Ghana : L’extrême fragilité du réseau dorsal FO de MTN

 

 

1 – L’Information

 

Source : Agence Ecofin

Ghana: MTN dénonce d’incessantes atteintes à son réseau de fibre optique depuis le début de l’année

Carte trouvée sur flickr
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-   lundi, 25 juillet 2016 17:02

(Agence Ecofin) – La direction de l’opérateur de téléphonie mobile, MTN Ghana, dénonce les incessantes atteintes à son réseau de fibre optique dans les régions de l’Ouest et du Centre du pays, depuis le début de l’année. La société télécoms s’est plainte de cet état de choses lors d’une rencontre avec la presse, le 21 juillet 2016, dans la ville de Takoradi. Au cours des échanges durant lesquels MTN Ghana a présenté l’état de ses activités aux journalistes, Teddy Hayford-Acquah, le directeur technique de MTN pour la région de l’Ouest, a expliqué que la compagnie fait face, en moyenne, à trois coupures journalières de son infrastructure à très haut débit.

Les responsables, selon lui,  ce sont les mineurs illégaux et les entreprises de travaux routiers qui endommagent la fibre optique lors de leurs activités et portent ainsi atteinte à la qualité des services voix et data. D’après Teddy Hayford-Acquah, MTN détient un réseau de plus de 700 kilomètres de fibre optique de la localité de Kasoa (Note JLF : à l’Est d’Accra sur la route de Tema) à Elubo (Note JLF : à la frontière avec la Côte d’Ivoire, sur la route N1. En fait cet « arc Sud » comporte un embranchement à Apimanim en direction de Kumasi et de là rejoint la frontière de la Côte d’Ivoire via Sunyani et Barakum. Voir la carte en tête de l’article), auquel sont connectées les stations télécoms des régions de l’Ouest et du Centre. Une atteinte d’une portion de ce vaste réseau a des conséquences importantes pour la compagnie qui dépense des millions de Cédis, à répétition, pour le restaurer. De plus, les effets se font ressentir sur les performances financières de l’entreprise. Le revenu moyen par utilisateur (Arpu) qui était de 3,57 dollars US, au premier trimestre 2015, a chuté à 3,13 dollars US, à la même période, cette année.

Les conséquences sont également fâcheuses pour les populations abonnées chez MTN. Les coupures du câble de fibre optique entravent les communications et empêchent les consommateurs de joindre des membres de leur famille, de poursuivre sereinement leurs activités génératrices de revenus et d’accéder aux numéros d’urgence, en cas de problème.

Pour réduire la survenue des coupures et les voir disparaître, une fois pour toutes sur le long terme, sans avoir à recourir à la justice pour punir ceux qui endommagent le réseau de MTN, Teddy Hayford-Acquah indique que la société avait pourtant entrepris des échanges avec l’Association des constructeurs routiers, la Haute autorité du Ghana, le département des routes urbaines et les médias pour sensibiliser les populations sur les désagréments que provoquent les atteintes au câble de fibre optique sur les performances du réseau télécoms.

Muriel Edjo

Voir aussi sur ce blog, l’article

Ghana : Coûts, causes et conséquences des coupures de câbles FO
posté le 6 septembre 2014

 

2 – Rappels historiques

Avril 2013

Extrait de ma Base de Données « Evolution des Réseaux en Afrique », Volume 2 Domaine Politique et Réglementaire – Fusions et acquisitions

 

Work on Broadband Policy finalized

April 4th, 2013 – GISPA

The Ministry of Communications is finalising work on the broadband policy which will engage industry stakeholders on how to make broadband part of the mandatory universal access by 2015.

The policy framework, when completed, will facilitate the provision of affordable access to broadband offices and businesses by 2015, as well as plans towards a converged infrastructure and services delivery to stimulate supply and demand.

The Minister of Communications, Dr Edward Omane-Boamah, said this in a speech read on his behalf by Mr issali Yahaya, the Director of Policy Planning, Monitoring and Evaluation of the ministry, at the opening of a cable protection workshop organised by MainOne Cable Company, a communication services company in Accra.

It brought together stakeholders in the industry and was designed to educate them on the precautionary measures to take in order not to destroy underground cables.

