveau minimal le coût de réalisation de la liaison en câble.
Il faut féliciter le Sénégal –ses autorités, la Sonatel et la population- pour cette démarche citoyenne dans le cadre du projet de la liaison par fibre optique (FO) Tambakounda –Kédougou- Moussala. On aimerait que cette démarche devienne une règle dans l’ensemble de l’Afrique ; aux hommes politiques et à la société civile de s’en inspirer et de la mettre en œuvre. On est ici très loin des proclamations et de la liturgie de l’UIT, célébrant les bienfaits des TIC. La population s’exprime et recommande à la Sonatel « les retombées de (son) projet pour les collectivités locales ». On n’est plus dans la « com » mais dans le concret, à travers l’échange dans la perspective du bien commun.

Une vraie leçon de civisme … et de gouvernance !

En outre, le fait de confier à la main d’œuvre locale les travaux de terrassement pour le creusement de la tranchée de pose du câble, diminue sensiblement le coût du projet, à condition d’exercer une surveillance de chantier (et, peut-être, d’assurer une mini-formation préalable des ouvriers recrutés) permanente, rigoureuse et efficace. Le coût de réalisation, extrapolé de l’estimation du coût total de la liaison (2 milliards de francs CFA, soit 3 millions d’euros), soit 8,1 k€/km, est, en effet, nettement inférieur au coût moyen relevé dans la CEDEAO, soit 12 à 15 k€/km. Il restera toutefois à le confirmer.

En conclusion, voilà un chantier intéressant à tous les points de vue, qu’il sera recommandé à suivre car il comporte un bon nombre d’apports originaux voire innovants. Le « secteur des télécommunications » en Afrique ne nous donne pas souvent une image aussi positive et porteuse d’espoir. Nous verrons dans une prochaine chronique sur mon blog (http://jlfullsack.eu) un contre-exemple flagrant dans la République démocratique du Congo.

A Strasbourg, le 9 septembre 2014
Jean-Louis Fullsack

Ghana : Coûts, causes et conséquences des coupures de câbles FO

Ghana : en 3 ans, les opérateurs ont dépensé 21,7 millions $ pour réparer les cables de fibre optique(src: Agence Ecofin, 4 septembre 2014)

Note d’information

Le document qui suit est relatif au Ghana. Cependant, les incidents graves qu’il rapporte sont observés dans la plupart des réseaux d’infrastructure de télécommunications installés en Afrique. Cette situation est intolérable car elle fragilise les réseaux et engloutit des sommes importantes, obérant ainsi l’extension et le développement de ces réseaux et freinant considérablement le futur réseau d’interconnexion pan-africain, que je me plais à désigner sous l’appellation Panaftel 2.0, en l’honneur et en respect de la mémoire de tous ceux qui ont activement pris part à cette grande et passionnante aventure  du Panaftel lorsque la « Coopération technique » (1970-1990) était le reflet du savoir-faire et de la solidarité entre télécommunicants sous l’égide de l’UIT.

 

L’information :

Source : http://www.agenceecofin.com/equipement/0409-22553-ghana-en-3-ans-les-operateurs-ont-depense-21-7-millions-pour-reparer-les-cables-de-fibre-optique

Ghana : en 3 ans, les opérateurs ont dépensé 21,7 millions $ pour réparer les cables de fibre optique
- jeudi, 04 septembre 2014 18:16

(Agence Ecofin) – Depuis 2010, les opérateurs de télécommunications installés au Ghana ont dépensé 80 millions de Cédis (21,7 millions de dollars) pour des opérations de dépannages des câbles de fibre optique dans le pays. Ce sont les groupes télécoms qui ont eux-mêmes donné cette information en recoupant l’ensemble des interventions qu’ils ont mené sur ces infrastructures depuis trois ans.
Les pannes qui ont perturbé le réseau de communications avaient diverses causes : vol, vandalisme, accident de terrain, etc. Au fil des années, le nombre d’incident a augmenté pour passer de 480 coupures en 2011 à 2110 coupures en 2013.
Pour le premier semestre 2014, les opérateurs télécoms ont déclaré 1304 coupures de la fibre optique. Au cours de cette période, MTN a enregistré 436 interruptions sur une longueur de 4336 km de sa fibre optique.
Note JLF : Voilà une indication intéressante qui permet d’évaluer l’occurrence d’un défaut de câble par km, un indicateur de première grandeur pour tout opérateur. Si les coupures dont il est question dans cet article sont toutes générées par des dérangements du câble FO, MTN enregistre en gros 1 dérangement annuel pour dix km d’artère de câble FO. A titre indicatif, dans un réseau régional de France Télécom ce ratio est de 1 dérangement annuel pour 400 km ; il est proche de 1 pour 500 dans le Réseau dorsal national.

