Réflexions sur l’état alarmant des réseaux de télécommunications en Afrique sub-saharienne

 

Avant-propos

Ce document se veut un avertissement urgent au lecteur, à l’opinion, aux associations et aux institutions, nationales, subrégionales et internationales, sur l’état alarmant des réseaux télécoms en Afrique sub-saharienne. Il se fonde sur les informations de ma base de données personnelle intitulée “Evolution des réseaux de télécoms en Afrique” (EdR-Afr), recueillies et recoupées au jour le jour auprès de sources généralement documentées et reconnues. Ces informations se rapportant aux infrastructures de Télécoms/TIC sont analysées dans le contexte de l’évolution de l’ensemble des infrastructures générales du continent, à savoir- outre les télécoms/TIC- les infrastructures routières, ferroviaires, électriques, énergétiques, ainsi que les grands réseaux urbains. Mes commentaires et propositions, suite à ces analyses, prennent en compte les problématiques multisectorielles du développement y compris les aspects sociaux, économiques et de financement.

Sommaire:

  1. Introduction
  2. Importance de l’opérationnel
  3. Synergie inter-réseaux
  4. Attribution des marchés
  5. Réseau panafricain
  6. Rôle des opérateurs africains
  7. Choix de la fibre optique
  8. Alternative à l’artère dorsale FO
  9. L’énergie: une condition préalable
  10. Réduire le délai réalisation et exploitation
  11. Retour de l’UIT à sa vocation
  12. Conclusion
Introduction
S’agissant des infrastructures de Télécoms/TIC et de leur financement, mon analyse et les propositions que j’en tire, englobent aussi bien l’adéquation des projets par rapport à l’existant et aux besoins, leur conception et leur réalisation. Une attention particulière est accordée aux aspects financiers et économiques, notamment à deux niveaux des infrastructures projetées, (i) la mise en œuvre ou réalisation, et (ii) l’exploitation et l’utilisation.

Ainsi, chaque projet est analysé en termes de coûts de réalisation (en anglais : Capital Expenditures ou CAPEX) et de coûts d’exploitation (en anglais : Operation Expenditures ou OPEX). Alors que sur les CAPEX les informations abondent, les OPEX sont généralement absents des écrans radar des médias et des analystes économiques, par ignorance de la problématique, spécifique et complexe, de l’exploitation-gestion-développement de ces réseaux, tant sur le plan fonctionnel qu’organisationnel. Mais aussi parce que depuis des décennies, les responsables africains –à tous les niveaux et dans tous les secteurs- accordent leur intérêt généralement sinon exclusivement aux investissements et aux réalisations d’infrastructures, au détriment de leur entretien ainsi que de leur évolution et développement. Cette quasi ostracisation de ce que l’on appelle « la maintenance » est une caractéristique africaine que l’on ne retrouve ni en Amérique latine ni en Asie. Elle va jusqu’à préférer le remplacement des infrastructures fortement dégradées faute d’entretien, par de nouvelles infrastructures, entraînant des sur-investissements de plusieurs millions d’euros par opération, au détriment d’autres secteurs vitaux pour le développement des pays africains.

Pour avoir exercé pendant plus de quarante ans des fonctions de responsabilité dans la conception, la planification, la mise en œuvre et l’exploitation-maintenance des réseaux de télécommunications, avec des bilans positifs et des succès que je puis documenter, je pense voir acquis l’expérience et les connaissances qui m’autorisent à me prévaloir d’une expertise réelle dans ce domaine à la fois complexe et si passionnant. Mes activités avec des responsabilités de haut niveau se sont déroulées en France dans les réseaux régionaux et national, puis à la Direction générale de France Télécom (FT), en Europe pour le déploiement de l’European Backbone Network de FT, et, parallèlement, via ma collaboration étroite et fructueuse comme Expert principal et Chef de projet pendant plus de vingt ans avec l’UIT à son siège à Genève et en Afrique (étude et déploiement du réseau Panaftel et du Réseau d’Interconnexion de la CEDEAO, élaboration d’un Plan national de maintenance du réseau de télécommunications entre autres).

Dans les paragraphes suivants j’analyse brièvement la situation critique relevée et je motive les mesures à prendre pour y remédier. Je formule ensuite pour chaque cas les propositions concrètes pour les pallier ou en minorer les conséquences. L’ordre d’analyse et de propositions suit l’impératif d’urgence et de gravité de la problématique soulevée. Ainsi ce document recense dix problématiques, à mon avis les plus importantes –mais non exhaustives- quant aux dysfonctionnements et lacunes observés dans les réseaux de télécoms/TIC en Afrique sub-saharienne (ASS), et les classe par ordre de priorité.



La première priorité
 
Reconnaître l’importance vitale du domaine opérationnel

Pour ce qui concerne les réseaux TIC/télécoms en Afrique sub-saharienne (ASS), mon constat le plus alarmant, et donc la première priorité, concerne précisément la problématique complexe de l’exploitation, c’est-à-dire les modalités opérationnelles indispensables pour faire vivre et rendre/garder résilients l’ensemble des infrastructures de réseau afin de garantir la fiabilité et la qualité indispensables à l’échange des communications et la fourniture des services de plus en plus exigeants (exemple : données à haut débit). Les réponses à cette problématique se déclinent sous deux aspects essentiels :

  • l’organisation spatiale des centres d’exploitation et d’intervention à travers l’ensemble du pays ou de la sous-région ;
  • les moyens humains, logistiques et financiers ainsi que les processus appropriés de surveillance, de suivi et de maintenance.

Le critère majeur à considérer est le Temps moyen de rétablissement (en anglais Mean Time to Repair, MTTR). Ce temps qui s’écoule entre l’apparition d’une anomalie (coupure partielle ou totale de la communication, dégradation de la qualité de service) et le retour à la situation normale, déterminera la répartition spatiale des centres sur la base de la durée d’intervention –la durée du trajet notamment- des équipes techniques. En outre, le MTTR est fonction des moyens affectés : personnel en nombre suffisant et compétent (et correctement rétribué), moyens d’intervention et logistiques, notamment une avance de frais de mission et un parc automobile adéquat et entretenu, en vue d’assurer une mobilité permanente.

S’agissant de l’exploitation-gestion des réseaux dorsaux à fibres optiques, sujet principal du présent document, un deuxième critère est à prendre en compte quant à leur qualification : c’est le nombre de coupures par km d’artères en câble FO par an. Il traduit le risque auquel est exposé l’artère ou le réseau auquel il se rapporte et constitue le déclencheur d’une réhabilitation/requalification de l’artère ou :réseau concernés.

Le constat actuel montre la lourdeur des démarches et formalités administratives que rencontrent les personnels et équipes lorsqu’ils doivent intervenir sur un défaut distant. Celle-ci constitue une véritable entrave à l’exercice des fonctions opérationnelles et rallonge sans raison le MTTR donc augmente significativement les pertes de recettes. En conséquence, il importe qu’il soit mis fin à cette entrave administrative.

La diminution significative de cet indicateur majeur qu’est le MTTR exige une procédure administrative simplifiée et rapide –donc non hiérarchisée- pour toute intervention des équipes en cas de défaut signalé, dont l’efficacité doit être à la fois la raison d’être et l’objectif essentiel.
Si un contrôle administratif s’avère nécessaire il devra s’effectuer a posteriori.

 

Enfin, l’amélioration de l’exploitation-gestion du réseau repose sur une télésurveillance efficace de celui-ci et sur un traitement statistique explicitement documenté et tenu à jour, aussi exhaustif que possible et au fil de l’eau, de l’ensemble des incidents survenus.

Seule une organisation spatiale et fonctionnelle adéquate et répondant au critère majeur –le MTTR- pourra mettre fin au triste record mondial des réseaux (y compris les réseaux d’accès en majeure partie mobiles) que détient l’ASS :

  • les coupures de liaisons et de réseaux les plus longs (de 48h à plusieurs mois) ;
  • la qualité de service (QS) la plus aléatoire (d’où, entre autres, plusieurs cartes SIM pour l’utilisateur lambda) ;
  • les coûts des services -et donc leur tarification- les plus élevés.