Still on the policy framework, the minister said it would ensure last mile connectivity to communities and homes by 2020 and promote usage and uptake of broadband via suitable content and application services.

“We are seeking to build a telecommunications industry that is robust, vibrant and efficient, and which will give impetus for greater economic development of the country,” he added.

Dr Omane-Boamah called on stakeholders in the communication sector to intensify their campaign and education of the population against the rampant cable thefts in the country.

Sadly, he observed, that the country experienced on the average 50 cable thefts in a month on the terrestrial fibre as those crimes were perpetrated in an organised manner.

He explained that when breaches of submarine fibre-optic cables occurred they effectively cut the nation out of global communications, and it was in that respect that the cable protection awareness campaign should actively engage the shipping, oil and gas sectors, and fishing communities along the coast.

He called for the continued engagement of cable operators, cable maintenance companies, state agencies and other relevant stakeholders in the industry to identify relevant strategies that would promote the development of the broadband and make it a human right in Ghana. The minister said the arrival of MainOne Cable on the shores of Ghana added 1,280 gbites capacity and sparked off the broadband revolution in the country, making it possible to transmit unlimited amounts of data between Ghana and the internet community as a whole.

He expressed hope that the forum would provide a veritable opportunity to look into the industry with an open mind, understand the challenges ahead and come up with a strategy that would further propel the industry forward on the protection of the infrastructure.

The Country Manager of MainOne Cable Company, Mr Joseph Odoi, in an interview said the company was currently operating in West Africa in an effort to bridge the digital divide between the sub-region and the rest of the world.

Source: http://www.myjoyonline.com

Mon commentaire sur cet article de la GISPA (Ghana Internet Service Providers Association) :

On peut saluer ici l’initiative de l’atelier (« Workshop ») organisé par Main One, mais aussi regretter qu’un tel atelier n’ait pas été le fruit d’une initiative gouvernementale, par exemple sous l’égide du Ministère des Communications ou de l’Aménagement du Territoire. De ce fait son agenda est réducteur quant aux problèmes posés qui concernent l’ensemble des responsables de réseaux d’infrastructure quelle qu’en soit leur nature, et non comme ici, les seuls problèmes soulevés par la sécurisation des artères de câbles à haut débit (« Broadband cables »), c‘est-à-dire à  fibres optiques (FO).
C’est donc Main One qui a imposé son programme en grande partie centré sur l’accès à son système de câble sous-marin (SCSM) qui a un point d’atterrissement au Ghana. Il ne restait donc au Ministre que d’émettre des vœux –dont celui de faire du « large bande » un droit de l’Homme !- et d’exhorter les parties prenantes à œuvrer ensemble. Alors que sa fonction voudrait qu’il s’engage sur du concret comme la création d’un « Comité de coordination » ou une « Commission mixte » qui rassemble l’ensemble des acteurs du domaine des infrastructures générales pour instituer un véritable dialogue permanent et suivre au jour le jour les projets, réalisations et développement de chaque réseau, routier, ferroviaire, électrique, télécom, urbain, etc … afin de sécuriser et protéger les infrastructures vitales pour le pays.

En bref, une réunion de routine plutôt qu’une réunion de propositions concrètes pour une urgente sécurisation des réseaux de télécoms, assurance d’un fonctionnement au mieux des besoins du pays, de son économie et des besoins de ses habitants. Et garantie des ressources des opérateurs de télécoms par l’économie drastique de leurs coûts de réparation et de la diminution significative de leurs pertes d’exploitation.

Le titre de l’article est donc injustifié.

Jean-Louis Fullsack

 

Date : Janvier 2015

Extrait de ma Base de Données « Evolution des réseaux en Afrique » Volume 7-3 Réseaux nationaux fixes et mobiles – Côte d’Ivoire à Guinée Equatoriale  

Ghana : le gouvernement émet une directive pour protéger les câbles de fibre optique

-   jeudi, 08 janvier 2015 13:55

(Agence Ecofin) – Afin de mettre un terme aux coupures de fibre optique qui portent atteinte à la qualité de fourniture des services des opérateurs télécoms et suscitent des dépenses importantes, le gouvernement du Ghana vient d’émettre une directive à laquelle devront se plier les entreprises de Bâtiment et travaux publics (BTP). Signée d’Alhaji Inusah Fuseini, le ministre des Routes et des Autoroutes, cette directive prévoit que les entreprises qui voudront entamer des chantiers de construction routière s’engagent auprès des entreprises télécoms à prendre soin de leurs infrastructures de fibre optique.