Selon des acteurs du secteur télécom ghanéen, il faudrait additionner ses dépenses aux pertes dues à l’interruption des télécommunications pour évaluer le manque à gagner qu’ont enregistré les sociétés télécoms depuis trois ans.

Mon commentaire en guise de conclusion
Mes remarques et propositions portent sur ce problème important et récurrent dans les réseaux africains, dont la cause principale est le non-respect des règles de conception des artères de câbles à fibres optiques (FO) au stade du projet, et des règles de pose et de raccordement des câbles au stade de la réalisation.
La raison primordiale : la quasi-totalité des artères FO déployées en Afrique est réalisée selon des marchés de gré à gré et clés en mains avec des crédits fournisseurs ! Le pire des scenarios car il combine trois clauses rédhibitoires ; il est pourtant le scenario-type chinois qu’une bonne partie des responsables –et pas seulement des pays africains, mais aussi des institutions internationales- continue d’applaudir et de promouvoir.

Mais une partie importante de ses défauts est aussi due à la relative instabilité dans le temps de la plate-forme de pose de ces câbles et de l’absence d’une cartographie précise pour les localiser. On notera que l’application de la méthodologie de la Synergie inter-réseaux (SIR) pallie largement cet inconvénient majeur, en intégrant la pose du câble dans la réalisation routière lorsque cette occasion se présente
Enfin, cet état de fait traduit une inadéquation caractérisée des structures opérationnelles chargées de superviser les réseaux … et le manque de moyens et de formation du personnel concerné. Il y a dans ce domaine des besoins urgents et criants qu’il importe de satisfaire pour maintenir un niveau de qualité et de disponibilité du réseau indispensable pour assurer les services indispensables aux autorités nationales et administratives, aux acteurs économiques et aux citoyens utilisateurs.
C’est évidemment moins « spectaculaire » et plus difficile que de vanter les vertus du « large bande » et de claironner les taux de croissance des télécommunications mobiles en Afrique, comme on l’a vu lors de la récente visite de cinq jours du Secrétaire général de l’UIT à Kinshasa et des manifestations officielles organisées à cette occasion …
Notons pour conclure –et pour rendre un peu plus concret ce triste bilan- que pour la somme dépensée en réparations de câbles pendant les quatre dernières années (et sans compter les énormes pertes d’exploitation des opérateurs), le Ghana aurait pu créer 1 500 km de câble FO supplémentaire et compléter ainsi son réseau national.
Nota : On regrettera l’absence de toute indication de durée (individuelle, cumulée) des dérangements qui est un critère de base pour l’évaluation du MTTR (Mean Time To Restaure. Cet indicateur est le critère qui traduit l’adéquation de l’organisation opérationnelle et constitue un des critères-clés de la qualité d’un réseau. Voir mon commentaire du 7 novembre 2012)
Rappel des épisodes précédents
(extraits de ma base de données « Réseaux de télécommunications en Afrique)

Ghana’s telcos reveal USD5m costs due to cable cuts
5 Nov 2012
Ghana
Telecoms operators in Ghana have reported that incidents of cable cuts cost them GHS10 million (USD5.2 million) in repair bills in the first nine months of 2012. This sum is on top of revenues lost as a result of the disruptions caused to end-user service delivery, Ghana News Agency reports. There were more than 600 cable cut incidents logged during the nine-month period; the majority were due to road construction and repairs, but other factors included theft, vandalism, illegal mining, gutter dredging, bushfires and excavation works.

Mon commentaire personnel :
Le ratio du nombre d’incidents graves (coupures importantes) par kilomètre de réseau d’infrastructure est particulièrement élevé. Il impose donc une réaction efficace et rapide.
Les causes en sont multiples. S’agissant du respect des règles d’ingénierie d’installations de câbles, il est probable que les câbles soient posés sans protection ni grillage plastique avertisseur (vert en France) qui signale aux ouvriers des chantiers routiers que quinze cm en-dessous il y a un câble télécoms. Il serait aussi intéressant de savoir si les câbles sont posés en pleine terre ou tirés en conduite. Ces dernières limitent significativement les coupures accidentelles des câbles. De toute façon une analyse plus fine des causes des dommages aux câbles doit être effectuée pour élaborer des contre-mesures efficaces, à la fois au niveau de la prévention et de la relève des dérangements.