Ces constats, qui confirment la difficulté d’appropriation du principe fondamental de « maintenance » en Afrique sub-saharienne (ASS), posent la question sur ses origines. Sont-elles la conséquence de lacunes dans l’enseignement et la formation, ou relèvent-elles d’antériorités ou de spécificités culturelles ?

Les anthropologues et sociologues africains pourraient apporter des éléments de réponse précieux à cette question qui devrait immanquablement être débattue avec les pédagogues et les spécialistes de la problématique complexe du développement, particulièrement prégnante dans le domaine des réseaux d’infrastructures générales. Les résultats de ces échanges pourraient ensuite compléter l’approche didactique dans l’éducation secondaire et supérieure tout particulièrement dans le domaine technologique au sens large, afin que « la maintenance » soit considérée comme un processus de maintien en vie, de valorisation et d’émulation, inhérents et indispensables, des réseaux et, en particulier, des grands réseaux d’infrastructures.

Dans ce contexte, mon expérience personnelle en Afrique et les échanges avec les relations que j’ai entretenus avec mes homologues africains en tant que chercheur associé à la Chaire Unesco de l’Université de Strasbourg me rappellent le rôle éminent des femmes africaines dans l’organisation sociétale et économique de leurs collectivités. Ce rôle, inégalement reconnu et admis, m’amène à proposer une plus grande ouverture aux femmes dans la gestion opérationnelle des réseaux et leur maintenance où l’encadrement féminin est actuellement au mieux embryonnaire.

Il n’est pas interdit de penser que cette lacune est une des causes de la situation alarmante dans l’exploitation des réseaux en Afrique subsaharienne. A contrario, je suis convaincu que l’inclusion de femmes dans la conception, l’organisation et la gestion du domaine opérationnel ainsi que dans son exécution et son fonctionnement est une des clés de la réappropriation et de la maîtrise de la gestion de l’exploitation-maintenance par l’ensemble du personnel concerné dans les réseaux dorsaux africains.


Proposition n°1

Reconnaître l’importance vitale du domaine opérationnel

Le domaine opérationnel doit être classé en priorité n°1 pour les opérateurs de télécoms africains, tant au niveau des Etats, qu’au niveau des cinq Sous-régions (ou Communautés économiques régionales, CER). Les mesures à prendre d’urgence :

  • L’organisation spatiale des activités et fonctions d’exploitation-gestion-maintenance, par une répartition judicieuse des centres opérationnels ou d’exploitation (CO ou CEx) sur l’ensemble du territoire concerné, fondée sur le temps moyen de restauration du réseau (MTTR) fixé comme objectif par le régulateur ;
  • L’implication au plus haut niveau de la hiérarchie des opérateurs dans le domaine opérationnel par la création d’un département « Exploitation et Maintenance du Réseau (EMR) » à la Direction générale, centralisant et pilotant les activités des CEx ; il sera doté d’un budget de fonctionnement annuel de l’activité opérationnelle ;
  • S’agissant de réseaux dorsaux à fibres optiques, les deux critères ou indicateurs fondamentaux sont le temps moyen de restauration suite à un défaut MTTR, et le nombre de coupures par km d’artères ou réseau(x) FO par année. Alors que le premier représente la réactivité et l’efficacité opérationnelle, le second mesure le risque encouru par l’artère ou le réseau concernés et déclenche une opération de réhabilitation.
  • La maintenance est une activité fondamentale du domaine opérationnel ; elle s’exerce sous deux formes, (i) la maintenance préventive qui est en partie de nature cyclique, et (ii) la maintenance curative qui est de nature événementielle ou ponctuelle.
  • la dotation appropriée en termes de moyens de surveillance, d’exploitation et d’intervention : personnel suffisant et compétent, moyens logistiques, budget de fonctionnement, moyens de mobilité (parc automobile) ;
  • La simplification approfondie des formalités administratives pour les interventions en cas d’incident du réseau ;
  • L’enregistrement systématique de tout incident dans une procédure de suivi de la disponibilité et de la qualité du réseau, au niveau des CEx, qui en informeront le Département EMR par des rapports mensuels sur l’état des réseaux de leur zone ;
  • l’évaluation des pertes de recette pour chaque incident signalé et traité.

S’agissant de la dotation en personnel –et tout particulier dans l’encadrement- l’ouverture aux femmes du domaine de la gestion opérationnelle des réseaux doit être considérée comme une solution aux problèmes gravissimes observés dans ce domaine essentiel, compte tenu des qualités qu’elles démontrent traditionnellement dans leur collectivité.

 

La fiabilité ainsi atteinte permet une augmentation significative des recettes et rétablit la confiance des acteurs économiques. Elle est aussi la juste réponse aux sacrifices financiers consentis par les utilisateurs africains : organisations gouvernementales et administratives, acteurs économiques et usagers privés.


La deuxième priorité

Recours systématique à la méthodologie de la Synergie inter-réseaux (SIR) pour tout projet d’infrastructure, gage d’intégration et de développement

La deuxième priorité concerne la planification des réseaux qui doit retrouver sa place légitime après vingt ans de folle dérégulation et de privatisation, ainsi que les réalisations anarchiques et sans aucun concept de réseau de télécoms à tous les niveaux, national, sous-régional et continental.

Dès la phase de planification d’une infrastructure de réseau de télécommunications et en vue de la finalisation du projet la concernant, il y a lieu de prendre en considération le concept de la Synergie inter-réseaux (SIR) afin d’intégrer au mieux le réseau télécoms dans l’ensemble des réseaux d’infrastructures générales et de tirer le meilleur parti des externalités positives de ces dernières au bénéfice du premier, et réciproquement. L’instauration d’un Groupe de travail multi- et inter-sectoriel permanent (à l’exemple du National Engineering Coordination Team –NECT- au Ghana) qui est un des objectifs-clés de la méthodologie d’application de la SIR, permet -par le dialogue qu’il instaure- des échanges pertinents et fructueux quant à l’adéquation et à l’intégration de tout projet d’infrastructure, en particulier en respect des environnements humains, économiques et culturels dans l’espace concerné et influencé par l’infrastructure projetée.

L’application de la méthodologie SIR permet alors de baisser les coûts d’investissement par mutualisation des ressources des réseaux, ainsi que de maximiser les recettes des services de communication par la fertilisation croisée entre le réseau télécoms, dont l’infrastructure projetée fait partie, et les autres réseaux présents dans le même espace. L’exemple typique d’application de ce cercle vertueux, que met en évidence et optimise la SIR, est le corridor de transport (tel que défini par le Programme des infrastructures pour le développement de l’Afrique, PIDA) qui devient « communicant » voire « intelligent » grâce à la couverture télécoms fixe et mobile.

Enfin, l’application de la méthodologie SIR confère au projet ainsi finalisé une viabilité indiscutable qui s’avèrera utile et bénéfique dans la recherche du financement. En conséquence, la deuxième proposition prioritaire s’énonce comme suit :

Proposition n°2

Recours systématique à la méthodologie de la Synergie inter-réseaux (SIR) pour tout projet d’infrastructure, gage d’intégration et de développement

Tout projet d’infrastructures de télécoms sera soumis obligatoirement et systématiquement à une procédure SIR. Elle mettra en œuvre sa méthodologie qui prévoit notamment la constitution d’un Groupe de travail inter-sectoriel formé de représentants et de représentantes de chaque domaine de réseau d’infrastructures. Dans le cadre d’un dialogue permanent ce groupe évaluera la compatibilité, l’adéquation et l’impact du projet d’infrastructure considéré, notamment sur le plan humain et culturel d’une part, et d’autre part il examinera sa faisabilité et son adéquation par rapport aux ressources et aux besoins de la collectivité concernée.

Enfin, ce groupe inter-sectoriel recherchera systématiquement les externalités positives entre réseaux lors de l’élaboration de tout projet d’infrastructures, et identifiera et évaluera les effets de synergie par fertilisation réciproque lors de l’utilisation du réseau concerné par le projet d’infrastructure, comme le recommande la méthodologie de la SIR.

L’application stricte de cette méthodologie assurera la viabilité et la durabilité à chaque infrastructure de réseau mise en œuvre dans son cadre, et en diminuera significativement les coûts d’investissement. En outre, de par l’intégration intersectorielle inhérente à la démarche SIR, l’application de sa méthodologie garantit le développement coordonné et durable de l’espace influencé par le projet télécoms (région, pays ou CER).