Le ministre des Routes et Autoroutes prévoit également, dans la suite de cette directive, établir un Comité technique permanent (STC) qui sera chargé de la gestion de ces incidents sur la fibre optique dans le pays. Le Comité servira d’instance consultative qui guidera et identifiera les câbles de fibre optique avant que les travaux routiers ne démarrent. Ces mesures ont été très appréciées par la Chambre des Télécommunications du Ghana (GCT). Derek Barnabas Laryea, le directeur de la recherche et de la communication a déclaré que la Chambre n’a pas étudié cette directive, mais consulter les sociétés télécoms avant la construction de route en général est « une idée fantastique ».

Le ministre des communications, Edward Omane Boamah a assure les fournisseurs de services télécoms que le gouvernement continuera à faire tout son possible pour sécuriser leurs investissements. D’après la GCT, 1370 cas de coupures de fibre optique ont été recensées l’année dernière.

Mon Commentaire

Un familier des réseaux de télécoms européen moyen tombe de sa chaise en lisant un tel article et surtout la découverte par les autorités nationales de cette « idée fantastique » (sic) de « consulter les sociétés télécoms avant la construction de route en général » ! Qu’ont appris les ingénieurs télécoms ghanéens dans leur formation de base « Lignes » et « Transmission », et surtout dans les cours d’ingénierie des câbles de télécommunications » et –depuis leur avènement en 1990- plus particulièrement des câbles à fibres optiques ?

Il y a longtemps que la qualité de la pose des câbles FO pose un grand nombre de problèmes en Afrique, sans inquiéter outre mesure l’UIT, ni dans sa « Tour » à Genève, ni dans ses Bureaux régionaux (« Le rôle de l’UIT est de diminuer les coûts des communications » assure récemment son représentant en Afrique centrale à l’Agence Ecofin). Lorsqu’elle assurait encore un véritable service d’assistance et de coopération avec ses Etats membres, africains notamment, le Bureau de Développement des Télécommunications (UIT-D) élaborait au sein de groupes autonomes spécialisés (GAS) des manuels de planification et d’ingénierie dans les diverses technologies, dont celle des câbles souterrains et des lignes aériennes, grâce au concours de spécialistes reconnus des pays membres industrialisés mais aussi de pays en développement. L’UIT a mis fin à ces GAS en 1993 car ils étaient incompatibles avec sa politique de déréglementation des télécommunications qu’elle prône depuis lors avec un zèle tout particulier. Ces manuels recommandaient la consultation systématique des acteurs des secteurs d’infrastructures avant la pose et préconisaient les règles à respecter en particulier entre les domaines des câbles, du réseau routier et des réseaux électriques et d’assainissement. Ces règles n’ont rien perdu de leur pertinence et seraient simplement à mettre à jour … par un « GAS 2G ». Mais l’UIT et les bailleurs de fonds –dont la Banque mondiale (BM) et aussi la Banque africaine de développement (BAD)- préfèrent tout simplement confier tout cela au « secteur privé ». On a vu les résultats –souvent catastrophiques- en Afrique ces dernières années, où Huawei se taille non seulement une place prépondérante mais détient aussi le record absolu de malfaçons graves. La plupart des pays africains, lourdement affectés, n’ont cependant aucun recours pour mettre en conformité ces artères FO mal réalisées, faute de cahiers de charges techniquement pertinents et de sanctions prévues dans leurs clauses.

Quel est dans ce cas le rôle de l’UIT et son devoir envers ses Etats membres … qui fournissent les trois quarts de son budget de fonctionnement ? 

 

3 – Mon commentaire

 

On reste effaré devant une telle information, les commentaires des responsables et leurs propositions pour « changer cet état de fait une fois pour toutes ». Et cela dans un pays qui est montré en exemple par les institutions financières internationales (IFI), et par un certain nombre d’analystes qui voient le Ghana comme un pays émergent. Hélas ! pour l’Afrique cette grande fragilité des réseaux FO n’est pas seulement un problème ghanéen mais bien une problématique continentale, en grande partie par la réalisation d’artères structurantes FO sans cahiers de charges contraignantes car adjugées par des contrats de gré à gré et de type « clés en mains », et dans un total mépris des règles d’ingénierie.

