Ghana : Coûts, conséquences et leçons à tirer des coupures des câbles à fibres optiques

Télécommunications/TIC

L’information :

Source : http://www.agenceecofin.com/equipement/0409-22553-ghana-en-3-ans-les-operateurs-ont-depense-21-7-millions-pour-reparer-les-cables-de-fibre-optique

Ghana : en 3 ans, les opérateurs ont dépensé 21,7 millions $ pour réparer les câbles de fibre optique
- jeudi, 04 septembre 2014

(Agence Ecofin) – Depuis 2010, les opérateurs de télécommunications installés au Ghana ont dépensé 80 millions de Cédis (21,7 millions de dollars) pour des opérations de dépannages des câbles de fibre optique dans le pays. Ce sont les groupes télécoms qui ont eux-mêmes donné cette information en recoupant l’ensemble des interventions qu’ils ont mené sur ces infrastructures depuis trois ans.
Les pannes qui ont perturbé le réseau de communications avaient diverses causes : vol, vandalisme, accident de terrain, etc. Au fil des années, le nombre d’incident a augmenté pour passer de 480 coupures en 2011 à 2110 coupures en 2013.

Pour le premier semestre 2014, les opérateurs télécoms ont déclaré 1304 coupures de la fibre optique. Au cours de cette période, MTN a enregistré 436 interruptions sur une longueur de 4336 km de sa fibre optique.
Note JLF : Voilà une indication intéressante qui permet d’évaluer l’occurrence d’un défaut de câble par km, un indicateur de première grandeur pour tout opérateur. Si les coupures dont il est question dans cet article sont toutes générées par des dérangements du câble FO, MTN enregistre en gros 1 dérangement annuel pour dix km d’artère de câble FO. A titre indicatif, dans un réseau régional de France Télécom ce ratio est de 1 dérangement annuel pour 400 km ; il est proche de 1 pour 500 dans le Réseau dorsal national.

Selon des acteurs du secteur télécom ghanéen, il faudrait additionner ses dépenses aux pertes dues à l’interruption des télécommunications pour évaluer le manque à gagner qu’ont enregistré les sociétés télécoms depuis trois ans.

Mon commentaire en guise de conclusion
Voir mes remarques et propositions sur ce problème important et récurrent dans les réseaux africains dont la cause principale est le non-respect des règles de conception des artères de câbles à fibres optiques (FO) au stade du projet, et des règles de pose et de raccordement des câbles au stade de la réalisation.
La raison primordiale : la quasi-totalité des artères FO déployées en Afrique est réalisée selon des marchés de gré à gré et clés en mains avec des crédits fournisseurs ! Le pire des scenarios car il combine trois clauses rédhibitoires ; il est pourtant le scenario-type chinois qu’une bonne partie des responsables –et pas seulement des pays africains, mais aussi des institutions internationales- continue d’applaudir et de promouvoir.
Mais une partie importante de ses défauts est aussi due à la relative instabilité dans le temps de la plate-forme de pose de ces câbles et de l’absence d’une cartographie précise pour les localiser. On notera que l’application de la méthodologie de la Synergie inter-réseaux (SIR) pallie largement cet inconvénient majeur, en intégrant la pose du câble dans la réalisation routière lorsque cette occasion se présente
Enfin, cet état de fait traduit une inadéquation caractérisée des structures opérationnelles chargées de superviser les réseaux … et le manque de moyens et de formation du personnel concerné. Il y a dans ce domaine des besoins urgents et criants qu’il importe de satisfaire pour maintenir un niveau de qualité et de disponibilité du réseau indispensable pour assurer les services indispensables aux autorités nationales et administratives, aux acteurs économiques et aux citoyens utilisateurs.
C’est évidemment moins « spectaculaire » et plus difficile que de vanter les vertus du « large bande » et de claironner les taux de croissance des télécommunications mobiles en Afrique, comme on l’a vu lors de la récente visite de cinq jours du Secrétaire général de l’UIT à Kinshasa et des manifestations officielles organisées à cette occasion …
Notons pour conclure –et pour rendre un peu plus concret ce triste bilan- que pour la somme dépensée en réparations de câbles pendant les quatre dernières années (et sans compter les énormes pertes d’exploitation des opérateurs), le Ghana aurait pu créer 1 500 km de câble FO supplémentaire et compléter ainsi son réseau national.
Nota : On regrettera l’absence de toute indication de durée (individuelle, cumulée) des dérangements qui est un critère de base pour l’évaluation du MTTR (Mean Time To Restaure, ou temps moyen de rétablissement). Cet indicateur est le critère qui traduit l’adéquation de l’organisation opérationnelle et constitue un des critères-clés de la qualité d’un réseau. Voir mon commentaire du 7 novembre 2012)

Rappel des épisodes précédents
(extraits de ma base de données « Réseaux de télécommunications en Afrique)

Ghana’s telcos reveal USD5m costs due to cable cuts
5 Nov 2012
Ghana
Telecoms operators in Ghana have reported that incidents of cable cuts cost them GHS10 million (USD5.2 million) in repair bills in the first nine months of 2012. This sum is on top of revenues lost as a result of the disruptions caused to end-user service delivery, Ghana News Agency reports. There were more than 600 cable cut incidents logged during the nine-month period; the majority were due to road construction and repairs, but other factors included theft, vandalism, illegal mining, gutter dredging, bushfires and excavation works.