Un résultat concret, parmi d’autres, de ce dialogue est l’élaboration d’une base cartographique unique pour l’ensemble des infrastructures, qui deviendra un véritable référentiel par numérisation sous la forme d’un Système d’information géographique (SIG). Il sera l’instrument indispensable à l’élaboration et la réalisation de l’aménagement du territoire, efficace, utile et cohérent.


 


La troisième priorité

Recours systématique à l’appel d’offres international

Elle concerne l’attribution des marchés de réalisation d’infrastructures de télécoms qui se fait en Afrique sub-saharienne (ASS) dans la grande majorité -voire en quasi totalité- via des contrats de gré à gré, donc sans cahiers de charges documentés et contraignants, et institutionnalise de fait la corruption par le manque total de transparence inhérent à cette procédure. Or, sur le plan financier les marchés des infrastructures en général et des télécommunications en particulier, se distinguent par leurs coûts très importants qui se situent pour la plupart d’entre eux entre une dizaine de millions et le milliard d’euros.
Une analyse effectuée sur la connaissance des coûts agrégés des infrastructures de télécoms montre qu’en ASS la réalisation des projets de ces infrastructures, mis en œuvre via des contrats de gré à gré, coûte dans le « meilleur » des cas deux fois plus cher que leur valeur normale. En outre de tels contrats ne permettent aucune possibilité de recours juridique pour le client (gouvernement, opérateur public et privé) en cas de non-conformités relevées. Les « champions » dans ce domaine « d’économie grise » sont les sociétés chinoises (voir l’enquête de Jeune Afrique http://jeuneafrique.com/mag/336607/economie/telecoms-mauvaise-fibre-groupes-chinois-afrique) car ce sont elles qui se voient attribuer la grande majorité de tels contrats dont, par ailleurs, la plupart sont financés par l’EximBank of China ou par un crédit fournisseur, donc chinois. En l’occurrence, Huawei est actuellement en contentieux avec près d’une dizaine de gouvernements et d’opérateurs africains ; ceux-ci n’ont pas d’autre possibilité que de payer par des avenants au contrat, eux-mêmes surévalués, la mise en conformité des anomalies relevées. En conséquence, la troisième proposition prioritaire s’énoncera comme suit.

Proposition n°3

Recours systématique à l’appel d’offres international

Pour tout marché d’infrastructures de télécoms, les gouvernements, institutions sous-régionales et les opérateurs passeront obligatoirement et systématiquement par une procédure d’appel d’offres international, assorti de cahiers de charges (CdC) explicites et contraignants et comportant des sanctions financières dissuasives en cas de non-respect des clauses de ces CdC.

Le régulateur pourra éventuellement fixer un montant minimum ou valeur de seuil (à condition de justifier ce montant) de ce marché au-dessus duquel cette procédure deviendra obligatoire.

Les CdC comporteront obligatoirement une clause de formation sur place du personnel africain chargé de l’exploitation-maintenance-gestion de l’infrastructure mise en œuvre ;

La même obligation concerne la clause garantie de bonne fin d’ouvrage qui précisera le montant de la sanction financière applicable en cas de non-respect de clauses de CdC (par exemple : retenue de 10% du montant total du marché au titre de cette garantie) ; ce reliquat ne sera payé que si toutes les réserves auront été levées ;

Pour l’élaboration des documents d’appels d’offres indispensables pour la procédure préconisée –et tout particulièrement les Cahiers de charges- l’assistance de l’UIT-D est nécessaire dans la plupart des projets d’infrastructures dorsales et doit être demandée par les pays membres au nom des donneurs d’ordre, gouvernements ou opérateurs.

L’extension de cette assistance de l’UIT-D à la mise en œuvre de ces infrastructures est hautement souhaitable, notamment au titre de la formation. Voir aussi la Proposition n°8.

Cette proposition doit être précédée par une planification beaucoup plus rigoureuse des réseaux de télécoms (voir la priorité n° 2, et plus loin, la priorité n° 5) qui, actuellement sont réalisées sans aucune cohérence ni concept d’ingénierie répondant aux règles de l’art. C’est ainsi que des pays africains se trouvent dotés de plusieurs “réseaux dorsaux à fibres optiques” qui se concurrencent au lieu de se compléter et de se sécuriser mutuellement. C’est aussi ainsi que la côte atlantique de l’Afrique compte une dizaine de systèmes de câbles sous-marins (CAPEX moyen par système : entre 300 et 600 M€) qui sont soit non exploités soit nettement sous employés ! Une gabegie scandaleuse au regard des besoins plus vitaux des populations africaines !

On remarquera que l’application obligatoire de la méthodologie de la SIR qui fait l’objet de la deuxième priorité permet précisément d’éliminer tout doublon ou recouvrement partiel d’infrastructure de réseau télécoms et d’économiser ainsi des montants financiers importants.


La quatrième priorité

Concevoir et réaliser le réseau panafricain des télécommunications

Les constats et propositions ci-dessus doivent nous interpeller aussi alors que nous constatons soixante ans après le lancement officiel du Projet Panaftel –ce réseau fédérateur et intégrateur voulu par les responsables des pays africains qui venaient d’accéder à l’indépendance- est toujours en souffrance. Or, l’étude et l’implémentation de ce réseau panafricain avaient été confiées à l’Union internationale des télécommunications (UIT). A la fin des années 1980 ce réseau comptait près de 40 000 km d’artères (généralement des liaisons par faisceaux hertziens), mais l’UIT a alors choisi le camp des ultra-libéraux, dérégulateurs à tout crin et ne considérant les télécoms que comme sources de profits. Elle a donc abandonné cette autrefois belle aventure de Panaftel dont je peux attester, ayant eu la chance d’y collaborer et même d’avoir été sollicité en 1981 par le Directeur de la Division Afrique pour en prendre la direction à son siège à Addis Abeba. Et elle a confié au « marché » l’interconnexion des réseaux en Afrique sub-saharienne. Constat actuel : un bilan de quasi faillite qui fait proliférer les réseaux « rentables » mais ne parvient même pas à réaliser un seul véritable réseau sous-régional, a fortiori le réseau continental tant de fois promis (voir l’initiative « Connect Africa » lancée en 2007 par l’UIT dont l’objectif prioritaire était « la réalisation d’un réseau panafricain des télécommunications à l’horizon 2012 »). Entretemps, les réseaux mobiles se sont généralisés au détriment des réseaux fixes en Afrique sub-saharienne. Le réseau panafricain est donc toujours un champ en friche malgré les slogans d’autopromotion et les discours d’autosatisfaction de l’UIT. Et malgré que ses hauts responsables, Directeur du Bureau du Développement et Secrétaire général, aient été africains pendant les vingt et respectivement les dix dernières années !

Au niveau des réseaux sous-régionaux le constat est à peine plus rassurant, aucun d’entre eux n’étant achevé, alors que les Communautés économiques régionales (CER) étaient une priorité du NEPAD et de l’UA. Pire, des erreurs -dont certaines sont rédhibitoires- ont été commises dans leur conception. A cet égard le Central Africa Backbone (CAB) est le cas le plus grave, et le CESIR en avait informé l’UIT ainsi que les institutions de financement comme la Banque mondiale (BM) et la Banque africaine de développement (BAD) tout en proposant des solutions assurant la sécurisation des trafics, indispensable dans des réseaux structurants de cette importance. Sans aucune prise en considération par ces trois institutions qui s’estiment probablement infaillibles … Par ailleurs, la dispersion et l’anarchie qui prévalent dans le déploiement des réseaux Télécoms/TIC en ASS, demandent une mise à jour annuelle de l’évolution des réseaux aux trois niveaux, national, sous-régional et continental.
Cette procédure doit veiller à ce que dans chaque CER on trouve des Points de connexion de l’Internet locaux (IXP) suffisants, si possible un par pays, ainsi qu’au moins deux Global Internet Exchange points (GIX) par CER pour les intégrer dans les réseaux nationaux et subrégionaux respectivement, et assurer l’interface avec les grands centres et serveurs Internet mondiaux. Cette disposition permet de garder dans la CER une grande partie du trafic Internet subrégional et d’éviter des latences trop longues et incompatibles avec un grand nombre de services, de limiter les risques d’interruption de services par des transits supplémentaires et de réduire les coûts d’utilisation de réseaux conséquents.