Mais revenons à l’article présenté.  

La carte du réseau fixe FO de MTN affichée à son en-tête, montre que Kasoa et Elobo sont distantes de 300 km au maximum alors que la longueur du réseau annoncée est de 700 km ; les 400 km d’artères FO restants sont donc à chercher parmi les artères de diverses couleur (mais non légendées). Quant à l’information de l’Agence Ecofin, elle pose au moins trois problèmes majeurs,  quatre ans après le premier et même constat de carence et d’impuissance comme l’ont rappelé les renvois historiques :

1 – Les caractèristiques fondamentales de l’infrastructure et l’opérabilité du réseau FO de MTN de 700 km.

(a) Comment les câbles FO sont-ils posés sur ce réseau :
- souterrain : posés en pleine terre, tirés en conduites, tirées en conduites renforcées, ou

- aérien : avec porteurs ou autoportés, sur ligne à HT (OPGW) ?
Quelles sont les clauses du cahier des charges (CdC) pour la pose de ces câbles : profondeur, protection, marquage et bornage du parcours.

 Comment les ouvrages de génie-civil (exemple : chambres d’épissurage) sont-ils sécurisés ?

( b) Opérabilité du réseau FO : 

- Organisation opérationnelle de ce réseau : centres de télécoms, exploitation, supervision gestion et maintenance, relève des dérangements et entretien des câbles, moyens et personnels en charge de ces fonctions, budget de fonctionnement alloué ;

- Temps moyen de relève des dérangements (MTTR), contractuel ou non fixé ? On notera l’absence de toute indication sur la durée des dérangements dans l’article d’Ecofin.

- Procédures de contrôle régulier : Qualité de service (QS), itinéraire des câbles, mise à jour de la documentation, création d’un système d’information géographique (SIG) dédié au réseau des télécoms au sein de chacun des opérateurs présents, etc …

2 – Le taux de dérangement annoncé est anormalement élevé : avec jusqu’à trois dérangements/jour  pour un réseau de 700 km ce taux record est catastrophique. Ce qui pose le problème de la conception du réseau FO :

En effet, comme on peut le déduire de la carte du réseau, le réseau de 700 km cité par Ecofin est à priori linéaire ou en étoile à trois branches avec l’artère côtière au Sud et un embranchement sur celle-ci vers le Nord. Donc  sans possibilité de réacheminement du trafic par diversité de routage en cas de dérangement sur l’une quelconque de ses branches.
Le nombre de dérangements illustre jusqu’à l’extrême cette erreur majeure de topologie qui est le problème fondamental de ce réseau. Le seul remède efficace consiste à créer deux  boucles, Est et Ouest, de manière à offrir une diversité de routage aux trois branches du réseau actuel. Or, la carte du réseau MTN montre que la « boucle Est », prévue ou programmée, est même double : l’une fermée par l’itinéraire bleu ciel, l’autre fermée par l’itinéraire mauve. La question est donc : quand ces boucles seront-elles opérationnelles ? Quant à la « boucle Ouest elle pourra être réalisée par une artère allant de la station terminale d’Elubo à la station terminale à la frontière avec la Côte d’Ivoire au Sud-Ouest de Berekum.
Il reste alors la branche Sunyani-Temale, important centre régional qui abrite aussi le MSC du réseau mobile de MTN. Elle pourrait être sécurisée par des fibres louées sur le « Backbone FO du Corridor Est » de 800 km réalisé par Alcatel-Lucent et opérationnel depuis mars 2015.

Ce « bouclage » du réseau MTN ne supprime pas le vandalisme constaté, mais en atténue voire supprime les conséquences –les coupures longues et fréquentes des communications- catastrophiques pour l’opérateur mais aussi pour les usagers.        