Mon commentaire personnel :

Le ratio du nombre d’incidents graves (coupures importantes) par kilomètre de réseau d’infrastructure est particulièrement élevé. Il impose donc une réaction efficace et rapide.
Les causes en sont multiples. S’agissant du respect des règles d’ingénierie d’installations de câbles, il est probable que les câbles soient posés sans protection ni grillage plastique avertisseur (vert en France) qui signale aux ouvriers des chantiers routiers que quinze cm en-dessous il y a un câble télécoms. Il serait aussi intéressant de savoir si les câbles sont posés en pleine terre ou tirés en conduite. Ces dernières limitent significativement les coupures accidentelles des câbles. De toute façon une analyse plus fine des causes des dommages aux câbles doit être effectuée pour élaborer des contre-mesures efficaces, à la fois au niveau de la prévention et de la relève des dérangements.

En conclusion
Le constat fait au Ghana est applicable à l’ensemble des pays africains. Il dégrade progressivement les infrastructures de télécommunications et cause des pertes financières importantes et récurrentes. Celles-ci se situent non seulement dans le cadre de la réparation que relève cet article, mais elles sont aussi générées par les pertes d’exploitation des opérateurs (non rémunération des servies dus à la coupure pendant des journées, voire des semaines), sans parler des effets induits par ces coupures qui peuvent avoir des conséquences catastrophiques (services vitaux, coupure prolongée). L’analyse de ce phénomène et l’évaluation plus proche de la réalité des dépenses qu’il génère doit donc conduire les responsables à des décisions importantes, notamment en termes d’organisation et d’intervention, à la fois sur le plan fonctionnel (institutions, autorités, structures d’administration et de gestion) et opérationnel (organisation des interventions, coordination). La première des décisions à prendre est la prise en compte du concept et l’application de la méthodologie de la synergie inter-réseaux (SIR) dans l’élaboration des stratégies de lutte efficace contre les conséquences –en grande partie sous-évaluées- de ce véritable fléau qui affecte les pays africains.

En effet, si les câbles du Ghana avaient été réalisés selon la méthodologie SIR il y aurait une documentation cartographique commune –et donc un fond de plan commun- pour l’ensemble des infrastructures générales : routes et câbles, mais aussi électricité, eau, assainissement (grandes villes), pétrole et gaz (oléo- et gazoducs) Dans le cas présenté, le câble de télécoms serait facilement identifié et localisé sur le terrain pour les intervenants routiers. Pour compléter cette facilité, il y a lieu de créer une unité de coordination fonctionnelle –prévue par la méthodologie SIR- auprès de l’autorité en charge des infrastructures dans chacun des services et qui peut être décentralisée pour en accroître l’efficacité. Sur le plan opérationnel, il faut imposer aux intervenants dans les infrastructures (exemple : entreprises de travaux publics) de déclarer à cette autorité l’ouverture de leur chantier de travaux afin de déclencher l’indispensable coordination des travaux, et localiser sur le terrain les infrastructures critiques présentes. Cela se fait dans tout pays industrialisé, quel que soit son régime.

Le phénomène de coupures accidentelles de câbles en grand nombre est dû –en tout premier lieu- au non respect des règles d’ingénierie de l’installation de ces câbles ET du manque de documentation cartographique suffisante (plans de pose + repères de marquage sur le terrain) rappelés plus haut. Une telle documentation est facilement numérisable et peut alors s’intégrer dans un système d’information géographique (SIG) commun à toutes les infrastructures (routes, chemins de fer, réseaux d’assainissement et de distribution d’eau ou de gaz, électricité, etc …). Le SIG pourrait être réalisé sur les bases d’élaboration de SOKONI, la plate-forme numérique des projets d’infrastructures que l’Union africaine a mise en place pour soutenir son Programme d’infrastructures pour le développement de l’Afrique (PIDA) ce qui en assurerait la parfaite compatibilité et leur interfonctionnement.

La véritable stratégie de lutte contre ce phénomène doit se décliner à la fois en termes de prévention de ces coupures et de restauration des infrastructures affectées, en portant une grande attention à la pérennisation de la qualité de transmission des artères concernées. Elle nécessite une organisation fonctionnelle et opérationnelle qui permet de réduire autant que possible le temps moyen de réparation (MTTR) afin d’assurer la restauration du trafic dans les meilleurs délais et réduire autant que possible les pertes de recette dues aux coupures des artères de télécommunications.

Jean-Louis Fullsack – CESIR, le 7 novembre 2012

Cable cuts continue to cause concern in Ghana
29 Nov 2012
Ghana
Ghana’s telecoms regulator the National Communications Authority (NCA) and the country’s Telecom Chamber have estimated that there were more than 700 cable cuts in the first nine months of this year. Over 200 of these were reported by a single operator within the space of just three months, the bodies say. The damage is being caused to copper and fibre lines by cable thefts and accidental damage during road and other construction works. Vodafone Ghana CEO Kyle Whitehill says that, on average, a cable cut will affect several thousand lines and will take up to 30 days to repair, Biztech reports.
Commentaire personnel :
Un MTTR de 30 jours est simplement record absolu dans tout pays moyennement développé !
En fait ce délai traduit une complète inadéquation de l’organisation opérationnelle des opérateurs télécoms ghanéens ! Sans parler d’un respect minimal des règles d’ingénierie des câbles !

Le 5 septembre 2014
Jean-Louis Fullsack (JLF)

Fin du document : Ghana : en 3 ans, les opérateurs ont dépensé 21,7 millions $ pour réparer les câbles de fibre optique

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