Proposition n°4

Concevoir et réaliser le réseau panafricain de télécommunications

Deux étapes essentielles pour concevoir et réaliser Panaftel 2.0

  1. Conformément aux priorités du NEPAD et de l’UA, finaliser et faire valider par les responsables africains concernés le réseau sous-régional d’interconnexion de chacune des cinq CER de l’Afrique Sub-saharienne. Etablir une structure fonctionnelle permanente au niveau de chaque CER qui assure la cohésion du réseau, son fonctionnement (en particulier le trafic de transit), sa gestion et son développement.

  2. Pour chacune des CER concernées les nœuds majeurs du réseau sous-régional incluront les capitales politique et économique, ainsi que les stations d’atterrissement des systèmes de câbles sous-marins (SCSM), les Points de commutation Internet (IXP et GIX) et les Centres de données et d’éventuels nœuds techniques (transit d’importants flux de trafic).
  3. Chaque CER veillera à garder autant que possible son trafic Internet subrégional en son sein en s’assurant de la présence d’IXP pour la connexion de ce trafic (peering) au niveau national, et en interconnectant ces points locaux ainsi que d’éventuels Centres de données (Datacenters) via au moins deux GIX. Ceux-ci assureront la commutation du trafic subrégional et constituent l’interface de réseau aux niveaux continental et mondial pour chaque CER concernée.
  4. En parfaite cohérence avec les réseaux sous-régionaux finalisés, concevoir et réaliser le réseau panafricain de l’ASS sur le principe architectural à deux niveaux –sous-régional et continental- de l’interconnexion des cinq réseaux sous-régionaux. Cette interconnexion via au moins deux segments disjoints (pour garantir la sécurité du routage du trafic inter-CER et continental) sera en grande partie terrestre, mais peut aussi être sous-marine par l’utilisation des SCSM déployés le long des côtes Est et Ouest.

    Pour s’assurer de l’avancement des réalisations d’artères FO –et prendre connaissance des difficultés rencontrées- les responsables nationaux, sous-régionaux et panafricains organiseront à tour de rôle une réunion annuelle et communiqueront les résultats principaux de leurs échanges aux organismes et institutionnels internationaux concernés.


La cinquième priorité

Donner aux opérateurs africains la maîtrise dans la réalisation de leur infrastructure

Cette priorité repose sur le constat largement partagé du manque de compétence et d’expérience de la grande majorité des ingénieurs et des techniciens africains en matière des règles d’ingénierie relatives à la mise en œuvre d’une artère de câble à fibres optiques, et des exigences particulières pour la viabilité des réseaux dorsaux. Cette lacune est d’autant plus gravissime que la mise en œuvre est –comme vu plus haut- généralement réalisée par contrat de gré à gré et donc de type « clé en mains ». C’est donc en situation d’infériorité que les ingénieurs des opérateurs africains, responsables de la recette (ensemble des mesures et procédures qui attestent de la conformité de l’ouvrage fourni) de l’artère FO réalisée, suivent les chantiers de pose et de raccordement et apposent la signature finale au nom de leur opérateur. Cet état de fait conduit inexorablement à des graves vices cachés, malfaçons et/ou négligences, qui vont jusqu’à l’impossibilité d’exploiter l’artère réalisée comme en témoignent certains des réseaux dorsaux cités par ailleurs dans ce document. La correction de ces malfaçons et la mise en conformité de telles artères seront facturées par le fournisseur/réalisateur en sus et au prix fort, et au terme de procédures longues et difficiles, ce qui fait que l’opérateur africain paie deux fois son projet ! L’exemple le plus révélateur de cette problématique est la liaison par câble FO entre la station d’atterrissement de SCSM de Muanda et la capitale Kinshasa en RD Congo, une « réalisation » de la société chinoise Huawei … à qui le Secrétaire général de l’UIT Hamadoun Touré a rendu vite et adressé ses félicitations (sic) lors de son (dernier) voyage officiel en RD Congo, ignorant par contre l’opérateur national, la SCPT. Plus qu’une erreur, c’est une faute caractérisée qui ne grandit pas l’UIT au regard de la société civile, congolaise en premier lieu.

Ces difficultés et les surcoûts qu’elles entraînent sont évités par le recours aux (rares) spécialistes africains reconnus, qu’ils soient de la diaspora ou présents dans les pays, mais souvent ignorés pour diverses raisons par leur hiérarchie. Comme cette solution est rare, il est impératif d’assurer une formation des cadres des opérateurs africains dans les établissements d’enseignement supérieur et professionnel africains ou étrangers tels que l’ESMT de Dakar ou l’AFRALTI à Nairobi. De même il est impératif de leur permettre l’acquisition d’expérience par leur participation active (via des accords de partenariat par exemple) à des recettes d’artères FO auprès d’opérateurs confirmés quant à la maitrise des technologies de la fibre optique et des principes d’ingénierie qui prévalent dans la mise en œuvre des câbles FO, en particulier dans les réseaux dorsaux.

Enfin, cette acquisition de savoirs et compétence doit être reconnue par la hiérarchie et se répercuter en termes de grade ou fonction et de rémunération des cadres et techniciens concernés.

Ce qui conduit à formuler la cinquième proposition comme suit.

Proposition n°5

Donner aux opérateurs africains la maîtrise dans la réalisation de leur infrastructure

Assurer d’urgence la formation approfondie dans les technologies de la fibre optique ainsi des règles d’ingénierie des ingénieurs et techniciens chargés du déploiement du réseau dorsal à fibres optiques. Elle concernera la conception, la réalisation et l’entretien des artères de câbles FO qui sont l’ossature des réseaux aux niveaux national, sous-régional et continental.

Complétée par un acquis d’expérience pratique auprès d’un partenaire reconnu et qualifié, elle aura comme objectif de conférer aux bénéficiaires la maîtrise parfaite du domaine des réseaux dorsaux FO à tous les niveaux.

Plus généralement, il y a lieu d’organiser un vaste programme de formation des cadres et agents des opérateurs (cf pour exemple le Mémorandum des agents de la SCPT au Président Kabila, juin 2017) et des personnels gouvernementaux concernés (par exemple : les Agences nationales de régulation des télécoms/TIC). A cette fin le rôle et le potentiel des établissements spécialisés, comme l’ESMT de Dakar ou l’Afralti de Nairobi, devront être significativement renforcés et étendus au niveau de chaque CER, avec le concours de l’UIT en particulier. Un partenariat avec les établissements similaires de l’Union européenne devrait être recherché à travers les accords de partenariat existants, par exemple dans le cadre des accords UE-ACP.


La sixième priorité

Le choix de la fibre optique (FO) et le mode de pose du câble FO

Dans un certain nombre de pays africains des choix très discutables du type de fibre optique par la société attributaire du marché de réalisation d’artères FO dorsales (en contrat « clés en mains ») a conduit à des conflits avec l’opérateur ou le gouvernement censé en « bénéficier », voire à des incompatibilités flagrantes (Ouganda, RD Congo entre autres). Les artères ainsi déployées seront au mieux de futurs « éléphants blancs » qu’il faudra remplacer à terme.

Le choix du type de fibre est une clause essentielle qui conditionne l’exploitation et l’évolution future vers des débits plus élevés, imposée par l’augmentation inexorable du trafic. Dans les réseaux qui nous préoccupent ici, les réseaux dorsaux (backbones), c’est la fibre optique répondant à la norme UIT G.652D qui s’impose pour des raisons technologiques évidentes. C’est donc les fibres répondant à cette norme que devront contenir systématiquement les câbles équipant les réseaux dorsaux (et certains réseaux métropolitains étendus). La contenance de ces câbles sera au minimum (et sauf justification documentée) de 48 fibres.