3 – La relation opérateur des télécoms- secteur des infrastructures générales (secteur routier en particulier) est aléatoire et nettement insuffisante. Et cela malgré la constitution annoncée (réalisée ?) du Comité technique permanent (STC) décrété –enfin !- en 2015, deux ans après l’atelier de Main One censé avoir résolu le problème (« échanges avec les constructeurs routiers »). Le STC devra être un véritable lieu de discussion, d’échanges et d’aide à la décision dans les secteurs télécoms et infrastructures générales » réunissant des responsables gouvernementaux de chacun des secteurs concernés (secteurs des TIC/Télécoms, des travaux publics, de la voirie nationale et locale, secteur des réseaux urbains, etc …). De même toute ouverture de chantier routier devra être soumise au STC pour son autorisation. L’établissement de cette relation permanente permet des échanges fructueux entre les interlocuteurs qui apportent des éléments d’amélioration et d’optimisation le plus souvent intéressants et peuvent entraîner des économies appréciables au point que l’on peut dire que le STC s’autofinancera.  En outre, le SIG des infrastructures générales, qui est du ressort des instances gouvernementales, devrait  être créé au sein du STC et maintenu au fil de l’eau par lui car il est la matrice spatiale virtuelle de référence dans laquelle s’inscrivent toutes les infrastructures générales du pays –ou, si le SIG est décentralisé, de ses subdivisions administratives- qu’elles soient existantes ou en état de projet. Les réseaux télécoms devront être intégrés systématiquement dans ce SIG dont ils constituent le sous-système sectoriel particulier.

Sur l’ensemble de la problématique soulevée par cet article le concept et la méthodologie des la Synergie inter-réseaux (SIR) apporte des réponses utiles et claires et définit les objectifs prioritaires, tout particulièrement le SIG. Inversement, le respect des clauses de la SIR, notamment l’application stricte de sa méthodologie, concourt de manière déterminante à la solution aux problèmes soulevés. En outre, l’intégration des projets des télécoms dans les projets des infrastructures routières conduit à des économies importantes en investissement grâce aux bénéfices générés par les externalités positives de chaque secteur. 

S’agissant du rôle du STC, son fonctionnement régulier assure la permanence du suivi et de la coordination des projets, des chantiers de réalisation puis des infrastructures mises en place et de leur évolution dans le temps. Il constitue une garantie contre les causes principales des incidents signalés et  des coupures de câble constatées dans le cadre de travaux routiers. Contre l’autre cause, le vandalisme, seules les clauses strictes de pose, de protection et de signalisation du câble le long de son itinéraire peuvent en limiter les risques. En particulier, aucun câble FO du réseau dorsal national –et a fortiori d’interconnexion inter-Etats- ne doit être posé en pleine terre. Ces câbles doivent être tirés en conduites (de préférence trois conduites exclusivement réservées au réseau dorsal ou d’interconnexion), voire en conduites renforcées sur des parcours critiques (sécurité, sous-sol instable, etc), à une profondeur comprise entre 80cm et un mètre. En outre, pour ces mêmes raisons de sécurité, les chambres d’épissures ou de passage des câbles (ouvrages de génie-civil) doivent être verrouillables.

Enfin, les populations concernées par le parcours du câble FO doivent être informées sur la nature du câble (« pas de cuivre à récupérer ») et sur son importance pour leur sécurité et leurs besoins de communication. Le Sénégal donne un excellent exemple en ce sens (cf. article de mon blog « Sénégal : Tambakounda-Moussala – Un projet de câble FO intéressant et à suivre » 10 septembre 2014). 

Le CESIR est à même de présenter aux autorités concernées le concept de la SIR dans le cadre du réseau MTN en particulier ou/et dans le cadre plus général de l’ensemble des infrastructures de réseau, ainsi que sa méthodologie d’application qui est la réponse la plus appropriée aux trois problématiques soulevées ci-dessus et aux détériorations des artères du réseau des télécoms de MTN relatées par l’Agence Ecofin.

 

A Strasbourg, le 26 juillet 2016

Jean-Louis Fullsack, président du CESIR (www.cesir.net

 

Le développement des téléciommunications en Afrique : une étrange ode à la Chine

L’information :

Source : Balancing Act Dernières – Edition Française, 4 septembre 2014 – No 226

Afrique: Télécoms – la Chine joue un rôle prépondérant dans le développement du secteur

Ces dernières années une évolution prodigieuse est constatée dans la croissance des télécommunications en Afrique, notamment avec l’augmentation du nombre d’utilisateurs et une baisse des frais d’Internet. La Chine a contribué efficacement à ce développement rapide.