En conclusion
Le constat fait au Ghana est applicable à l’ensemble des pays africains. Il dégrade progressivement les infrastructures de télécommunications et cause des pertes financières importantes et récurrentes. Celles-ci se situent non seulement dans le cadre de la réparation que relève cet article, mais elles sont aussi générées par les pertes d’exploitation des opérateurs (non rémunération des servies dus à la coupure pendant des journées, voire des semaines), sans parler des effets induits par ces coupures qui peuvent avoir des conséquences catastrophiques (services vitaux, coupure prolongée).
L’analyse de ce phénomène et l’évaluation plus proche de la réalité des dépenses qu’il génère doit donc conduire les responsables à des décisions importantes, notamment en termes d’organisation et d’intervention, à la fois sur le plan fonctionnel (institutions, autorités, structures d’administration et de gestion) et opérationnel (organisation des interventions, coordination). La première des décisions à prendre est la prise en compte du concept et l’application de la méthodologie de la synergie inter-réseaux (SIR) dans l’élaboration des stratégies de lutte efficace contre les conséquences –en grande partie sous-évaluées- de ce véritable fléau qui affecte les pays africains.

En effet, si les câbles du Ghana avaient été réalisés selon la méthodologie SIR il y aurait une documentation cartographique commune –et donc un fond de plan commun- pour l’ensemble des infrastructures générales : routes et câbles, mais aussi électricité, eau, assainissement (grandes villes), pétrole et gaz (oléo- et gazoducs) Dans le cas présenté, le câble de télécoms serait facilement identifié et localisé sur le terrain pour les intervenants routiers. Pour compléter cette facilité, il y a lieu de créer une unité de coordination fonctionnelle –prévue par la méthodologie SIR- auprès de l’autorité en charge des infrastructures dans chacun des services et qui peut être décentralisée pour en accroître l’efficacité. Sur le plan opérationnel, il faut imposer aux intervenants dans les infrastructures (exemple : entreprises de travaux publics) de déclarer à cette autorité l’ouverture de leur chantier de travaux afin de déclencher l’indispensable coordination des travaux, et localiser sur le terrain les infrastructures critiques présentes. Cela se fait dans tout pays industrialisé, quel que soit son régime.
Le phénomène de coupures accidentelles de câbles en grand nombre est dû –en tout premier lieu- au non respect des règles d’ingénierie de l’installation de ces câbles ET du manque de documentation cartographique suffisante (plans de pose + repères de marquage sur le terrain) rappelés plus haut. Une telle documentation est facilement numérisable et peut alors s’intégrer dans un système d’information géographique (SIG) commun à toutes les infrastructures (routes, chemins de fer, réseaux d’assainissement et de distribution d’eau ou de gaz, électricité, etc …). Le SIG pourrait être réalisé sur les bases d’élaboration de SOKONI, la plate-forme numérique des projets d’infrastructures que l’Union africaine a mise en place pour soutenir son Programme d’infrastructures pour le développement de l’Afrique (PIDA) ce qui en assurerait la parfaite compatibilité et leur interfonctionnement.
La véritable stratégie de lutte contre ce phénomène doit se décliner à la fois en termes de prévention de ces coupures et de restauration des infrastructures affectées, en portant une grande attention à la pérennisation de la qualité de transmission des artères concernées. Elle nécessite une organisation fonctionnelle et opérationnelle qui permet de réduire autant que possible le temps moyen de réparation (MTTR) afin d’assurer la restauration du trafic dans les meilleurs délais et réduire autant que possible les pertes de recette dues aux coupures des artères de télécommunications.

Jean-Louis Fullsack – CESIR, le 7 novembre 2012
Cable cuts continue to cause concern in Ghana
29 Nov 2012
Ghana

Ghana’s telecoms regulator the National Communications Authority (NCA) and the country’s Telecom Chamber have estimated that there were more than 700 cable cuts in the first nine months of this year. Over 200 of these were reported by a single operator within the space of just three months, the bodies say. The damage is being caused to copper and fibre lines by cable thefts and accidental damage during road and other construction works. Vodafone Ghana CEO Kyle Whitehill says that, on average, a cable cut will affect several thousand lines and will take up to 30 days to repair, Biztech reports.

Commentaire personnel :
Un MTTR de 30 jours est simplement record absolu dans tout pays moyennement développé !
En fait ce délai traduit une complète inadéquation de l’organisation opérationnelle des opérateurs télécoms ghanéens ! Sans parler d’un respect minimal des règles d’ingénierie des câbles !

Le 5 septembre 2014
Jean-Louis Fullsack (JLF)

Fin du document : Ghana : en 3 ans, les opérateurs ont dépensé 21,7 millions $ pour réparer les câbles de fibre optique