En outre, l’analyse des incidents majeurs (c’est-à-dire ceux qui occasionnent des coupures supérieures à 48 heures) affectant les réseaux en service en Afrique sub-saharienne, montre que les causes sont en partie dues au non-respect des règles d’ingénierie, soit de pose des câbles FO, soit –à un degré moindre- de leur raccordement et de leur câblage terminal (le Ghana en fournit une triste illustration, enregistrant jusqu’à 10 coupures de câble FO par kilomètre en une année, un record absolu). Pour protéger au mieux les câbles et pour faciliter leur réparation en cas de coupure, les règles d’ingénierie recommandent que ces câbles, et tout particulièrement ceux des réseaux dorsaux, ne soient pas posés en pleine terre mais tirés dans des conduites en PVC ou PEHD (pose mécanisée). Ils sont ainsi mieux protégés et la section de câble endommagée ou coupée est plus facilement remplacée, ce qui réduit significativement le coût et la durée de réparation, donc le MTTR. D’où ma sixième proposition qui s’impose suite à l’analyse des incidents majeurs dans les réseaux en ASS.

Proposition n°6

Le choix de la fibre optique (FO) et le mode de pose du câble FO

Dans les réseaux dorsaux nationaux, sous-régionaux et continentaux terrestres la fibre optique équipant les câbles sera celle répondant à la norme UIT G.652D. Ces câbles contiendront au moins 48 fibres.

En outre, comme le recommandent les règles d’ingénierie, les câbles à fibres optiques de ces réseaux devront être systématiquement tirés en conduites et non posés en pleine terre.

A cet effet, les artères FO terrestres à réaliser seront systématiquement équipées de conduites (trois au minimum), chacune de leurs sections étant terminée par une chambre qui abritera les boîtes de protection d’épissurage (raccordement fibre à fibre des deux sections du câble FO, en amont et en aval de la chambre) ou de dérivation.

En outre, les artères en câble devront être clairement signalées (bornes, marquage) tout au long de leur parcours. Cette signalisation est un élément essentiel de leur protection, donc de la sécurisation du trafic, en avertissant de leur présence les entreprises et tiers effectuant des travaux dans le voisinage de ces artères. Ces travaux devront être préalablement signalés et convenus avec l’exploitant du câble concerné.

Enfin, les documents descriptifs de toute artère dorsale FO seront basés sur un fond cartographique unique et tenus à jour systématiquement à l’issue de chaque intervention (relève de dérangement, modification du parcours, création de dérivation, etc…).

Le câble sera ainsi tiré à travers sa conduite entre les deux chambres qui déterminent sa section. Lorsque le câble de celle-ci est endommagé, une section de câble neuf sera tirée dans une des conduites libres et raccordée à ses deux extrémités au câble existant. Pour ce faire, il ne reste plus que de raccorder (épissurer) les deux extrémités de la nouvelle section, d’effectuer les mesures confirmant le succès de l’opération … et de mettre à jour la documentation du câble.

Cette procédure est bien plus rapide, plus efficace, et moins lourde car elle ne nécessite aucun engin spécialisé de terrassement, indispensable par ailleurs pour un câble enterré.
La recommandation des trois conduites que doit comporter au minimum toute artère de réseau dorsal se justifie aisément : la première conduite est réservée au câble à réaliser ; la deuxième est –comme vu plus haut- réservée au remplacement des sections défaillantes ou endommagées (on l’appelle généralement la conduite de manœuvre), et la troisième est réservée à une extension en câble future (ajout d’un autre câble sur tout ou partie de l’artère initiale).

Nota important :

Ajoutons à ce propos que le coût de pose de conduites multitubulaires (ici à trois tubes au minimum) est marginal par rapport au coût du câble. A tel point que je recommande fortement de profiter de la réalisation d’un projet routier pour enterrer simultanément dans son emprise (accotement) une conduite multitubulaire sur tout axe routier ou segment d’axe qui prévoit à court terme (1 à 3 ans) la réalisation d’une artère en câble FO télécoms. Dans ces conditions, la réalisation de l’artère FO se fera en deux étapes :

  • la première en année N dans le cadre du projet routier étant celle de la réalisation de son génie-civil (tranchée, conduite multitubulaire et –si possible- chambres) :

  • la deuxième en année N+1 ou N+2 de mise en œuvre du projet télécom, consistant à compléter le génie-civil (pose des chambres) s’il y a lieu, à tirer le câble dans la conduite prévue, à épissurer les sections constitutives de l’artère câble et à procéder aux mesures de recette.

Chacune de ses opérations se fera au coût marginal. Une économie significative pour la réalisation (CAPEX) et l’exploitation (OPEX) de l’artère FO ! Mais aussi l’assurance de revenus importants par la fertilisation croisée, cette autre facette majeure de la SIR, généralement ignorée par les institutions internationales et nationales et par les médias. D’une part le gestionnaire du réseau routier bénéficie de l’infrastructure en câble pour afficher l’état de la route, signaler les accidents et réguler le trafic, voire pour superviser tout ou partie de l’axe routier, tout en faisant bénéficier les usagers de la couverture en services de télécommunications fixes et mobiles (sécurisation de l’artère et de son environnement immédiat, gestion de flottes de transport par les entreprises, etc). D’autre part l’opérateur des télécoms fixes et mobiles qui a réalisé cette infrastructure de câble FO dans l’emprise routière en tire des revenus réguliers à la fois du gestionnaire et des usagers de la route, clients de ses services fixes et mobiles, tout en bénéficiant d’un accès largement facilité à son câble FO pour la maintenance et la relève de dérangements ; il améliore donc significativement son MTTR. On peut ainsi parler d’un axe routier intelligent car mutuellement fertilisé et singulièrement enrichi en termes de services.

A l’issue de ces étapes, il conviendra de procéder à la signalisation du câble par la pose de bornes de marquage tout au long de l’artère et de mettre à jour la documentation du câble en particulier dans le système cartographique commun aux infrastructures routière et télécommunicationnelle (futur SIG). Ainsi l’artère FO sera protégée contre toute dégradation accidentelle notamment en cas de travaux dans l’emprise de l’infrastructure routière.

Sommaire:


La septième priorité

Une alternative ou complément à l’artère dorsale FO par câble classique :
le réseau de transport d’électricité à Haute/Très Haute Tension (HT/THT)

Un problème majeur dans tout projet de déploiement de liaison par câble FO est de trouver une plateforme de pose continue, c’est-à-dire un continuum de l’espace terrestre dans lequel est posé le câble, entre les extrémités de la liaison à réaliser, au moins sur sa plus grande partie. Cette unicité continue favorise l’étude du projet tout comme elle simplifie les démarches ultérieures pour établir les droits de passage (en anglais rights of way) et, par voie de conséquence, pour assurer l’accessibilité future au câble. Les plateformes les plus classiques sont les emprises de voies de transport routiers et, à un degré moindre, celles des voies ferroviaires. Elles constituent l’essentiel des itinéraires des câbles souterrains.

Il existe cependant une technologie particulière qui utilise les infrastructures de transport d’électricité à Haute ou Très Haute Tension (HT ou THT) pour déployer des câbles FO spéciaux en les accrochant aux pylônes supportant ces lignes HT ou THT. En fait, ces câbles spéciaux sont des câbles accomplissant deux fonctions : d’une part ils constituent le « câble de garde » c’est-à-dire le câble qui assure le même potentiel électrique entre pylônes successifs (mise à la terre) grâce à des fils conducteurs métalliques placés concentriquement sous la gaine du câble de garde, d’autre part ils assurent la fonction de transport de communications par des fibres optiques incorporées au cœur de ce câblearde. Cette technologie est connue sous l’acronyme anglais Optical Groundwire OPGW ou câble FO composite.

On notera en passant que cette « coexistence fonctionnelle » entre électricité et (télé)communications est un exemple concret de la relation existentielle entre énergie et communications, qui dans les PeD devient même une conditionnalité pour le déploiement des télécommunications/TIC comme on le verra plus loin (Proposition n° 8). En outre, elle s’inscrit parfaitement dans la démarche SIR recommandée dans la Proposition n°2 ci-dessus.