« La Chine, permet un meilleur développement de cette industrie en Afrique », estime Hamadoun Toure (Note 1), secrétaire général de l’association (Note 2) internationale des télécommunications, cité par Afrique Inside.

Pour sa part, Zhao Houlin, vice-secrétaire général de l’association internationale des télécommunications relève : « On doit le développement des télécommunications en Afrique, au partenariat avec des entreprises chinoises (Note 3), ces dernières détenant la moitié des parts du marché africain en tant que fournisseur. Dans certains pays africains, ce taux s’élève même à 70% »

L’apport des Chinois dans la croissance des télécommunications en Afrique a permis de casser le monopole détenu dans le continent depuis des années par les géants des télécoms occidentaux (Note 4). Les Chinois ont contribué à faire baisser le prix des communications, indique un rapport rendu public par une structure américaine en 2011 (Note 5). Cela dit, il faut souligner que la Chine n’est pas le seul pays à s’intéresser au secteur des télécommunications en Afrique. Des compagnies du Japon, du Brésil ou encore de l’Inde ont elles aussi affiché leurs objectifs d’investir dans le continent.

D’après les prévisions de la Conférence des informations et des technologies des télécommunications en Afrique, qui s’est tenue l’année dernière, le nombre d’utilisateurs de téléphones mobiles en 2012 a atteint 761 millions (Note 6). Ce chiffre devrait atteindre plus d’un milliard en 2015, alors qu’en 2020, 80% des Africains auront accès à Internet.

Selon des experts, cette impressionnante évolution est due à la réforme sur les télécommunications menée dans plusieurs pays, l’ouverture du marché et l’entrée des géants internationaux dans ce secteur, mais aussi aux soutiens et aides accordés par des pays étrangers. Le journal East African justifie cette évolution au fait que plusieurs centres de recherche et des filiales de Nokia, Siemens (Note 7) et Vodafone fleurissent déjà un peu partout sur le continent africain.

Hormis les pays occidentaux qui investissent dans les télécommunications en Afrique, d’autres entreprises s’emploient aussi à développer ce secteur porteur. C’est le cas de la filiale nigériane de l’opérateur émirati Etisalat qui a annoncé en début août la vente de 2 136 de ses tours télécoms au groupe IHS, spécialisé dans la gestion de pylônes en Afrique. Le montant de l’opération pourrait atteindre 400 millions de dollars. Elle porterait à 6 540 le nombre de tours possédées et gérées par IHS au Nigeria. Il s’agit ainsi de la première transaction d’envergure de ce type pour un opérateur mobile au Nigeria. IHS s’est engagé de son côté à investir 100 millions de dollars dans ces tours qui devraient être dotées de générateurs plus perfectionnés ou de batteries plus performantes. (Note 8)

« La décision de vendre nos infrastructures à un partenaire commercial expérimenté comme IHS s’inscrit dans notre stratégie d’étendre la couverture et les capacités de notre réseau », a expliqué le directeur général d’Etisalat Nigeria, Matthew Willsher. Cette cession-bail permet aussi au groupe de réduire les coûts de fonctionnement de ces tours. De cette manière, Etisalat peut concentrer ses efforts à améliorer son réseau et à accélérer le déploiement de la 2G et de la 3G au Nigeria.
(Note 9)

Signalons qu’Etisalat est une société en plein essor en Afrique et ailleurs. Elle est actuellement présente dans 19 pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient. En novembre de l’année dernière, après des mois de tractations, Vivendi annonçait, dans un communiqué, la vente de sa participation de 53% dans Maroc Telecom au groupe Etisalat, pour la somme de 4,2 milliards d’euros. Le chiffre d’affaires du groupe émirati s’élève à 9 milliards de dollars.

Source : Dépêches de Brazzaville. – Par Nestor N’gampoula 28 AOÛT 2014

 

Mon commentaire :

Note 1 : On aimerait bien connaître ce qu’entend M. Touré par « un meilleur développement » ? Est-il vraiment conscient de ce qu’il affirme ? On pourrait en effet rappeler qu’avant d’être Secrétaire général de l’UIT, il en était le Directeur du Bureau du développement (UIT-D) depuis 1998, ce qui lui confère une certaine part de responsabilité dans le mal-développement des réseaux africains, implicite dans son affirmation. Notons plus simplement que plus de 50 ans après les indépendances des Etats africains, et autant d’années de « développement » sous l’égide de l’UIT, le continent n’a toujours pas un réseau panafricain qui les interconnecte.