Or en Afrique sub-saharienne il existe cinq Pools Energétiques S/Régionaux en cours de d’études et de déploiement avec le soutien fort des IFI telles que la Banque mondiale, BM, et la Banque africaine de développement, BAD, et de l’Union africaine à travers le PIDA. Un dialogue régulier des gouvernements et opérateurs des télécoms avec ces instances devrait faciliter la recherche de solutions de déploiement d’artères des réseaux FO dorsaux en technologie OPGW, sous condition que les lignes de transport HT ou THT, existantes ou projetées, soient compatibles avec les caractéristiques propres aux réseaux FO dorsaux projetés, notamment leur tracé ou topologie. Dans ce cas la solution OPGW présente l’avantage d’une artère télécoms « sécurisée » car hors de portée d’éventuels prédateurs, voire d’un déploiement beaucoup plus rapide que la solution par câble FO souterrain … si les moyens de mise en œuvre spécialisés (hélicoptères ou équipements mobiles suspendus indispensables, équipes parfaitement entraînées), donc forcément onéreux, sont disponibles. Généralement, les coûts d’investissement (CAPEX) d’une artère FO via OPGW sont moins importants que ceux des câbles FO souterrains, le différentiel de coûts se situant entre 30 et 50%. Cependant, la méthodologie SIR appliquée dès le stade d’élaboration du projet via un câble FO classique réduit significativement, voire efface totalement ce différentiel. Cette réalité devra être prise en compte avant toute adoption d’une artère FO reposant sur la technologie OPGW, tout comme devront être pris en compte les coûts opérationnels (OPEX), directs et indirects, nettement supérieurs en technologie OPGW par rapport à ceux propres aux câbles FO souterrains classiques.

Quels sont ces critères de compatibilité ? D’abord la proximité des lignes HT/THT par rapport aux nœuds de réseau dorsal (villes importantes, centres de commutation et d’hébergement de données, etc) sachant que ces lignes ne pénètrent pas dans les zones urbaines mais au mieux desservent un centre de transformation/distribution dans leur périphérie. Ensuite l’accessibilité aux équipements de transmission et au câble FO composite. Ce dernier pose de difficiles problèmes pour une éventuelle intervention et –a fortiori- pour une réparation car celle-ci peut nécessiter l’emploi d’un hélicoptère ou d’un chariot mobile accroché à l’artère de transport HT/THT ou au câble composite. Dans ces conditions, le MTTR est imprévisible. Les coûts de fonctionnement ou d’exploitation (OPEX) d’une artère OPWG sont donc non seulement plus importants d’un ordre de grandeur par rapport à un câble souterrain classique, mais rallongent aussi significativement le MTTR.

Le domaine d’application de la technologie OPGW est donc typiquement dans les grands espaces peu habités ou d’environnement difficile (forêts, déserts, fort relief, etc). Comme le déploiement peut éventuellement être rapide, la solution OPGW peut être soit ponctuelle, soit permettre de réaliser une deuxième route pour sécuriser tout ou partie du réseau dorsal, soit de constituer un segment d’un tel réseau. La proposition n° 7 qui synthétise et résume cette solution alternative s’énonce donc comme suit.

Proposition n°7

La technologie OPGW : une solution sous conditions

Cette technologie fournit une plateforme continue, étendue sur de vastes espaces, pour une artère FO empruntant une ligne HT ou THT.

Le projet en cours de réalisation des cinq Pools énergétiques sous-régionaux fournit aux concepteurs des réseaux FO dorsaux des opportunités intéressantes pour l’étude de réalisation ou d’extension des réseaux FO dorsaux, dont plus particulièrement les réseaux dorsaux FO sous-régionaux. La SIR est un outil indispensable de ces études.

La réalisation d’une artère OPGW est plus rapide (sous conditions) que celle du câble FO classique, mais nécessite des moyens hautement spécialisés. Son coût d’investissement (CAPEX) est entre 30 et 50% inférieur à celui d’un câble FO classique. Toutefois cet écart se resserre dans la mesure où le câble FO classique tire tout le bénéficie des effets de la SIR.

Une artère FO dorsale déployée via la technologie OPGW offre une sécurisation nettement supérieure à celle d’un câble FO classique. Inversement les difficultés d’accès au câble composite –et tout particulièrement aux fibres optiques qu’il contient- augmentent sensiblement les coûts d’entretien et de réparation de l’artère FO dorsale et rallonge de façon significative le MTTR.

L’emploi de la technologie OPGW pour réaliser une artère dorsale ou un segment de celle-ci est donc envisageable voire intéressant dans des zones inhabitées ou faiblement peuplées, ou dans des zones à obstacles multiples ou de nature hostile. La longueur de la plateforme (ligne de transport HT ou THT) offerte par la technologie OPGW est un facteur important.

Le choix final de la technologie OPGW ne doit être envisagé que sous réserve que son exploitation et son entretien -donc les fonctions opérationnelles très spécifiques- sont garantis et conformes au MTTR exigé.

Sommaire:


La huitième priorité

L’énergie : une condition préalable pour le déploiement des télécoms/TIC dans les PeD

Pour évoquer cette problématique particulièrement prégnante en ASS où plus de 600 millions d’habitants n’ont pas accès à l’électricité je reproduis ci-dessous mon intervention lors du Panel intersessionnel de la Commission des sciences et des technologies pour le développement (CSTD) des Nations unies, tenu à Genève en novembre 2014 dans le cadre du processus de suivi du SMSI+10 :

Depuis le tout début du SMSI au nom de CSDPTT, j’ai attiré l’attention des partenaires sur l’importance de l’électricité dans le déploiement, l’usage et le fonctionnement des TIC/Télécoms dans les pays en développement. J’affirme même que dans ces pays le « fossé électrique » prévaut sur le « fossé numérique ».

Cette affirmation se fonde sur mon expérience acquise dans mes nombreuses missions et séjours en Afrique dans le cadre de l’UIT. Dans les réseaux de télécommunications du continent, les défaillances de l’alimentation électrique des sites et équipements sont responsables de 9 coupures majeures des communications sur 10. Et ces défaillances électriques concernent même les pays émergents tels l’Afrique du Sud, où ESKOM, l’opérateur public d’électricité, opère plusieurs délestages longs par semaine.

Si on peut se réjouir que l’Afrique détienne le record mondial de la croissance des télécommunications mobiles, il faut aussi savoir qu’elle détient le triste record mondial de la plus mauvaise qualité de ses communications, donc de ses réseaux ! Un indéniable échec que personne n’a encore valorisé.

Il est donc urgent que le SMSI considère -enfin !- la disponibilité permanente de l’électricité comme un prérequis dans les programmes de déploiement des TIC/Télécoms qu’il préconise. Comme je l’ai toujours rappelé au SMSI, les sources d’alimentation électrique –notamment en Afrique- doivent être basées sur les énergies renouvelables, en tout premier lieu photovoltaïques.

La caractéristique de pérennité qu’implique cette interdépendance entre électricité et TIC/Télécoms lui confère aussi des vertus. Elle induit une démarche multisectorielle –énergie et communications- qui peut exercer un effet de levier efficace en vue du développement durable de l’espace desservi. Les opérateurs concernés ont le potentiel, matériel et humain, pour partager leurs ressources –notamment en augmentant la production d’électricité des générateurs photovoltaïques alimentant les stations de base de leur réseau mobile- avec les collectivités, administrations, entreprises et communautés, concourant ainsi au développement endogène de cet espace.

La démarche que je propose au nom du CESIR est un exemple très concret pour la contribution du SMSI au-delà de 2015 aux Objectifs de Développement Durable (ODD), voulue par l’Assemblée Générale des Nations unies. (fin de mon intervention)

La proposition n° 8 s’énonce comme suit :

Proposition n°8

L’énergie : une condition préalable pour le déploiement des télécoms/TIC dans les PeD

Le déploiement à moyenne et grande échelle des infrastructures de télécoms/TIC et l’offre de services numériques aux administrations, aux entreprises et à la population en ASS ne pourront être réussis que si, au préalable ou conjointement, l’accès à l’électricité est rendu possible dans les zones desservies par ces infrastructures. L’opérateur de communications mobiles pourrait être le catalyseur voire la cheville ouvrière de la création de cet accès, contribuant ainsi effectivement au développement endogène de son espace de desserte.

  • Dans une phase initiale l’agence de régulation proposera en option aux opérateurs mobiles de surdimensionner leur génération d’énergie photovoltaïque (ou autre) alimentant leur BTS, afin de la partager avec l’administration locale, l’école ou l’infirmerie grâce à un micro-réseau de distribution. L’entretien et la maintenance de cette installation électrique pourra être assurée par l’opérateur. Cette fourniture d’électricité peut aussi être officialisée et rétribuée via un partenariat.

  • Dans une phase ultérieure le micro-réseau pourra être étendu à d’autres utilisateurs grâce à un générateur photovoltaïque supplémentaire mis en place dans ou à proximité immédiate de la BTS.
  • A plus grande échelle, le secteur de l’électricité et le secteur des télécoms/TIC développeront conjointement leur stratégie de déploiement afin d’harmoniser leur développement propre tout en soutenant efficacement leur contribution au développement durable de l’espace commun desservi.
  • Afin de répondre aux problématiques multiples, propres au déploiement mais aussi afin de garantir au bon foctionnement des services de communications fixes et mobiles dans les PeD où l’accès à l’électricité est ou bien absent ou instable, l’UIT créera au sein de son Bureau du développement un Groupe de travail spécialisé sur les énergies renouvelables au service des télécoms/TIC dans les PeD. Ce Groupe assurera aussi des fonctions normatives et publiera tous les ans un rapport d’activités et de résultats validés.

Sommaire:


La neuvième priorité

Réduire au plus court le délai entre la réalisation des infrastructures
et leur exploitation

En ASS, trop de temps s’écoule entre la réalisation d’une infrastructure de réseau télécoms et son chargement en données à un niveau significatif par rapport à sa capacité installée. En d’autres termes, le délai entre l’investissement financier et le début de création de revenus permettant de l’amortir est exagérément long voire problématique dans certains cas. Ainsi, on trouve un certain nombre d’infrastructures –dont une partie dans les SCSM, donc d’un coût de plusieurs centaines de millions d’euros- soit sous-utilisées, soit carrément inertes et cela pendant des années. Outre son incohérence fondamentale, ce dysfonctionnement est d’abord un gouffre financier de par l’effet direct de la perte de revenus d’exploitation sur la durée de ce délai, et par effet indirect du montant très important d’investissement anticipé, c’est-à-dire par rallongement substantiel du temps de retour sur l’investissement, TRI.

Or, la liste est longue des infrastructures de réseau de télécoms en ASS qui « dorment » pendant des années, qu’il s’agisse de stations d’atterrissement de SCSM (exemples :Muanda en RD Congo et Kribi au Cameroun), d’artères maritimes comme les SCSM (exemple TEAMS au Kenya) ou d’artères terrestres en câbles FO (bis repetita : RDC et Cameroun), classiques ou en technologie OPGW, ou de câble sous-fluvial (Congo et RD Congo).

Ma proposition pour mettre fin à cette gabegie financière, scandaleuse au regard des besoins élémentaires et indispensables de la population, comme l’alimentation, l’éducation et la santé, s’énonce comme suit.

Proposition n°9

Réduire au plus court le délai entre la réalisation des infrastructures
et leur exploitation

Les agences de régulation veilleront à cohérence chronologique de la création et de la réalisation d’infrastructures de télécoms/TIC afin de réduire à un minimum le délai entre leur réception par le/les opérateur/s adjudicataire/s de ces infrastructures et leur montée en charge en termes d’utilisation de leur capacité de transmission installée, donc d’occupation des ressources rendues disponibles par l’équipement installé.

Ces agences, et/ou les groupes de travail intersectoriels mis en place dans le cadre de la SIR (voir la Proposition n°2), favoriseront l’unicité des réseaux dorsaux nationaux sauf contre-indication dûment documentée. Cette unicité, assortie d’une obligation d’ouverture à tous les opérateurs et de neutralité quant aux services acheminés, garantit non seulement leur cohérence mais aussi une optimisation des investissements (CAPEX) et –surtout !- une réduction significative des coûts d’exploitation (OPEX), donc des bases de tarification des services acheminés par le « réseau dorsal unique ».

Enfin, les CER veilleront à leur niveau à la cohérence chronologique ainsi qu’à l’unicité du réseau dorsal sous-régional pour les infrastructures relevant de leur ressort.

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La dixème priorité

Le retour de l’UIT à sa vocation :
le développement par les réseaux télécoms

A cette série de propositions j’aimerais ajouter une recommandation plus personnelle. Je la défends depuis le tout début du Sommet mondial sur la société d’information (SMSI) en 2001 (voir Jean-Louis Fullsack, L’UIT, la vieille dame des télécommunications dans la tourmente néolibérale, http://www.csdptt.org/IMG/doc-4.pdf). Il s’agit de rétablir l’UIT dans sa fonction constitutionnelle : le développement des télécommunications pour permettre l’accès des populations de tous les pays aux réseaux afin de communiquer entre eux. Rappelons que, outre la normalisation des télécommunications sous l’égide de son Bureau de normalisation –acronyme UIT-T- et de son Bureau des radiocommunications UIT-R, le développement des télécommunications est le troisième domaine de base ou secteur de cette plus vieille agence internationale des Nations unies, ayant récemment fêté ses 150 ans. Il est placé sous l’égide de son Bureau du développement -acronyme UIT-D ou BDT.

Malgré que depuis sa création en 1989, l’UIT-D est dirigée par une personnalité africaine (ou moyen-orientale pendant quatre années), le développement des réseaux de télécommunications n’a progressé qu’imparfaitement et très irrégulièrement. En Afrique sub-saharienne ce développement a été à la fois sans concept de cohérence ni de respect des besoins, et a enregistré des échecs retentissants dont le plus notable a été la conception et la gestion calamiteuses par l’UIT du Projet Africa ONE et son échec lamentable à la fin du siècle dernier (voir Jean-Louis Fullsack, La gouvernance discutable de l’UIT- Le projet Africa ONE comme exemple à https://ticetsociete.revues.org/1089). Le projet Panaftel a ainsi été la première victime, « enterrée dans la stricte intimité », l’UIT embrassant avec un zèle tout particulier la pensée unique néolibérale et la loi du marché qui ne laisse plus aucune place à la planification et, surtout, imposant cette loi à ses 43 Etats Membres africains en exigeant la déréglementation des opérateurs publics africains et la libre concurrence qui ont permis de passer la majorité des « marchés des télécoms » africains sous le contrôle de grands opérateurs mondiaux.

Vingt-cinq ans plus tard le constat est sans appel : cette voie a complètement échoué tout en ayant englouti des milliards d’euros dont une partie en pure perte, comme l’objet du document cité le montre.

Il est donc plus qu’urgent que l’UIT revienne aux fondamentaux que lui dictent sa Constitution et sa Convention. Elle ne le fera que sous la pression de ses Etats Membres dont 43 sont africains. Car tous les efforts faits notamment dans le cadre du SMSI par des organisations de la société civile, dont une partie venant du continent africain, sont restés sans effets. Ma Proposition n°8 s’énoncera donc comme suit.

Proposition n° 10
Le retour de l’UIT à sa vocation : le développement par les réseaux télécoms
Sous l’impulsion des Etats Membres africains et avec le concours des Etats Membres des PeD, le Bureau du Développement de l’UIT, UIT-D, reprendra en mains le développement des réseaux de télécommunications et favorisera le soutien aux Pays Membres pour mener à bien le développement prioritaire de leur réseau dorsal national, ouvert aux opérateurs présents dans les pays respectifs, tout en respectant une parfaite neutralité à l’égard des opérateurs concernés et des contenus acheminés.
Ce soutien s’appliquera de même aux réseaux dorsaux de chacune des cinq sous-régions (CER) de l’Afrique subsaharienne sous la forme de projets conduits conjointement par des experts de l’UIT (impliquant par exemple les bureaux UIT subrégionaux) en association avec des homologues nationaux et sous-régionaux africains.
Enfin, l’UIT-D participera activement à l’étude et à la réalisation des infrastructures de télécoms de l’interconnexion par câbles terrestres et systèmes de câbles sous-marins (SCSM) des réseaux dorsaux de chacune des CER afin de réaliser –enfin !- un véritable réseau continental panafricain qui –en mémoire du projet initial Panaftel- portera le nom de Panaftel 2.0.
Dans ce contexte, les bureaux sous-régionaux de l’UIT seront renforcés afin de suivre dans leur zone respective l’évolution des réseaux et leur progression, tout en offrant leur concours selon les cas. A terme, ces bureaux seront de véritables observatoires du secteur des télécoms/TIC dans leur sous-région, renforçant les liens entre pays et sous-région avec l’UIT-D.
De leur côté, les organismes de télécoms/TIC créées dans et par chaque CER pour étudier, programmer, déployer et gérer le réseau dorsal FO subrégional, travailleront en relation avec les organismes du PIDA en vue de bénéficier au maximum des externalités positives offertes par les autres réseaux/infrastructures de chaque sous-région pour la conception et la réalisation des projets de réseau/infrastructure télécoms. Un potentiel d’économies de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros s’offre, en effet, à la réalisation des artères FO en Afrique sub-saharienne (ASS) compte tenu les programmes d’infrastructures du PIDA –dans les secteurs du transport et de l’énergie notamment- sous condition d’application systématique de la méthodologie SIR.
On notera une très forte relation entre cette proposition et la Proposition n°4.
La relance de l’activité de l’UIT en ASS devrait « revitaliser » par concomitance celle de l’Union africaine des télécommunications, UAT, et promouvoir des relations fructueuses et bénéfiques entre les deux organisations multilatérales, en particulier au niveau des CER. Cette relance devrait s’accompagner d’un renforcement de ses ressources, en premier lieu en personnel compétent et engagé, ce qui lui permettrait d’être plus présent et plus actif –donc plus efficace- dans le domaine des réseaux de télécommunications en Afrique sub-saharienne.