Note 2 : Non, M. le journaliste : l’Union !

Note 3 : M. Zhao, de nationalité chinoise, devrait s’exprimer de manière plus neutre en sa qualité de haut-fonctionnaire international. Il devrait aussi se rappeler la corruption qui accompagne ces « partenariats » et les nombreux contrats « clés en mains », sans compter ces « mégaflops » dans les réseaux africains, en RDC, Ouganda, Cameroun, etc … La quasi-totalité est le fait des deux géants chinois des télécoms et de l’Internet, Huawei et ZTE.

Note 4 : Cette affirmation est paradoxale voire contradictoire. « Les occidentaux » se faisaient une concurrence souvent dure sur les marchés africains, à travers leurs grands constructeurs : la situation était donc tout sauf monopolistique. Si monopole il ya en Afrique, c’est bien depuis que les deux géants chinois se partagent le marché ! D’autant plus que la quasi-totalité des contrats est de type clé en mains et sur crédits fournisseur !

Note 5 : On notera la concision du journaliste quant à ses sources d’information … Il devrait ajouter, en outre, la qualité des communications. Car l’Afrique détient le triste record mondial absolu en termes d’indisponibilité des réseaux et de médiocrité de leur qualité de service. Sans compter qu’elle détient aussi le record mondial … des coûts des communications !

Note 6 : Cette information est littéralement fausse : le nombre mentionné indique en fait le nombre de cartes SIM. Et l’on sait que la grande partie des propriétaires de cette carte ont une ou deux autres cartes pour diverses raisons (coûts des communications et pannes de réseau d’opérateur notamment). Ceci étant, le « portable » est le plus souvent partagé avec des proches.

Note 7 : La société Siemens n’a plus d’activités télécoms (elle a été cédée à Nokia), et dans toute l’Afrique subsaharienne on ne compte que cinq ou six établissements de recherche. Par contre, il faudrait mentionner l’éclosion de grands opérateurs mobiles panafricains, dont le plus emblématique est MTN qui rivalise aisément avec ses homologues du « Nord ». Tout comme on pourrait évoquer la création et l’essor fantastique d’un réseau d’échanges financiers par communications mobiles né au Kenya et maintenant étendu à travers une grande partie de l’Afrique subsaharienne.

Note 8 : Le transfert des « tours » des opérateurs de téléphonie mobile à des sociétés détenues par des holdings de capital-risque n’apporte strictement rien au développement des réseaux. Au contraire, ce transfert prive les opérateurs de la maîtrise technique et stratégique de leur réseau, sans compter la perte de compétences de son personnel. Il donne lieu à des licenciements en nombre de techniciens et de cadres, comme en Afrique du Sud, au Nigeria, en Guinée, etc.

Note 9 : : A qui peut-on faire croire qu’en abandonnant son infrastructure un opérateur mobile réussit à « améliorer son réseau » ?
Note conclusive :

En conclusion, et à la suite aux remarques exprimées dans les notes ci-dessus, on est redevable à Balancing Act de l’article des Dépêches de Brazzaville pour notre information, tout comme il le fait depuis des années. On regrettera cependant qu’il n’y ait pas un espace pour permettre une discussion, une analyse critique et des contributions positives aux informations rapportées. Cette lacune permet à des informations –aussi indigentes et discutables que celle de l’article présenté ici- de rester incontestées « dans le circuit de communication », et donc d’être considérée comme pertinente. Car pendant ce temps, la « com » des lobbies chinois est très efficaces auprès de l’UIT comme on l’a vu ici, mais aussi auprès de la presse africaine. Faites une recherche sur la toile et vous trouverez une douzaine d’articles « de presse » sur le même thème, tous plus ou moins copiés-collés du communiqué de l’agence Xinhua. Les Dépêches de Brazzaville n’ont –hélas !- pas dérogé à ce constat,
On pourrait dès lors se demander si, pour des raisons éthiques, certaines « informations » méritent vraiment d’être rapportées par des journalistes ou des « diffuseurs » comme Balancing Act.