Sommaire:


Conclusion

La place « naturelle », où ces problématiques fondamentales qui minent les réseaux en ASS et épuisent les économies des pays et de leurs citoyens, est le Forum annuel du SMSI qui se tient sous les auspices de l’UIT à Genève. C’est précisément cette périodicité respectée depuis 2006 qui en fait le lieu idéal de débat, de propositions et de bilans de réalisations. Mais l’UIT et les co-organisateurs (UNESCO, UNCTAD, CSTD) préfèrent des thèmes plus racoleurs vantant l’importance des TIC et chantant les vertus de leur emploi comme une réponse systémique à tous les maux ou problématiques dont le développement durable, la changement climatique, l’éducation, la (télé-)médecine, l’administration, etc … Pour cela de « hautes personnalités » cooptées par les organisateurs présentent leurs réalisations et leurs brillants succès dans des « Panels de Haut Niveau » (sic) : de vrais concours d’auto-promotion et de storytelling ! Si des sujets et thèmes plus critiques sont abordés, c’est par des ONG et dans le cadre plus confidentiel d’ « événements parallèles » (ateliers, tables-rondes, etc). Régulièrement, lors les réunions préparatoires des Forums annuels, j’ai proposé comme thème de débat quelques unes des dix problématiques évoquées dans ce document ; elles ont été au mieux présentées (à trois reprises depuis 2006) dans les « événements parallèles », jamais en session plénière, donc en présence de représentants des gouvernements africains et des agences onusiennes organisatrices, ainsi que des représentants du secteur privé et de la société civile.
Il ne reste dès lors que le blog, site d’accueil abordable et respectant les contenus, pour faire connaître aux citoyens engagés et plus largement à tous ceux et celles qui s’intéressent aux problématiques qu’affrontent les PeD dans leur « entrée dans l’ère numérique » comme on dit au SMSI. Mais aussi pour interpeller tous ceux qui –à divers égards- sont à l’origine de ces problématiques et jouent les « abonnés absents » à leur évocation.
C’est pour cela que j’ai décidé de rédiger ce document de synthèse et de rappel(s). Les grandes problématiques qui minent le fonctionnement et le développement des réseaux de télécoms an Afrique sub-saharienne (ASS) y ont été analysées dans les dix chapitres constitutifs, et dix propositions ont été formulées pour parvenir à une solution effective. Les trois premières propositions sont des réponses à trois problématiques particulièrement préjudiciables à l’égard des réseaux de télécoms en ASS, qui exigent par conséquent une action appropriée en urgence absolue.
Trois autres propositions répondent à des problématiques essentielles comme la formation indispensable (n° 5), l’ingénierie fondamentale (n°6), les choix technologiques (n°7). Les deux problématiques suivantes sont plus généralistes, rappelant d’une part la relation fondamentale –au plein sens du terme- entre l’énergie et les télécoms/TIC (n° 8), et d’autre part les conséquences financières d’investissements lourds laissés trop longtemps en friche (n° 9). Enfin, la dernière relève d’une nature institutionnelle (n° 10) et exprime ma conviction intime en vue d’une évolution éthique de l’UIT pour retrouver ses origines et son rôle historique. Dans le même ordre d’idées, ma proposition pour un véritable réseau panafricain (n° 4) rejoint mes références à l’histoire et mon intime conviction de l’exigence morale d’associer la jeunesse africaine à l’avenir du continent à travers le déploiement intelligent et efficace des télécoms/TIC. Dans ces conditions seulement le domaine des télécoms/TIC sera un véritable gage d’intégration pour l’Afrique sub-saharienne et de son développement durable.
S’agissant de la mise en œuvre de ces dix propositions, la question est ouverte. Seules les priorités les plus urgentes sont rappelées ave force en vue de leur mise en œuvre immédiate et dans le court terme. Cependant c’est bien l’ensemble des propositions qui doit être pris en compte et activé en fonction des opportunités dès maintenant pour limiter l’impact des dysfonctionnements relevés et donner aux gouvernements et aux opérateurs des réseaux dorsaux africains les moyens indispensables en personnel compétent dans les trois domaines d’activités que sont (i) la conception et planification, (ii) la réalisation et (iii) l’exploitation-gestion des réseaux nationaux, sous-régionaux et continental. Dès maintenant, ces propositions doivent être inscrites dans la stratégie des gouvernements et opérateurs africains. Celle-ci pourrait comporter deux paliers dans lesquels on inscrira les diverses proposition à leur place respective : (i) une cible intermédiaire, par exemple à trois ans, avec des objectifs clairement définis et dont les coûts sont évalués, et (ii) le réseau cible vers lequel on entend converger à la fois sur le plan technologique et sur le plan organisationnel. Ainsi, progressivement, l’ASS assainira ses situations critiques et conquerra la maîtrise sur ses réseaux, inversant les termes relationnels avec ses fournisseurs à son avantage et profit.
Quant aux montants colossaux qui caractérisent les investissements des infrastructures générales –dont ceux des télécommunications- on ne peut manquer de rappeler la relation triangulaire investissements- marchés gré à gré- corruption. Sur les 50 à 148 milliards de dollars annuels détournés en Afrique par la corruption via les flux financiers illicites (FFI) seulement et recensés par la BM, une large part est générée précisément dans et par ce triangle vicieux. Cette réalité alarmante mine le développement au profit de l’enrichissement, outrancier et scandaleux, d’une oligarchie africaine grâce à la complicité de ses « partenaires » chinois, indiens, américains et européens qui y contribuent fortement. A cet égard, les propositions n° 2 et 3 sont les meilleurs garants sinon d’une élimination du moins d’une limitation de ce mal endémique africain. Selon l’étude de la BM la corruption est le plus gros obstacle au développement. D’où la priorité accordée dans le présent document aux propositions 2 et 3 qui doit être reconnue et les deux propositions subséquentes appliquées dans les plus brefs délais.
Enfin, la réalisation d’un réseau continental africain que je propose d’appeler “Panaftel 2.0″, adéquat, performant et résilient, via deux étapes par la fédération (interconnexion) des cinq réseaux sous-régionaux complétés par les systèmes de câbles sous-marins sur les côtes Ouest et Est, est l’objectif essentiel et final de ce document. La conception, la réalisation et le développement de ce vaste réseau dont l’Afrique a tant besoin, devrait constituer dans l’esprit de tous les africains, et tout particulièrement de sa jeunesse studieuse, leur grande aventure, leur “Nouvelle Frontière” !  Il revient aux responsables politiques africains, en charge de ce secteur et décidés dans la réussite de ce noble objectif, de donner toute leur place et cette chance aux jeunes et à tous les africains et africaines prêts/prêtes à s’engager, afin qu’ils/elles soient les acteurs et artisans de cette grande et passionnante aventure qu’est leur Panaftel 2.0.
C’est ce je leur souhaite de tout cœur et en sincère solidarité.
Jean-Louis Fullsack
Président du CESIR
20 juillet 2017Post Scriptum :
Sommaire:

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